LES LETTRES POUR LE CARDINAL DE RETZ
cardinaux étaient inviolables, ils devaient Tôtre tous également, et que, si un acle de rigueur n'élail pas permis contre Retz, les condamnations prononcées contre Mazarin auraient dû émouvoir le sacré collège qui s'y était montré insensible (1). Il manifesta clairement sa désapprobation des fraudes qui entravaient, à Vincennesmôme, la conclusion d'un arrangement, des sommes fournies au séditieux après sa fuite par la faction, et de son penchant, sinon pour la doctrine, au moins pour le succès des jansénistes (2). Alexandre VII, à son tour, n'abandonna jamais la question de principe, mais, à mesure qu'il connut mieux la personne du cardinal de Retz, il refusa d'encourager ses complots; il se prêta même, en dépit des plaintes de l'intéressé, aux arrangements capables de concilier les droits ecclésiastiques et l'autorité légitime du roi. L'assemblée du clergé de France s'efforça de faire régler, selon les formes, la question du spirituel et du temporel de l'archevêché de Paris, mais elle témoigna, à une majorité respectable, l'intention de ne pas soustraire à la justice un accusé fort suspect. Les jansénistes ne furent pas aussi scrupuleux ; l'esprit de parti a moins de conscience et de pudeur; il ne juge trop souvent ses moyens que par leurs chances de succès. Ils ne se lassèrent jamais de provoquer, de seconder les agitations de l'homme qu'ils regardaient comme
(1) Mémoires de BrienDe el de Rapin.
(2) Les dépêches du baillif de Valençay, ambassadeur de France à Rome, en date du 25 août 4653, atiestenl ces nouvelles dispositions du pape. Voir les Mémoires de Rapin, t. Il, liv. ix.
leur allié. Ils tinrent sans cesse leurs plumes et leur bourse à son service; les religieuses de Port-Royal elles-mêmes stipendièrent sa vie errante et désordonnée.
Aussitôt que Retz fut devenu archevêque par la mort de son oncle, les principaux jansénistes du clergé de Paris lui conseillèrent, pour hâter sa délivrance, de jeter l'interdit sur le diocèse, ce qui leur paraissait le moyen plus sûr de soulever en sa faveur le zèle religieux du peuple (1). Il n'osa pas s'y décider, et tout au contraire avec une précipitation qui étonna tout le monde, il fît cet arrangement en vertu duquel il donnait sa démission, et devait être transféré à Nantes jusqu'à ce que cette démission eût été agréée par le saint-siége. Les grandsvicaires institués par lui exercèrent sans réclamations pendant six mois l'autorité "dont il les avait investis . Mais quand il se fut sauvé de Nantes, déclarant ouvertement la guerre au roi par ses lettres au clergé de Paris (2), par son alliance avec le prince de Condé, Mazarin chassa les grands vicaires, confisqua le temporel de l'archevêque, proclama le siège vacant, et fil prendre par le chapitre l'administration spirituelle du diocèse. Le chapitre ne fit qu'une restriction à cet ordre de l'autorité temporelle : il nomma des grandsvicaires pendant V absence de l'archevêque, et non pour vacance du siège. Evidemment il y avait ici violation des règles canoniques; les jansénistes s'emparèrent de
(4) Guy Joly el René Rapin s'accordent parfaitement sur ce point. (2) Ces lettres sont rapportées dans le Mémoire de Claude Joly^ chanoine de Paris^ concernant le cardinal de Retx,.