‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 3)Chapitre 57 sur 151 · ACCOMMODEMENT DE RETZ AVEC LA COUR · texte numérisé non relu

ACCOMMODEMENT DE RETZ AVEC LA COUR

rC eussent produit un grand effets si on avait poussé la chose jusqu'à F interdit (Guy Joly). Mazarin, au même moment, dans ses lettres diplomatiques, portait dans les mêmes termes, la même accusation contre les jansénistes; il ne savait pas que ses plaintes seraient confirmées longtemps après par les aveux d'un complice (1).

Ce jeu coupable, qui risquait la sédition publique pour le triomphe d'une cause prétendue sainte, ne tourna pas aussi bien que les soutenants se le promettaient. Mazarin ne se laissait pas faire. Instruit de tout, il agissait à Rome avec la même vigilance qu'à Munster, mêlant quelquefois la menace aux réclamations légitimes. Quand il eut appris que le pallium avait été accordé à Retz, il signifia qu'il ferait exclure le pape du prochain congrès pour la paix générale ; forme d'intimidation dont Alexandre Yll se plaignit comme d'une entrave à sa liberté (2). Mais une manière plus convenable d'agir sur l'esprit du pontife, ce fut de lui dévoiler catégoriquement ce que valait l'accusé. L'ambassadeur français, Lyonne, mit sous les yeux d'Alexandre VII une accusation en règle contre le cardinal de Retz, comprenant les duels de sa jeunesse, le dévergondage de ses mœurs, toute sa com-

(1) Mazarin écrivait à Brienne, aoûl 4 655 : « Ce curé de la Madeleine esl un janséniste déclaré, Tinstramenl des attentats du cardinal de Retz, celai au nom de qui se publient tous ces placards, après les avoir concertés avrc les plus savants et les plus opiniâtres de cette secte-là.,. Tout cela tend indirectement à relever le jansénisme, qui n*a plus d^autre ressource que dans la confusion et le désordre. »

(S) Mémoires de Retz, 3« partie.

plicilé dans la guerre civile ; il prouvait en même temps que le fugitif, à Rome même, négociait sans relâche avec les agents du prince de Condé condamné à morl comme traître ; il concluait à demander que l'inculpé fût mis en jugement (I). Le pape commença à démêler l'intrigue ; il menaça Retz de Teni ^rmer au château Saint-Ange (2) ; il nomma une congrégation de cardinaux pour lui faire son procès, tout en veillant à ce qu'exigeait la dignité du personnage (3). En dernier lieu, la chambre des vacations du Parlement de Paris ayant, comme le Châtelet, condamné le curé de la Madeleine, Alexandre Vil déclara à Retz qu'il ne pouvait plus le défendre, et le pressa de s'accommoder au plus tôt avec la cour de France. Pour commencer, il était raisonnable de mettre provisoirement à la tète du diocèse de Paris quelqu'un qui ne déplût pas au roi. Le cardinal fut bien obligé de reconnaître qu'il no pouvait s'opposer à cet arrangement. Le pape proposa d'abord de nommer un suffragant; mais cet expédient rencontrant des difficultés auprès de l'assemblée du clergé, du Parlement, et même du roi, il fallut au moins choisir un nouveau grand-vicaire entre six personnes désignées par l'autorité royale. Retz s'y résigna; l'official

(<) L'envoi des pièces par la cour de France est de juillet 4655.

(2) Une lettre de Lyonne, du 22 juillet, annonce que le pape a fait dire au cardinal de Retz que una statiza in Castello era ben presto preparata. Guy Joly atteste également la pour que Retz avait d'être arrôlé.

(3) Lettre de Lyonne du 9 août 1655. Guy Joly parle également de celte congrégation dont Retz s'efforça d'entraver les opérations en se portant à son tour accusateur contre le cardinal Mazarin.

KETZ ROMPT SES ENGAGEMENIS, 179

de Paris, délégué par lui-même, ôta tout pouvoir au curé de la Madeleine, tout prétexte aux clameurs, aux mouvements du parti (2 janvier 1656).

L'échec était complet. La cour de France ne tint aucun compte à Retz d'un choix qu'il aurait voulu faire prendre pour une preuve de sa fidélité inviolable : le roi, la reine, refusèrent de lire les lettres qu'il leur adressait. Maintenant que le gouvernement provisoire de TÉglise de Paris était régulièrement organisé par une transaction entre l'autorité spirituelle 'et l'autorité royale, il n'était plus permis de crier à la violation des lois ecclésiastiques, et les esprits se calmaient à Paris et à Rome. Une contrariété plus vive encore, c'est que le nouveau grand-vicaire s'inquiétait peu des intérêts personnels du cardinal, qu'il ne se pressait pas de lui faire restituer la possession de son temporel, et qu'il s'entendait même avec ses ennemis en permettant à certains évêques défaire dans Paris des fonctions épiscopales que le curé de la Madeleine leur avait interdites. Retz ne put y tenir plus de cinq mois. Pressé du besoin d'argent, n'espérant plus rien du pape, n'obtenant rien du roi, il se résolut à faire un coup d'éclat. Des bains de Saint-Cassien, en Toscane, où il s'était transporté pour soigner son épaule, il lança un acte (mai 1656) par lequel il révoquait l'ofBcial de ses Tonctions de grand-vicaire, et rappelait au gouvernernent de l'Église de Paris ses anciens agents et les ourés delà Madeleine et de Saint-Séverin. Le pape protesta inutilement contre cette nouvelle déclaration de ;uerre. Retz lui écrivit moins pour expliquer sa con-

duite que pour s'excuser de quitter Tltalie. Il alléguait la peste dont la contrée était infestée, le manque d'argent qui le rendait à charge à ses amis, Tobligation de se rapprocher de son diocèse pour mieux pourvoir au gouvernement Il prit immédiatement la route de Florence, traversa le Milanais à quelque distance d'une armée française qui assiégeait Valence, et, par la Suisse, atteignit la Franche-Comté. Cependant la révocation de Tofficid avait été portée en France, signifiée aux intéressés, et placardée au coin des rues pour que personne ne pût prétexter cause d'ignorance (1). Le moment paraissait bien choisi : Turenne venait d'être battu devant Yalenciennes.

Mais, en dépit de la victoire de Condé, la position n^était plus aussi propice aux intrigues que par le passé. Le héros de la querelle s'était lui-même retranché son arme la plus puissante. Il avait réussi pendant quelque temps à opposer l'Église au roi ; cette fois, ayant rompu lui-même un accord concerté entre les deux puissances, il les avait Tune et l'autre contre lui. Le pape blâmait ce que le roi dénonçait; l'assemblée du clergé de France ne pouvait pas approuver davantage, c La révocation de l'oflficial, disait Mazarip, est une c action violente et injuste, universellement condamc née, et qui doit l'être aussi solennellement par le « clergé. » Sans accorder tout ce que le ministre demandait, l'assemblée fit comprendre au cardinal de

(I) Gay Joly : Mémoires de Retz, complément ; lettres de divers, rassemblées par les éditeurs.

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