GONDE A PARIS
On la lui montra avec affectation, puis les oftlcîers galamment voulurent accompagner la princesse assez loin, sans plus s'occuper de leurs troupes. Turenne, caché derrière une colline, saisit le moment, fondit sur ces soldats mal commandes pendant qu'ils rentraient pêlc-môle dans la ville, en tua cinq cents, en prit mille, et lança des coureurs jusqu'à Palaiseau, Bourg-la- Reine et Yillejuir(3 mai). Cette nouvelle subite jeta la terreur dans Paris, où les paysans affluaient avec leurs meubles et leurs bestiaux. Condé, pour rassurer SCS amis, fit, quelques jours après, une expédition sur Saint-Denis dont il s^ empara; mais le lendemain les troupes de Turenne reprirent cette ville dont les habitants étaient afTectionnés au roi (H, 12 mai) (1).
Un motif plus personnel empêchait Tunion étroite des magistrats avec les princes. Gondé, Orléans, Beaufort, s'avisèrent de faire aux cours souveraines des peurs qui ne pouvaient que les aliéner. Parfois ils trouvaient utile d'exciter les rugissements de la populace contre quiconque était soupçonné de mazarinisme. « Il est bon que le peuple s'éveille de temps en temps, » disait d'Orléans. La cour de son palais était toujours remplie de canaille ; il était habituellement précédé ou suivi de coquins vêtus de gris, apprentis et compagnons de métiers, ou filous, qui ne cessaient de crier: c Point de Mazarin ! > Le prévôt des marchands et ses échevins faillirent être assommés au Luxembourg, où il les avait mandés, comme suspects d'avoir envoyé
;i) Mémoires de Mademoiselle ei de Conrart.
le blé des Halles à Saint-Germain. Il ne leur donna pas d'autre secours, que de dire qu'il ne voulait pas qu'on leur fit du mal dans sa maison ; ils ne furent, en effets blessés que dans la rue. Des filous ayant dévalisé Colbert, un des secrétaires de Mazarin, queUiues bourgeois les saisirent et voulurent leur faire rendre gorge. Le duc de Beaufort les réclama comme étant de ses gens; ii entendait qu'on leur laissât tout ce qu'ils avaient pnis ; il espérait bien livrer dans trois jours une autre curée à tous les siens. Le langage de Condé n'était pas plus rassurant. Ici, il désignait des victimes à la multitude, comme il fit un jour le duc de Damville. Là, il annonçait sans détour un maître impérieux aux magistrats : « Quand vous êtes à votre place, disait-il à un président, je vous considère; mais, hors de là, vous me devez du respect; retirez-vous. > Plusieurs membres du Parlement lui demandant où en étaient les négociations, il répondit : « Je suis las de rendre compte de mes actions à de petits messieurs comme vous; je penserai désormais à mes affaires sans cr> rendre compte à de petits coquins à qui j'apprendrai bien à vivre et à me rendre le respect qui m'est dû. » L'effet d'un pareil exemple était inévitable; en descendant jusqu'à la bourgeoisie, il y soufflait le mépris pour le Parlement. Une partie de la garde bourgeoise refusait de faire le service au palais ; officiers, simples soldats, ne consentaient plus à garder des mazarins ; quelquefois les séances n'avaient pas lieu par défaut de sécurité. Aussi la Compagnie, de son côté, refusait de se compromettre pour les princes. Orléans leur déclara