CONDÉ A PARIS
un jour qu'il ferait cesser les tumultes populaires si on lui décernait à lui seul Tautorité, si on le désignait comme l'homme à qui chacun dût s'adresser dans toutes les occurrences ; mais il fallait que cette puissance lui fût conférée par arrêt de la cour. Les conseillers se regardèrent ; après quelque hésitation, on lui répondit qu'il avait autant d'intérêt que personne à rétablir l'ordre, et qu'il eût donc à y pourvoir sans que la Compagnie en délibérât et que ses registres en fussent chargés {\). Il ne put obtenir un arrêt en forme (ti mai).
Mais l'ennemi le plus nuisible des princes, et surtout de Condé, était le cardinal de Relz. Parvenu au chapeau à la suite de la présentation royale, il se croyait libre de toute reconnaissance vis-à-vis de Mazarin, mais il se vantait de rester fidèle à la reine. Pour se faire pardonner la ruine du ministre, il poursuivait inflexiblement la ruine de Condé. Il le tenait en échec par Orléans, dont il ranimait sans relâche les défiances, et, par les résistances de Monsieur, il faisait avorter tous les projets d'arrangements que Monsieur le Prince débattait avec la cour. Au dehors, en public, il signalait l'égoïsme de Monsieur le Prince et de ses amis, qui ne pensaient qu'à eux et demandaient tout pour eux seuls. Dans ses libelles intarissables, il comptait les provinces, les sommes d'argent réclamées par ces prétendus amis du peuple. Était-ce donc dans l'intérêt
(I) V. les Mémoires de Retz et surtoul ceux de Conrart. C'est à ce dernier que noas avons emprunté toutes les anecdotes de ce récit. Retz dit la chose d'une façon plus générale.
tt CONDÉ CHEF DE LA GUERRE CIVILE.
de tous que les princes proposaient une paix où Gondé aurait la Guienne, Gonti la Provence, Nemours TAuvergne, la Rochefoucauld 100,000 écus^ du Dognon le bâton de maréchal de France, Monsieur le droit de faire la paix générale, les princes le droit de nommer les ministres ? Vainement les pamphlétaires de Gondé croyaient répondre en dénonçant les mœurs du cardinal de Retz, ses déguisements nocturneS| ses moustaches noires à l'Espagnole, ses caudcbecs retroussés à la mauvaise^ ses visites dans les familles pour en attirer les chefs à son parti (1). Ces attaques toutes personnelles auraient pu inquiéter Tinculpé pour lui-mèmo s'il avait eu encore une conscience honnête et ecclésiastique , mais elles intéressaient [)eu la multitude , et surtout elles ne réfutaient pas des accusations que Monsieur le Prince et ses amis confirmaient chaque jour par leurs actes.
En effet, les pamphlétaires de Goudé le rendaient eux-mêmes suspect par leur manière de le défendre, et par Tautorité qu'ils réclamaient pour lui. Ils répétaient que les princes du sang ne sont sujets d'aucune puissance souveraine que par devoir d'honneur (2), que l'autorité des princes du sang est essentielle dans le gouvernement (3), que les affronts qu'on fait aux princes du sang sont des crimes d'État retombant sur la personne du roi» et dignes d'être punis avec autant
(1) Dubosc-Montandré : Réponse au Vraisemblable sur la conduite de Mgr le cardinnl de Retz.
(2) Le raisonnable plaintifs par Dabos^-Montaiidré.
(3) Le Royal au Ma%aritt^ par le même.