CONDÉ A PARIS
OU plus de rigueur que ceux qui sont faits à Sa Majesté (1). II était donc vrai que ces princes ne combattaient pas pour rintéi^»t public. Et si on eût conservé quelque illusion à cet égard, les princes eux-mêmes la dissipaient par des actes formels, comme ces délibérations où ils signifiaient que pour remettre l'État en sa première forme, il « fallait rétablir le conseil légitime € des princes du sang, des autres princes et officiers « de la couronne , des anciens conseillers d'Étal, et c des descendants des grandes maisons et familles anc ciennes , portés par affection à la conservation de € TÉtat, et investis du droit de gouvernement pendant € le bas âge des rois (2). i Évidemment encore le peuple était oublié ici, et aucune popularité no pouvait donc s'attacher à de pareils libérateurs. Condé le comprenait si bien, qu'il cherchait parfois d'autres moyens de plaire à la multitude, et descendait jusqu'à la bassesse. Un jour les ennemis de Mazarin ayant demandé qu'on fit la procession de la chasse de sainte Geneviève pour obtenir du ciel l'expulsion de l'ennemi, Condé se montra dans la rue, un chapelet à la main, pour imiter la dévotion des bonnes femmes et capter leur confiance. Cet homme, dont l'incréduhté était connue, à qui la voix publique reprochait d'avoir dit que l'Être éternel était trop vieux, se jeta à genoux devant la châsse, la baisa cent foiSj et y fit baiser encore
[i] Le Rapporteur des procès d'Êiat^ par le môme.
(2) Articles de la dernière déclaration de Messieurs les princes avec les bourgeois de la ville de Paris, faits au Parlement et à la Maisonde-Ville, 6et8juia 1652.
2i CONDÉ CHEF DE LA GUERRE CIVILE.
son chapelet (I), et remporta la satisfaction d'entendre dire autour de lui : c AFi ! le bon prince ! et qu'il est dévot ! » Mais ce fui à peu près tout le profit qu'il retira de cette mise en scène. Le motif de celte action étrange n'était pas obligeant pour le roi, dit madame de Motleville, mais il ne lui fit pas grand mal.
Il y avait plus de deux mois que le vainqueur de Bléneau perdait son temps à Paris , sans qu'aucune action décisive prononçât en sa faveur, sans qu'une adhésion significative Tencourageât à une entreprise hardie. Turenne assiégeait l'armée des princes dans Ëtampes, et réj)uisait par des attaques de chaque jour. Les princes attendaient l'arrivée du duc de Lorraine, frère de la duchesse d'Orléans ; conmie ce duc avait à réclamer ses États occupés par les Français, il semblait devoir saisir avec empressement l'occasion de la guerre civile de France pour se relever de son abaissement. 11 arriva enfin le *Z juin, et après bien des façons, il consentit à secourir Élampes; il réussit, en elfi't, par le nombre de ses troupes, à faire lever le siège. Mais c'était un homme bizaiTC, prêt à se moquer de tout le monde, incapable de persévérer longtemps dans le môme dessein (2j. La reine et le ministre lui ayant proposé un traité particuUer, il accepta, déclara aux princes (ju'il n'était pas obligé d'exposer ses troupes pour eux, et sortit aussitôt de France (16 juin). Le désappointement des frondeurs fut plaisant; ils osèrent bien faire écrire par leurs
(\) Moueville.
{i) Mémoires de Conrari, sous la dalc du 5 juin.
CONDË A PARIS. 25
pamphlétaires que le traité du roi avec le duc de Lorraine était nul, parce que les princes du sang n'y avaient pas participé (1) ; ils déchaînèrent des bandes dans Paris pour hurler contre les Lorrains et les menacer de les jeter à l'eau. Mademoiselle ^(?Mn?mwda sa belle-mère comme un chieriy et lui dit pis que pendre de son frère (i). Mais la majorité de l'opinion se prononça pour la fin des hostilités. Le Parlement, satisfait d'une espérance donnée par la reine (16 juin), pressait les princes de poser les armes. La bourgeoisie en général, par son attitude, montra les mêmes dispositions. On affichait dans les rues de Paris, en prose et en vers, le salutaire conseil de demander au roi son retour et la paix : c Que le roi soit maître sans condition, le peuple € sans oppression, le royaume sans guerre, les princes a en leur devoir, les lois en leur force, le paysan c dans sa maison, les armées sur la frontière, et c l'ordre rétabli pour user doucement de la vie (3). > Le pamphlet fut saisi par ordre des princes, mais une nouvelle édition parut dans la nuit suivante (25 juin), en môme temps qu'un placard en vers, intelligible pour tous , parce qu'il disait crûment la vérité à chacun :
11 faut renvoyer Mazarin Une lieue au delà de Turin,
(<) Le Formulaire cTÈtat^ par Dabosc-MoDtandré.
(2) Mémoires de Mademoiselle. Ces expressions sont les siennes, bien entendu.
(3} L'Esprit de paix^ auquel les princes essayèrcitl de répondre par VEsprit de guerre des Parisiens.
Et que jamais Messieurs les princes
Ne soient gouverneurs de provinces :
Le Parlement à son métier
A juger Thibaut et Gautier,
Le marchand dedans sa boutique.
Sans s'occuper de politique,
Faire punir les séditieux
Sans pardonner aux grands messieux,
Point de colporteurs dans la rue,
Le paysan à sa charrue,
Tous les chicaneux au Palais:
C'est le moyen d'avoir la paix.
Il était clair que Paris m^me allait échapper aux princes. Condé, pour s'y maintenir, se résolut à frapper un grand coup, qui devait le perdre.
Gondé, n'espérant plus rien du duc de Lorraine, avait tiré l'armée des princes d'Étampes et de Linas, et l'avait ramenée à Saint-Cloud. L'armée royale de Turenne, renforcée des troupes du maréchal de la Ferté, se porta aussitôt vers Saint-Denis, passa la Seine sur un pont de bateaux devant Épinay , et fit comprendre à Monsieur le Prince que sa position n'était plus tenablc. Il résolut de gagner Cliarenton pour s'adosser à la pointe de terre où la Marne se réunit à la Seine; dans la nuit du 1*"^ au 2 juillet, ses troupes filèrent par le Cours, et le dehors de Paris, au Nord; mais dès le point du jour elles étaient attaquées; entre Montmartre et la Chapelle, bientôt coupées au-dessus du faubourg Saint-Antoine, vers Cliaronne, et malmenées vigoureusement par une batterie de i 8 canons. Effrayé de la supériorité de nombre de l'armée royale. Monsieur le Prince fit avertir le duc d*Orléans de son