‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 3)Chapitre 72 sur 151 · DÉFAUT DE POLICE INTÉRIEURE · texte numérisé non relu

DÉFAUT DE POLICE INTÉRIEURE

pour obtenir sa grâce. Aussitôt de vrais archers avertis et requis vont arrêter les faux, et les ramènent prisonniers au Cliàtelet. Ainsi l'autorité publique n'avait rien vu ni du crime, ni de Tabus que les bandits faisaient de son nom, et, sans la présence d'esprit d'une femme, le captif eût été rançonné et peut-être mis à mort à l'insu de tout le monde. L'autre histoire se termine au profit des voleurs et démontre encore mieux à quels gardes infidèles était livrée la société. La scène se passe au Cours-la-Reine, dans cette promenade publique si hantée des hautes classes, toujours pleine d'affluence et de bruit; les assaillants sont dix-huit mousquetaires, non pas des faux soldats, mais bien des gardes de la personne du roi. Ces malfaiteurs arrêtent les comtes de Rochefort et de Monfrevert dans leur carrosse, et leur demandent, non pas la bourse, mais leurs chausses. Quand les voleurs ne demandaient que la bourse, dit l'auteur que nous citons, on ne donnait que quelques pistoles, et l'on sauvait toujours de l'argent, des bijoux, une montre. Par un raffinage du métier, et pour tout prendre, ils réclament maintenant les chausses, depuis qu'on les porte très-larges, et qu'elles ont le double avantage de tout contenir et de se quitter aisément. Les deux seigneurs ne purent échapper à ce perfectionnement du vol. Montrevert n'était pourtant pas facile à déshabiller; il n'avait pas de caleçon, et ses bas étaient attachés à la doublure de ses chausses. Les mousquetaires, bien résolus à ne rien perdre et pressés d'en finir, coupèrent cette doublure à coups d'épée faute de couteaux. Ils ne laissé-

renl à leurs victimes que la vie et la liberté d'aller conter leur mésaventure, pendant qu'eux-mêmes échappaient à toute recherche par la fuite et le défaut de surveillance (t). Le fléau du vol à main armée élail pour longtemps encore en possession de la rue ; il devait survivre à Mazarin, et ne reculer que devant la police nouvelle de Louis XIV et de La Reynie.

Il y a loin de ce pouvoir sans force à notre état moderne, à nos lois qui ont des châtiments même pour les injures, et qui poursuivent d'office le coupahlcsans attendre la plainte de l'intéressé. 11 n* y a pas moins loin de nos institutions militaires à ces armées du XMi* siècle avant Louvois, dont le personnel, l'entretien irrégulier, la pénurie et l'indiscipline, expliquent déjà en partie l'histoire des mousquetaires. Quelques détails sur les vices de cette organisation peuvent donc trouver place ici comme un autre trait de la faiblesse du gouvernement. En les empruntant aux réclamations, aux conseils réitérés de Turenne , nous n'avons pas à craindre qu'on nous accuse de rien exagérer. Et d'abord le principal défaut de ces armées était la manière de les former. Il se faisait chaque année, au printemps, des recrues nouvelles, des engagements volontaires de Français errants ou d'étrangers avides, deux sortes d'aventuriers sans patrie certaine, peu empressés de s'en faire une du pays dont ils adoptaient le service, par l'appât d'une maigre solde ou du butin mal assuré de la guerre. De tels soldats, comme tous les mercenaires,

(1} Journal de deux Hollandais : 6 novembre 1657, 40 ayril 4658.

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