‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 3)Chapitre 73 sur 151 · MAUVAISE ORGANISATION DE L'ARMÉE · texte numérisé non relu

MAUVAISE ORGANISATION DE L'ARMÉE

pouvaient passer à Tennemi aussi facilement qu'ils avaient suivi le premier cnrôleur. Turenne conseille, quelque part, de ne pas licencier certains corps avant qu'ils ne soient rentrés en France : t car, dit-il, les € troupes étant encore au delà de la Somme, il s'en « irait assurément des gens du côté de l'ennemi (i).» A la fin de chaque campagne, une bonne partie de ces troupes disparaissait. D'un côté, le roi, pour tf avoir pas à les payer pendant l'hiver, s'en débarrassait par le licenciement, malgré le désir contraire de ses meilleurs généraux, < On a licencié Tartillerie, écrit Tu- € renne à Mazarin, je ne retiens qu'un petit état de 80 € chevaux et de deux mille francs d'officiers pour le € mois de novembre (2). > C'était le moment où la présence de l'ennemi encore rassemblé, la nécessité de sauver Mardyck nouvellement conquis, lui donnaient tant d'inquiétudes et un vîf désir de maintenir une armée respectable en Flandre. Aussi il insiste pour qu'on ne réforme pas son régiment de cavalerie, pour que, dans cette nécessité de diminuer la dépense, on renvoie avant tout les étrangers et qu'on remplisse de Français les cadres éclaîrcis par le départ des Allemands (3). Mais le gouvernement n'écoutait pas toujours ces réclamations, et d'autre parties soldats que Ton voulait garder s'en allaient souvent d'eux-mêmes pour échappera la pénurie : « Trop maltraités pendant c la guerre, au commencement de l'hiver, ils n'étaient

(4) Tarenne à Letellier, 1657.

(2) Tarenne à Mazarin, 31 octobre 1657.

(3) Turenne à Letellier, 1657, 82 et 24 décembre.

i38 TABLEAU DE L'ADMINISTRAT [ON INTÉRIEURE.

« plus en étal de servir (I). » De ces réformes, de ces désertions, il résultait un autre mal. Souvent, àla campagne suivante, « les régiments avaient perdu leurs t( vieux soldats, et n'avaient plus que des recrues; • les ofliciers eux-mêmes ne présentaient pas de meilleures garanties de capacité. Turennes'en plaint ouvertement au siège de Dunkercpie. « Dans réquipage d'a^

< tillerie qui est venu avec moi, il n'y a pas d'officiers « pour assiéger le moindre château, et il est difficile « de trouver en peu de temps pour fournir à deux

< bonnes attaques (2). >

La pénurie que nous venons de nommer était le secret de tous les embarras, de toutes les lenteurs. Le matériel était toujours insuffisant. Dans la campagne de IG");'), Turenne se plaignait de n'avoir pas Je Wc nécessaire, et de ne pouvoir employer au transport que les chevaux des vivres et ceux de l'artillerie c qui sont si faibles, disait-il, qu'ils ne peuvent pas marcher.»» Tous les chevaux de la frontière ne lui paraissaient pas capables de faire en tout Thiver ce qu'auraient fait cent charrettes et des chevaux de rouliers tout frais, menant chacun huit ou neuf sacs ; il conseillait de faire une levée de ce genre (3). Au commencement du siège de Dunkerque, ce qu'on avait d'avoine ne suffisait pas à deux régiments pour deux jours. On n'avait des outils nécessaires que les pelles ; on manquait de petites pièces de canon pour mettre à la circonYalla-

(1) Turenne au môme, 22 décembre,

(2) TurenDC à Mazarin, 27 mai 4658.

(3) Turenne, Mémoires, 1655.

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