‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 3)Chapitre 9 sur 151 · BATAILLE DU FAUBOURG S AHTT- ANTOINE · texte numérisé non relu

BATAILLE DU FAUBOURG S AHTT- ANTOINE

danger, et demanda qu'on laissât passer par Paris le reste de ses troupes qui arrivaient de Poissy avec ses bagages. Orléans, par les conseils de Retz, se défiait toujours des intentions de Gondé; il n'était pas fôché de laisser écraser un rival dont il ne partageait que par force les desseins et les actes ; il montra fort peu d'empressement pour son complice ; il se dit malade, pas assez pour garder le lit, mais trop pour sortir du Luxembourg. De toute sa famille, il n'y avait que Mademoiselle qui adhérât franchement à la cause du prince, parce que le prince ne se lassait pas de flatter son ambition, et dans toutes les négociations promettait de stipuler sa couronne. Mademoiselle donc gonrmanda énergiquement son père, et, après une heure de lutte, obtint de lui une lettre pour Messieurs de J'IIôtelde- Ville. Mais de ce côté encore le zèle n*était pas ardent. C'est un fait bien constaté que, en dépit des clameurs de quelques partisans forcenés des princes, la grande majorité des Parisiens se montra en ce jouifort indifférente au triomphe de l'ambition connue de leurs soi-disant libérateurs. A la porte Saint-Denis, le matin même, on avait refusé l'entrée à un émissaire de Gondé. Condé en personne et Beaufort s'étaient en vain présentés à la porte Saint-Antoine, appelant les bourgeois à leur aide, les accusant d'ingratitude, leur reprochant de ne rien faire pour les princes, qui s'exposaient tous les jours à leur profit ; ils n'avaient trouvé que peu de concours. A l'Hôtel-de-Ville, Mademoiselle, qui se flattait de renouveler ses prouesses d'Orléans, se heurta d'abord contre le marédial de

THôpital, gouverneur de Paris. Quand elle voulut parler de fidélité au roi, et demander en môme temps qu'on ouvrit les portes à ses ennemis : a Vous savez « bien, lui répondit le maréchal, que si vos troupes € ne se fussent pas approchées de Paris, celles du roi « n'y seraient pas venues, et qu'elles n'y sont venues, € en effet, que pour chasser les vôtres. > Mais elle avait avec elle une bande de gens qui parlaient de pendre les mazarins , y compris le gouverneur de Paris ; elle-mrme, elle menaçait d'arracher la barbe au maréchal, et signifiait qu'il ne mourrait que de sa main ; elle finit par obtenir ce qu'elle voulait : un ordre aux Parisiens de lui obéir, et aux troupes de Poissy la permission d'entrer par la porte Sainl-IIonoré.

Cependant, la bataille, continuée à travers toutes ces discussions, se décidait contre Condé. En quittant rilôlel-de- Ville , Mademoiselle aperçut la Rochefoucauld blessé, les yeux tout sanglants et sortant de la léte, soutenu par son fils et par Gourville, qui criait sans grand succès aux Parisiens de se porter au secours de Monsieur le Prince. On disait que Nemours, Clinchamp, Guitaut étaient blessés à mort, c A chaque « pas, dans la rue Saint-Antoine, c'étaient des bles- « ses, les uns à la tète, les autres aux bras, sur des « chevaux, à pied, sur des échelles, des planches, des « civières, et des corps morts. » Près de la Bastille, elle aperçut Monsieur le Prince lui-même au désespoir, le col et la chemise pleins de sang, deux doigts de poussière au visage, la cuirasse faussée de coups nombreux, qui lui cria : c J'ai perdu mes amis. > Elle

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