‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 3)Chapitre 96 sur 151 · CERCLES LITTÉRAIRES : SABLÉ, MADEMOISELLE · texte numérisé non relu

CERCLES LITTÉRAIRES : SABLÉ, MADEMOISELLE

longtemps les siennes. Madame Duplessis-Guénégaud, à riiôtel de Nevers, réunit une société littéraire qui fut en partie aux gages de Fouquet; c'est cette société qui seconda si activement la publication des Provinciales. Le Luxembourg s'ouvrit à son tour, quand Mademoiselle de Montpensier revint de l'exil; là se rapprochèrent La Rochefoucauld^ madame de Maure, mademoiselle de Monlbazon, la duchesse de Schomberg (d'Hautefort), madame de Sévigné que tous les salons s'enviaient, madame de La Fayette ; on peut y ajouter madame de Motteville qui fut au moins pendant deux ans la correspondante de Mademoiselle. Segrais, secrétaire des commandements de la princesse, et poëte luimême, en fut comme l'agent général, et publia, après révision, les œuvres les plus célèbres qui en sont sorties. Nommons encore, afin de n'oublier aucun genre, le salon de Scarron. C'est là que le burlesque, le gi*os esprit a son centre; c'est surtout un cercle d'hommes, de jeunes gens, de mangeurs. La femme de Scarron, la jeune, Ja belle, la vertueuse Françoise d'Aubigné, fourvoyée par la misère au milieu de ce monde (1655), y fait respecter sa personne. Elle commande à table la discrétion à cette jeunesse turbulente et libertine; mais elle se retire aussitôt après dans sa chambre, tant elle craint d'encourager la licence par trop de familiarité (1). Aussi on aime bien mieux se réunir, en l'absence de madame Scarron, autour d'un pot de thé, ou d'un pâté envoyé par le duc d'Elbeuf. Les com-

(I ) Mémoires de madame de Caylus.

mensaux sont Elbcuflui-même, Matha, Vivonne, Elbéne, Chàtillon, Persan (1). Ces grands seigneurs viennent volontiers chez le cul-de jatte, parce que sa maison, comme il s'en vante impudemment, est toujours celle où il se dit le plus de grosses plaisanteries (2); ils sont les premiers admirateurs de ces farces en vers ou en prose, où l'esprit s'unit au cynisme, et la platitude à la verve.

De si actives impulsions assuraient les lettres contre l'oubli ou l'abandon. Joignons-y les exemples individuels et les encouragements pécuniaires des particuliers aux écrivains les plus vantés. Dans le grand monde chacun voulait avoir l'apparence d'un lettré. AbelServien, de l'Académie française, mais diplomate et financier avant tout, ne se contentait pas de reconstruire et d'amplifier Meudon, il tenait encore à étaler son goût pour les livres. « Que penserait-on de moi, (tsail-ilà Ménage, si l'on ne trouvait pas de bibliothèque à mettre dans mon inventaire ? Je vous prie de m'en trouver une et de l'acheter pour moi (3). > Le marché manqua, mais l'intention représente bien le goût du temps. Si les embarras des finances (4), ou quelque rancune

(h) Lettres de Scarron à Marigny, à d'Elbeuf, à Vivonne, etc.

(2) Nous remplaçons mal le vrai mot de Scarroo, mais ce n est pas notre faute.

(3) Menagiana : Ménage fit marché avec la veuve de Rigault, au prix de 6,000 fr. Mais quand la veuve sut que c*était pour Servien, elle prétendit avoir davantage. Servien ne voulut pas subir cette exploîiatioii, et mourut sans bibliothèque.

(4) Balzacien 4653, rappelait à Servien 68,000 livres d'arrérages qui lui étaient dues sur sa pension. Dans une autre lettre à Conrart, il reconnaît que les embarras financiers ne permettent pas de le paj^r.

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