RENONCIATION DE PHILIPPE V
térêts français. Sa réponse arriva à Utrecht dans les premiers jours dejuin^ et quelques jours après, il publiait à Madrid sa renonciation à la couronne de France, dans les termes les plus capables de rassurer rEurope,et d'attacher inséparablement les Espagnols à sa dynastie (1).
C'était la fin d'une crise grave, mais non pas le terme des inquiétudes et des embarras. Il en surgit de nouveaux de la part des Anglais eux-mêmes, qui
[1) Actes et Mémoires de la paix d' Utrecht, tome I : Déclaration de Philippe V à ses ministres, 3 juillet 1712 : « Les instances du roi, « mon grand- père, ont été fort grandes, à ce que, dans l'acte de re- « noncialion, je voulusse préférer la monarchie de France à celle « d'Espagne; mais, ni ces importantes sollicitations, ni la considéra- « tien de In grandeur et des forces de la France, n'ont pu altérer en « moi la reconnaissance et les obligations que j*ai aux Espagnols, de H qui la fidélité a affermi sur ma tête la couronne que la fortune » avait rendue chancelante on deux occasions fameuses, de sorte < que, pour demeurer uni avec les Espagnols, non-seulement je << préférerais l'Espagne à toutes les monarchies du monde, mais je u me contenterais d'en posséder la moindre partie pour n*abandon- >( ner pas la nation... o
Décret de renonciation, 8 juillet 1712 : « Mon affection pour les « Espagnols, la reconnaissance des obligations que je leur ai, les fré- (* quentes expériences que j'ai faites dis leur fidélité, et la recon- « naissance que je dois avoir pour la Providence divine de la grande « faveur qu'elle m'a faite de m'avoir placé sur le trône et donné « des sujets si illustres et d'un si haut mérite, furent les seuls mo« « tifs, les seules raisons qui eurent accès dans mon esprit et in- « fluèrent dans ma résolution, laquelle, lorsque je l'eus fait connaître, '< ne demeura pas sans être combattue par d'autres propositions et » avantages qu'on voulait me faire envisager comme plus considé- « râbles que ceux qui m'avaient déterminé; mais tout cela n'a servi « qu'à m'affermir dans mon dessein et à me mettre en état de « pousser et terminer cette affaire, afin qu'il n'y ait rien qui puisse u plus m'empôcher de vivre et de mourir avec mes chers et fidèles « Espagnols. »
564 LA FRANCE ET l' ESPAGNE RELEVÉES
firent bien voir que leurs services n'étaient pas gratuits. Jusque-là ils ne s'étaient pas ouvertement séparés de leurs alliés. Pendant qu'on attendait la réponse de Philippe V, ils s'étaient seulement abstenus d'actes hostiles contre la France. Le duc d'Ormond, leur général, avait refusé, au grand dépil des Hollandais (1), de concourir aux opérations d'Eugène. Quand Philippe Veut parlé, ils parurent se déterminer à en finir avec la coalition. Ils offrirent de régler une bonne fois leurs intérêts particuliers avec la France, et de conclure enfin une suspension d'armes. Mais ils demandèrent, comme gage de confiance réciproque, que, le premier jour de la trêve, la ville de Dunkerque leur fût remise temporairement jusqu'à ce que l'équivalent réclamé pour cette place eût été accordé. Une pareille demande était grave; elle présentait peut-être autant de dangers que d'avantages. D'un côté Eugène ouvrait la campagne avec menaces ; il était parvenu h investir le Quesnoy; il expédiait à travers la France des détachements deravageursqui entraient en Champagne, brûlaient un faubourg de Vervins, marchaient sur Reims et Sainle-Menehould, puis retombaient sur Metz dont ils mettaient les environs au pillage, incendiant, levant des contributions, ravissant des otages (2); pour les poursuivre Villars était contraint de diviser ses forces. D'autre part les ennemis de la paix travaillaient les troupes alliées à la solde de rAogle-
(1) Lettre des Hollandais à la reine Anne, du 6 juin : Acies et Mémoires de la paix d^Utrecht^ tome P'.
(2) Journal de Dangeau, du 10 au 18 juin.