‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 4)Chapitre 99 sur 135 · RENONCIATION DE PHILIPPE V · texte numérisé non relu

RENONCIATION DE PHILIPPE V

lippe V avait fait adopter par ses sujets une nouvelle règle de succession qui paraissait capable de prévenir la réunion des deuxcouronnes. Ce règlement établissait que^ contrairement à l'ancienne succession casiil" lane, Théritier du trône d'Espagne serait toujours le prince le plus rapproché du roi défunt^ et que les femmes, quel que fût leur degré de proximité, ne succéderaient qu'en cas d'extinction de tous les mâles de la descendance de Philippe V. Par cette mesure, il devenait difficile qu'une princesse espagnole portât désormais à un prince français des droits au trône d'Espagne. Mais elle n'empêchait pas Philippe V lui-même (ledevenirau premier moment le plus proche héritier (lu Irônede France. Les Anglais réclamaient une autre sûreté ; ils insistaient sur la renonciation explicite demandée par eux. Pour hâter la conclusion, ils pronosèrent tout à coup un accommodement qui la retarda. llsolTraientà Philippe V cette alternative, de conserver l'Espagne et les Indes en renonçant à ses droits sur h France, ou d'abandonner au duc de Savoie l'Espagne et les Indes en recevant en échange Naples, les Etals de Savoie et le Monlferrat, qui pourraient être un jour réunis à la France, si lui-même ou un de ses descendants étaitappelé à cette couronne. Louis XIV se laissa éblouir un moment par cette perspective d'un agrandissementéventueldeson royaume, et il négocia auprès de Philippe V pour lui faire accepter l'échange. Il invoquait a la fois, pour l'y décider, les sentiments de famille et l'intérêt français : <( Vous « continueriez de régner, lui écrivait-il; et je pourrai»^

562 LA. FRANCE ET l'ESPAGNE RELEVÉES

« toujours vous regarder comme mon successeur; si le a Dauphin vit, je laisserais en votre personne un ré- « gent accoutumé à commander... et si cet enfant « meurt, comme sa faible complexion ne donne que « trop de sujetde le croire, vous recueilleriez ma suc- « cession, et j'aurais la consolation de laisser à mes (( peuples un roi vertueux qui réunirait à sa couronne « des États aussi considérables que la Savoie, le Pié- « montetlcMontferrat. Jesuis si flatté de celte idée^ « mais particulièrement de la douceur de passer avec (c vous et avec la reine une partie de ma vie, que je c( n'imagine rien de comparable au plaisir que vousme « ferez si vousacceptez ce nouveau projet (1). »

Ces instances prolongeaient rincerlilude. Quoique Philippe Veut déjà averti son grand-père qu'il ne sacrifierait jamais l'Espagne à la France, il ne pouvait rejeter sans ménagements une proposition nouvelle appuyée sur tant de considérations affectueuses. Enfin, dans lesderniers jours de mai, il se décida. Il motiva à son tour son refus sur l'intérêt français aussi bien que sur ses devoirs envers les Espagnols. Il ne lui était pas permis de renoncer à ses sujets, a|)rès avoir tant profité de leur attachement et de leurzèlea maintenir la couronne sur sa tête, et il croyait plus avanta((eux à la France de lui conserver une alliée dans l'Espagne, par le règne d'une dynastie française, que de livrer cette monarchie à une famille hostile, toujours prête à se liguer avec les autres contre les in-

(1) Voir celte lettre dans les Mémoires de Torcy, IV« partie.

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