‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 4)Chapitre 102 sur 135 · RESISTANCE DES HOLLANDAIS A LA PAIX · texte numérisé non relu

RESISTANCE DES HOLLANDAIS A LA PAIX

gnant de n'avoir pas encore obtenu satisfaction^ voulut exiger que ses laquais fussent admis dans la maison du Français pour reconnaître les agresseurs ; mais Ménager se refusa à livrer, comme il disait, les accusés aux accusateurs, età faire les parties juges de leur propre cause. « Eh bien, reprit alors Rechteren, lemaitre « et les valets se ferontdoncjustice eux-mêmes; » puis il parla en hollandais à quelques hommes de sa livrée. Peu de moments après, les laquais de Ménager accoururent,racontantquelesgens de Rechteren les avaient surpris par derrière, frappés au visageet menacés de coups de couteau. « Ils ont bien fait, ditalors Rechteren; touleslesfoisqu'ils le feront, je les récompenserai, et s'ils ne le faisaient pas, je les chasserais (1). » Évidemment ces brutalités s'adressaient plus haut qu'aux gens de service du plénipotentiaire français; on voulait rompre les négociations avec la France, conformément aux vœux de Heinsius. C'est ainsi que le mois suivant on souleva la populace de La Haye contre le plénipotentiaire de Victor-Amédée, sur le bruit que le ducde Savoie acceptait une lréve,etqu'on afficha contre les Anglais un placard où étaient représentées une roue et une potence avec cette inscription : <( Ainsi finira le comtede Strafford (2). »

(1) Actes et Mémoires de la paix cPUtrechl, tome li : pièces relatives à celle affaire, rapport de Ménager, réponse de Rechteren. Dans cette réponse, où il nie plusieurs affirmations de Ménager, Rechteren convient du dernier fait, le plus important.

(2) Dangeau, 19 et 20 septembre ; il revient deux fois sur ce fait « pour mieux attester ce qu*on avait d'abord eu peine à croire i>.

576 LA FRANCE KT l'ESPAGNE RELEVÉES

Les Hollandais avaient mal pris leur temps. Quatre jours après la scène du mail^ la suspension d'armes était signée en Ire la France et l'Angleterre. Louis XIV, informé par Ménager^ prit au mot les insulteurs; il envoya à ses plénipotentiaires l'ordre de suspendre toute négociation de paix jusqu'à ce qu'ils eussent reçu satisfaction de l'insulte faite par Rechterenà Tud d'eux. Ce n'était plus le ton de Gerlruydenberg; il parlait en potentat désormais sur de lui-même et inflexible sur sa diârnité. Il entendait savoir si Rechteren avait agi de son propre mouvement ou par ordredes États-Généraux. Si les États-Généraux l'avouaient, il n'y avait plus desureté pour les plénipotentiaires de France à Utrecht. S'ils le désavouaient^ le désaveu, comme l'offense, devait être public et apporté aux ministres du roi par les autres plénipotentiaires des Provinces-Unies ; en outre Rechteren serait rappelé du congrès et remplacé, «n'étant pas possible aux pléni- « potentiairesdu roi de traiter davantage avec un mice nistre quia violé le droit des gens. C'est l'unique ré- « parationqueSa Majesté puisse admettre, etsespléni- (« potentiaires n'en accepteront pas d'autre (1). » ^ langagedevainqueur était d'ailleurs confirmé par les succès de Villars, qui complétait la victoire de Denaio par d'heureuses acquisitions dans les Pays-Bas, sous les yeux du prince Eugène et sans opposition de la prirt des alliés.

(1) Actes et Mémoires de la paix d'Utrecht, tome il, page 1^^* Ordre du roi, présenté aux États-Généraux le 5 septembre.

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