RIVALITÉ DE NOAILLES ET DE LE TBLLIER
particulier au père LeTellier, confesseur du roi. C'était le mot d^ordre du parti janséniste au xvii* siècle ; c'est devenu^ par la force de l'usage, par l'habitude de le répéter, la seule vérité possible, une foi historique contre laquelle il n'y a pas à revenir. « Les jésuites, dit « ironiquement Fénelon, ont fait les censures des face cultes de théologie dont ils sont exclus. Ils ont prête sidé aux assemblées pour régler les délibérations de <c l'Église de France ; ils ont conduit la plume de tous a les évéques dans leurs mandements. Ils ont donné a des leçons à tous les papes pour composer leurs a brefs; ils ont dicté les constitutions du saint-siége. « L'Église entière devenue imbécile, malgré les pro- « messes de son Époux, n'est plus que l'organe de « cette compagnie pélagienne (1). » Il y avait pourtant à ces axiomes plus d'une contradiction. Les ennemis mêmes des jésuites s'accordent à louer le père de La Chaise, confesseur du roi pendant trentequatre ans, et qui ne mourut qu'en janvier 1709. Sa bonhomie, sa simplicité, sa douceur, son empressement serviable pour tout le monde, ont été reconnus par Saint-Simon , et quant à son influence, il parait qu'elle n'effrayait pas beaucoup M"" de Maintenon, qui était peu amie des jésuites. Car cette dame écrivait au cardinal de Noailles, pour le rassurer, en 1701 : « Jamais les jésuites n'ont été plus « faibles qu'ils le sont ; le père de La Chaise n'ose par-
{l) Féaelon, Instruction pastorale en forme de dialogues; préambule.
« ler,leursmeilleursamiseaontpitié,ils n'ont de pou- « voir que dans leur collège. . , Le bon homme, encore (( un coup, n'a nul crédit (1). » Il pourrait donc être équitable de n'admettre l'action dominante des jésuites sur l'esprit du roi, qu'à partir de l'entrée en fonctions du père Le Tellier. « Tous les Mémoires du « temps, dit le cardinal de Bausset, se sont exprimés « sur le père Le Tellier avec une telle sévérité qu'il est « difficile de ne pas croire qu'il a mérité, au moins en a partie, les reproches qu'on a faits à son caractère (2) . » Mais ici encore l'équité nous fait un devoir de reconnaître que, dans sa lutte contre le cardinal de Noailles, il a été provoqué ou excité par les colères injustes et les caprices singuliers d'un adversaire plus préoccupé de son importance personnelle que de la défense de
la vérité/
La question diiCas de conscience étant réglée en principe, la controverse se reporta sur le livre de Quesnel dont les partisans se prévalaient de l'approbation du cardinal de Noailles. Deux évêques fort peu connus à la cour, mais très-estimables par le dévouement à leurs fonctions, ceux de Luçon et de La Rochelle, publièrent contre la doctrine de ce livre (1711) une instruction pastorale qui formait une espèce de traité dogmatique sur la grâce, sans aucune allusion personnelle. Le cardinal de Noailles, qui n'y était pas nommé ni même désigné, crut cependant y reconnaître un
(1) Lettres de Maintenoo, 17 février 1701 ?, Histoire de Fénelon, livre VI, § ix.