RIVALITÉ DE NOAILLES KT DB LE TELLIER
acte d^hostilité contre lui^ parce que l'imprimeur^ dans l'intérêt du débit de l'œuvre^ en avait fait placarder des exemplaires dans Paris et jusqu'aux portes de l'archevêché. Il voulut se venger avec édat^ et, par un mauvais conseil de sa colère^ il fit chasser lionleusèment du séminaire deSaint-Sulpice les neveux des deux évéques qui étaient fort innocents de la réclame de l'imprimeur. Les évéques^ fort justement blessés de cet affront de famille^ réclamèrent auprès du roi^ et cette fois, dans une lettre confidentielle, ils parlèrent explicitement du cardinal comme d'un fauteur des novateurs et des hérétiques ; mais leur lettre fut livrée à la publicité par l'infidélité d'un commis. Si le cardinal avait le droit de se plaindre de la forme et de la gravité de la dénonciation, il devait à sa dignité de ne pas se faire justice lui-même. Au lieu de le comprendre, il se laissa emporter jusqu'à la violation de l'ordre hiérarchique, jusqu'à s'attribuer une juridiction qu'il n'avait pas. Il publia un mandement contre l'instruction pastorale des deux évêques, dans lequel il la déclarait infectée des erreurs de Baïus et de Jansénius, et, non content d'en interdire la lecture dans son diocèse, il la condamnait solennellement comme si les deux évéques eussent été dans sa dépendance (1).
(1; Voici commeat Féaelon explique et réfute cet abus d'autorité : « Quand même i'iDStructiou pastorale serait défectueuse, M. le car* dinal de Noailles n'était pas en droit de prohiber, par un acte solennel de juridiction, cet acte solennel de la juridiction épiscopale. Il pouvait empêcher le débit du mandement et se pourvoir devant le juge commun. Il pouvait môme enseigner, par un autre mandement
Par cette usurpation d'une SiuioviXé patriarcale ^ il souleva contre lui un grand nombre d'évêques, et mécontenta fort le roi. Il crut répondre péremptoirement à ces plaintes par une affectation de mépris pour de petits évêques ; on trouve dans une de ses lettres à M"* de Maintenon cette parole regrettable : « Est-il juste que, tandis que les plus vils dps prélats font des mandements, un archevêque de Paris n*ait pas le droit
d'en faire ? »
Dès le commencement, il s'en était, selon la formule banale, pris aux jésuites. Il les accusait d'aw7«r Fij^ copat, de le diviser, d'y faire entreries sujets les plus minces et les plus dépendants deux (1) . Était-ce Torçueil du grand seigneur blessé de se voir donner des collègues d'une naissance inférieure à la sienne, et une protestation contre cette sainte égalité par le mérite personnel que l'Église a introduite dans la société en la pratiquant la première? Il traitait de même le père Le Tellier, fils, en effet, d'un pauvre paysan : « Le père LeTellier, disait-il, est dans ce goût, et plus qu'un autre. » Il crut bientôt avoir pris les jésuites en flagrant délit de guerre secrète contre lui. Une lettre dérobée lui fut apportée, dans laquelle un neveu de l'évêque de Clermont invitait son oncle à prendre h
opposé, une doctrine contraire à celle de cette instmctioQ pastoratot s'il la croyait pleine d'errears; mais il n'avait aucun droit de prononcer un jugement solennel contre le jugement épiacopal de deux évéques indépendants de lui, » Fénelon, tome IV» page 201 : réponse à Tévéque de La Rochelle.
(1) Lettre du cardinal à Maintenon, 11 mai 1711.