EFFET DU TESTAMENT EN EUROPE
«monde me presse avec instance pour que je recon- « naisse le roi d'Espagne^ et n'ayant rien à démêler « avec ce monarque ni avec la nation^*je ne prévois pas « que je puisse le différer plus longtemps. » Un autre mois s'écoule^ et au milieu de janvier 1701 cette obsession n'est pas amortie : <x ... la nécessité où nous M pourrions nous trou ver de reconnaître le roi d'Es- «pagne.... je devrai en venir là sous peu; » et trois jours après : « Vous ne sauriez croire combien mes « ministres me pressent là-dessus (1). » Guillaume étaitréservéà une bien plus vivecontradiction. Encore trois mois^ et la Chambre des Communes mettra en accusatioa plusieurs de ses ministres^ entre au très sont Portland^ pour avoir signé^ sans consulter le Parle* ment^ le traité de partage si dangereux dans ses conséquences par les avantages immenses qu'il accordait à la France (2). Cette réprobation de l'œuvre à laquelle il prétendait se tenir^ équivalant à l'acceptation da testament^ il se résoudra^ pour n'avoir pas la maia forcée^ à reconnaître de lui-même Philippe V.
Heinsius^ grand- pensionnairede Hollande^ consta* tait avec un égal regret les mêmes dispositions dans les Provinces-Unies. Dès le 23 novembre^ Amsterdam accueillit avec joie l'acceptation du testament par LouisXIY. Lesfonds publics et les actions montèrent;.
(1) Lettres de Gaillaume à Heinsius, 16, 18 noTembre, 14 décembre 1700 ; 1 1 et 14 janvier 1701.
(2) Voir Sirtema de Grovestins> tome VIII. — Dangeau, 8 et 29 avril 1701. Le fait est rappelé en 1709 dans une lettre du duc de Cbevreise à Fénelon. Voir la correspondance de Fénelon.
« et bien que cela ne repose sur rien de solide^ dit « Heinsius^ Votre Majesté sait combien un fait sem- <K blable a d'influence. » On en vit en effet la suite dans les débats prolongésoù s'engagèrent, en janvier 1701, les assemblées de la République. Le testament y trouva de nombreux défenseurs, Amsterdam en tête. Leurs arguments étaient le besoin d'éviter les maux et les
dépenses d'unenouvelleguerre, de ne pas interrompre les relations commerciales avec l'Espagne et ses colonies, la défiancequ'inspirait toujours l'assistance illusoire de l'Autriche, F opinion publique en Angleterre, et la légitimité des droits du duc ctAfijou à l'héritage de Charles IL Les adversaires ripostaientsansgrandc faveur que là République était désormais livrée à tous les coups de main de la France, que l'Espagne n'était plus qu'une annexe de la France, que la puissance de Louis XI V était doublée. Ces prévisions touchaient médiocrement la majorité. «Le grand motif, dit encore Heinsius, est le même qu'en Angleterre, c'est-à-dire l'intérêtprésentdes marchands, et pourvu que celui-ci soit à l'abri, peu leur importe que nous hasardions notre avenir (1). »
Une seule puissance protesta haut et sans délai contre le testament, ce fut TEmpereur. Comme il avait rejeté obstinément toute proposition de partage, il devait avoir encore plus d'horreur d'une décision qui ne lui laissait rien. Le manifeste qu'il publia est un chef-d'œuvred'assurance imperturbable en ses droits,
(1) Lettres de Heinsius à Guillaume, 7, 11 et 14 janvier 1701.