‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 4)Chapitre 29 sur 135 · ÉTAT MISÉRABLE DE L' ESPAGNE · texte numérisé non relu

ÉTAT MISÉRABLE DE L' ESPAGNE

tioD; le Parlement vota l'entretien de quarante mille hommesde terre et de quarante mille hommes de mer^ et, pour en faire un devoir de patriotisme et de conscience, il condamna le prince de Galles a mort, et imposa à toute personne, pourvue d'un emploi dans rÉglise ou dans l'État, un bill d^abjuration du prétendant. Fortdecesengagements,Guillaume triompha enfin des hésitations d'Amsterdam dont les marchands, effrayés non sans raison des charges pécuniaires d'une guerre générale, montraient moins d'empressement que luià précipiter la lutte. Les puissances maritimes convinrent d'envoyer dans la Méditerranée quatre-vingts vaisseaux, cinquante anglais et trente hollandais , pendant que dix-huit vaisseaux des Etats protégeraient dans la mer du Nord le commerce de la République.

En face d'ennemis si bien d'accord, Louis XÎV commençait à se sentir trop isolé, trop dénué d'alliances et d'auxiliaires dignes de confiance. Il ne trouvait pas même l'Espagne en disposition et en étal de contribuer par elle-même à maintenir sa propre intégrité, dont elle se montrait si jalouse. Les espérances ou illusions, qui avaient suivi le testament, s'étaient promptement dissipées. D'abord on avait soupçonné que de sinistres projets contre la vie de Philippe V n'étaient pas impossibles de la part de quelques partisans de l'Autriche. « Les poisons d'Es- «i pagne sont bien subtils, écrivait Pénelon (1), il y en

1) Fénelon, Mémoires de 1701 sur les moyens de prévenir la guerre de la succession iCEspagne.

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«a jusque dnns les odeurs, et on ne peut seprécaua tioiiner sur toutes choses. » Louis XI\\ également inq'iict, recommaiulailj'ison petit-fils de ne pas sentir les fleurs qu'on lui présenterai!, des'ahstenirde tabac, de ne |)as ouvrir lui-mùme ses lettres (1). On reconnut ensuilequela |)résencede Français dans le gouvrrnementferait des jaloux. L'ambassadeur d'IIarcourt ne dul en trei* au conseil de PhilippeVque sur la demande formelle et publique de Porlo-Carrero (2). C'est dans la même pensée que, un peu plus lard, au momentdu mariage du jeune roi, on choisît pour camereî^a mayor de la reine la princesse des Ursins; elle était Française, il est vrai, mais devenue étiangère à la cour de France par un long séjour en Italie, et à moitié E'^pagnole par son mari qui avait été grand d'Espagne(3!. « Une fallait donc pas donner aux Espagnols, écrit encore Fénelon, des amiraux ou des ministres, ni les gouverner comme des enfants, mais leur préterdes gens bien sages qui les instruiraient et les aideraient sans prendre aucun signe d'honneur et d'autorité.» Malheureusement l'Espagne était un corps mort i\^\ ne se défendait pas; on y trouveraitaussidifficilemeiil des hommes capables de se laisser conseiller que des ressources matérielles. Habitués à ne voir dans les séances du conseil de Castille qu'une formalité et «ne

(1) Voir les Mémoires de Noaiiies, rédigés par Milloi.

(2) Œuvres de Louis XIV, tome VI : lettre à d'Harcourt. 7 mars 1701.

(3) Mémoires de Saint-Simon. Instruclion secrète de.Torcy àMarcio avant le mariage.

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cérémonie (1), les hommes d'Etal ne comprenaient rien à Tactivité et à l'esprit pratique des Français. D'Hareourt écrivait: « Je ne serais pas fâché de traa vaiilersi je faisais quelque chose, mais après avoir «travaillé toute une semaine avec ces gens-ci, je m'a- « perçoisque je n'ai rienfait. Car on ne faitque raisonce ner et on ne sailce que c'est qu'exécution. » D'autre partie royaume était ruiné, soit par les concussions des uns, soit par l'oppression des autres. Les vicerois du Mexique et du Pérou trafiquaient des droits du monarque, et vendaient à leur profit les postes les plusimporlants. Tandisqueles Castillans payaient de lourds impôts, les autres provinces, en vertu de leurs privilèges, ne payaient presque rien,

Louis XIV passa toute Tannée 1701 à lutter contre ces abus. Malgré tant de nullité et demisère, le conseil de Flandre résidant à Madrid prétendait régler, sans aucune connaissancedes affaires, l'administration et la défense des Pavs-Bas; il contrariait toutes les mesures prises par la France. Le roi signifia que, si

(1) Voir dans les Mémoires de Noaill**s lo t:'bleau d'une séance du cons il de Castille sous les rois antrichiens. Tou-* los vendredi:?, le conseil d^ C^l^tille s'assemblait dans la chainbn^ d i ir'n-. Le roi eniriil couvert et les iDuvait agenouiilt'S ; il s'a^S'ynil et dis^ail: Levez-vous^ et ils se Icv. i ni; assey Z'Vons. et ils s\w.^ryaionl; caU' vres-t'oux. et ils S3 couvr..in.it. Junai- il n'olait (|Ui'sLion tic rion de plws. P.iilippo V demanda s» l'on nj ferait pas rrauirj?; < hosrs Lo pr'sidtnt rôpond t qu'on ne f.iisail p^s autre thoso sous C'»ar e.^ Il, mais qu!% sous Pliilippo IV, on lui oxp'iqu lit quiîlqu. f lis les jugniDeQt> du coil^eil. — Et que disnt p.ii ippj IV? — Il disait : Cela est bien. — Pour moi. je le dirai si je le trouve ainsi, et si je le trouve autrementj je dirai : Cala est mcU.

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les ordres de Madrid s'exécutaient dans les Pavs-Bas, il n'yaurait pas d'argent pour payer les troupesd'Espagne^ et que les dépenses faites par la France deviendraient inutiles. Il exigea que ses ordres à lui fussent rendus obligatoires pour le gouverneur, espagnol dans ces provinces. Bien convaincu, après une assez longue attente, qu'il n'y avait pas en Espagne « de «gens assez habiles et assez désintéressés pour les c< employer à rétablir Tordre dans les finances,» il envoya à Madrid le financier Orry (1), dont cette mission a commencé TimporLance, avec le soin d'examiner la nature, le mode do perception et Temploi des revenus de la monarchie, les engagements pris elles conditions de ces engagements, et de rechercher |>ar quels moyens les rentrées pouvaient être augm.ealées, et les dépenses proportionnées aux recettes. Le mois suivant (juillet) il remplaça d'Harcourt malade par Marcin. Exercer réellement les fonctions de ministit* du roi d'Es|)agne sans en avoir le titre, régler les heures et toute la journée du jeune roi, ranimer le conseil d'Etat par l'introduction de personnes moins incapables, combattre les routines, les entêtements des provinces, tellesétaientles instructions dunou^el ambassadeur, rédigées par Torcy. Il s'y joignait un point délicat, plus téméraire en Espagne que partout ailleurs, qui ne devait être abordé qu'après une longue réflexion. Les églises d'Espagne étaient très-ricbes

(1) Œuvres de Louis XIV, tome VI : lettre à d'Harcoart, 2i juin 1701 .

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