ÉTAT MISÉRABLE DE L ESPAGNE
en or et même en argenterie, et l'espèce était très-rare dans le commerce; ne pourrait-on pasobiiger le clergé à vendre une partie de cette argenterie (1) ? On se rappelle que l'expédient avait été essayé en France au commencement de la seconde coalition.
En dépit de ces efforts la situationne changea pas. A la fin d'octobre, deux mois après Chiari, le roi s'en prenait à l'indifférence, ou à Tinertie des Espagnols, des difficultés insurmontables qu'il rencontrait en Italie. « L'argent, écrivait-il à Marcin, manque absolument pour les dépenses les plus nécessaires; on ne peut en trouver pour soutenir la guerre en Italie, pour satisfaire aux traités ci pour maintenir les alliances. II semble, parlaconduitedesEspagnols, qu'il s'agisse de maintenir des Etats dont la conservation seraitentièrement indifférente à leur monarchie. On voit qu'ils ont peine à souffrir que je mette quelque règle à ceux des Pays-Bas. Enfin je soutiens de tous côtés les frais de la guerre, les dépenses en sont immenses par l'éloignement des lieux où il faut porter mes armes, et, loin d'être aidé par l'Espagne à défendre ses propres États, je trouve des contradictions de sa part dans tout ce que je veux faire de plus avantageux pour elle. Si le zèle de mes sujets n'a pas de bornes, ils en trouveront enfin aux moyens de m'assister. » La menace renfermée dans ces derniers mots était déjà assez transparente ; il la renforçait en refusant de « ruiner la France pour sauver rEs)>agne, » en avouant la nécessité d'une
(1) Voir l68 Mémovrts de Noailles.
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paix prompte, et, ce qui de vailleur donner du cœur, la nécessité d'acheter cette paix par la cession de quelques États dépendants de la monarchie d'Espagne (11. A son accent de regret et de résolution tout à la (ois, il n'était pas possible de ne pas sentir le découragement. Néanmoins, sa correspondance témoigne qu'une espérance lui restait encore. Philippe V avait montré dès son début quelque capacité, un sentiment vrai de sa dignité et de ses devoirs. Il paraissait eu public, à la difTérencedes rois autrichiens qui se tenaient renfermés et invisibles; il se laissait aborder pour encourager les réclamations. Il avait promis d'apporter aux affaires Texamen convenable. En parlant delà guerre, il avait dit que la place d'un roi, au danger, devait être, comme partout, la première (2). Depuis que les Autrichiens menaçaient le duché de Milan, il insistait auprès de son grand-père pour passer en Italie. Louis XIV encourageait celte ardeur comme une chance de salut : « Vous gagnerez, lui écrivait-il, le cœur de vos sujets, vos ennemis seront forcés à vous estimer et à vous craindre. Que je serai heureux quand jevousverrai dans le haut pointde gloire où votre couragevous élèvera ! Je vous aimerai davantage^ et, mon estime se fortifiant, ma tendresse augmentera, en vous voyant tel que je vous désire et que je me persuade que vous serez. » Il faut attendre les événements pour ap-
(1) Œuvres de Louis XIV, tome VI : lettre à Mardn du 31 octobre 1701.
,2) Dangeau, 28 février 1701.