MORT DE GUILLAUME HT
précier ce qu'il y avait de vrai, ce qu'il y avait de spécieux dans cette attente.
L'ouverture des hostilités générales était imminente. Tout à coup le grand ennemi de la France, le grand meneur de l'Europe, disparut du monde sans avoir rien vu des effets de la troisième coalition ourdie par lui avec tant de patience et d'art, rien vérifié de la « nouvelle grande perspective, » comme il disait, qui s'ouvraitàses yeux. Le dépérissement de la santé de Guillaume III était désormais évident. Dans ce corps naturellement débile, trente années d'application impitoyable au gouvernement, à la diplomatie et à la guerre, avaient épuisé toutes les sources de la vie. On attendait, on calculait sa mort plus ou moins prochaine, comme, dans les années précédentes, celle de Charles II. Il n'est pas même invraisemblable que cette éventualité ait relardé le commencement des opérations décisives, Louis XlVespérantcprune pareille mort changerait la politique, et que la coalition privée de son chef pourrait bien se rompre d'ellemême. Une chute de cheval (4 mars 1702) détermina la catastrophe et fit cesser les incertitudes. Guillaume, blessé à la clavicule, puis atteint d'humeurs menaçantes au genou et exténué par la fièvre, déclara, non sans regret (1), qu'il tirait rapidement à sa fin. Il n'eut pas même le temps de faire accepter par les Anglais son projet d'union de l'Angleterre et de l'Ecosse en un seul royaume, dernier coup préparé par lui contre
(1) Macautay, fragment final.
202 GUERRE DE LA SUCCESSION d' ESPAGNE
la maison de SUiart, puisqu'il avait pour but d'imposer à l'Ecosse Tordre de succession royale établi en Angleterre en 1689 et 1701 . Le Parlement éluda celte demande^ mais lui apporta à sanctionner le bill d'abjuration du prince de Galles. Ce fut son dernier acte plitique. Ilmourut lel9mars, le quinzième jouraprès l'accident.
Ce grand événement parait avoir médiocrement ému l'Angleterre. Les Anglais appréciaient bien au point de vue de leur intérêt les services de Guillaume, mais ils n'aimaient pas sa personne (1), Pendant son agonie, le Parlement se préoccupait avant tout de proclamer sans délai le successeur avec toutes les formalités voulues, en dépit du repos du dimanche (2). L'enterrement fut à peine décent, loin d'être magnifique : c'est au moins la plainte de Burnet, le compagnon de sa fortune depuis l'invasion, et évéque de Salisbury par sagrâce (3). L'hommage le plus explicite renduen Angleterre à la gloire de Guillaume fut le discours
(1) Macaulay dit lui-même : « Malgré les grands services qu'il a rendus à notre pays, il ne régna jamais sur nos cœurs. » Tome II au commencement.
(2) Macaulay, Ibid,
(3) Burnet, Histoire de ce qui s*est passé pendant la vie de Burnet, livre V : c 11 y eut des gens qui proposèrent de lui faire des obsèques pompeuses. Mais on ne crut pas qu'il convînt de se jeter dans des dépenses inutiles, à la veille d*une guerre qui devait tint novis coûter. Aussi, on résolut de se borner à des funérailles ordinaires. Seulement on donna ordre de lui élever un magnifique tombeau ei une statue équestre, soit qu'on eût réellement le dessein d'booorer sa mémoire, ou qu'on voulût seulement excuser Tocouornie d'un enterrement qui fut à peine décent, loin d'être magnifique. »