MORT DE GUILLAUME III
d'avénement où la reine Anne proclama que la mémoirede Guillaume ne périrait pas. « Ses bienfaits^ disait-elle^ rejailliront jusqu'à nos derniers neveux; ils célébreront ses heureuses entreprises, applaudiront à la profondeur de sa politique, et adopteront avec confiance les maximes qu'il nous a laissées pour assurer un bonheur réel à nos peuples et les préserver des. révolutions dont ils avaient été, jusqu'à lui, les malheureuses victimes (1). » En Hollande, la douleur fut plus sensible et plus retentissante. Les particuliers prirent le deuil, même à Amsterdam. Quiconque essaya de s'y soustraire fut victime de cet emportement populaire qui^ sous prétexte de liberté, ne souffre pasdecontradiction. Les députésaux États, rassemblés spontanément, se jurèrent, en s'embrassant, de rester unis pour la défense de la patrie (2). Les frais de deuil des membres du gouvernement furent mis à la charge de la République. Six semaines durant, les cloches sonnèrent le glas funèbre, trois fois par jour, une heure et demie chaque fois. Jamais, en Hollande même, Guillaume III n'avait reçu tant d'honneurs. Pendant que ses amis lui prodiguaient l'hommage du regret universel, en France ses ennemis étaient bien près d'y joindre celui de leur joie présente ou de leur crainte passée. Heureusement Louis XIV y mit bon ordre. Averti le premier (25 mars), le roi ne fit connaître l'événement qu'au Dauphin et à M"' de
(1) Sirtema de Grovestins, tome VIII.
(2) Qaroetf Histoire de sa vie.
20i GUERRK DE LA SUGCESSIOX d'eSPAGNE
Mainleiioriy et chargea d'Argenson , successeur de La Reyiiie, de prévenir par des mesures opportunes le retourdes folles démonstrationsquiavaient suivi la bataille de la Boyne. Le reste du jour, il ne ditmotà personne et ne laissa échapper aucun signe de la nouvelle. Lorsque la chose fut publique, il persévéra dans le mémeaird'indiflerenceetla même liberté d'allures. On voit, parDangeau (1), que cette réserve impatiente les courtisans; en louant le roi A'êlre maître de luien toute chose, on sent qu'ils souffrent de la contrainte qu'il leur impose ; en ré()étant qu'il a grand sujet d'avoir de la joie, ils réclament pour leur piopre joiela liberté de s'épancher bruyamment. Mais il fallut s'en tenir à l'exemple du maître. Louis XIV ne refusai! même pas de prendre ledeuil, par respect des convenances que les souverains observent entre eux, quand ils ne sont |)as en guerre les uns contre lesautres,ella guerre, malgré tant de préparatifs, n'était pas encore officiellement déclarée. Il voidut seulement attendre que la reine Anne lui eût notifié la mort de Guillaume (2). Cette notification n'ayant pas eu lieu, il se trouva tout dispensé de la coutume. Ainsi s'explique probablement ce que Saint-Simon lui reproche avec aigreur, le deuil interdit aux Bouillon, Lorges et Duras, qui, parla mère de Turenne, étaient parents des princes d'Orange.
Après tout ce que nous avons raconté de Guillaume
;i) Journal de Dangcau, 25 et 26 mars 1702. (2) Dangeau, Journal, 5 avril 1702.