‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 4)Chapitre 33 sur 135 · MORT DE GUILLAUME III · texte numérisé non relu

MORT DE GUILLAUME III

III, il nous p<irnLt superflu d'apporter sur sa tombe un deces jugements funèbres par lesquels riiisioire trop souvent secroil obligée à prendre congé de ses grands personnages. Qtie pouirions-tious dire qui ne fïil une répétition ? Nous avons jugé chaque fois sur le fait riiomme et le politique. Nous ne lui avons contesté niledroitde légitime défense contre les invasions ou lesenxpîétements de Louis XIV, ni le mérite d'une persévérance indomptable aux retards et aux défaites, ni l'art de rassembler, de retenir en faisceau les volontés tncertainesou fatiguées pour les faire conspirer à ses desseins, ni la gloire d'avoir deux fois contraint àrestitution son redoutable adversaire. Que ce soient là des titres d'honneur aux veux de ses amis et des peuples qui ont profilé de ces efibrls, aucune antipathie nationale, aucun regret du mal qu'il a (i\it à la France, ne nous a em|)éché de le reconnaître. Mais d'avoir consenti au massacre des frères de Witt, et récompensé les assassins, d'avoir joué, par un caprice de dépit et par mépris de la vie des homipes, Texistencededeux armées contre le droit des gens, c'est là une tache de sang qui ne sVfTacera pas de son front : surtout d'avoir préparé de si loin la ruine de son beaupère, de l'avoir poursuivie im|)assiblement par les armes, par la calomnie, par la diplomatie jusque dans le dernier asile oflerlau malheureux par l'étranger, c'est un attentat impie aux lois les plus saintes du cœur humain qu'aucune nécessité d'Etal ne justifiera jamais devant la conscience et la morale. Si donc le politi(jue s'est élevé à la hauteur des plus habiles et des plus

forts^ l'homme reste dans la région inférieure de ceux qu'on ne peulni aimer ni estimer, que leur importance et leurs talents imposent forcément dans les affaires, mais qu'on n'admet pas dans l'intimité et que Ton quitte sans regret. Et pourtant la part de celui-ci a été si considérable dans les intérêts de son siècle, qu'on ne se sépare pas de lui sans surprise, et qu'il semble qu'une moitié de cette histoire va désormais nous manquer.

LA COALITION FIDELK A TtUILLAUME MI 207

II.— La jçocrrc générale déclarée. — Le triumvirat des chefs ennemis: Mariborough, Eii/çèue, Uein»ius. — Les nouveaux généraux de Louis XIV : Villars, Vendôme, Berwiek. — En 1702, campagne malheureuse dans le Nord : Première camp.i'^ne de Marlborough; les alliés occupent la Gneldrc et Télectorat de CoIokhc. — Succès des Frani^.iis en Italie : Vendôme et Philippe V en Lombardie ; délivrance de Mantûue; batailles de Luzzara et de Santa-Vittoria. — Invasion inutile des alliés en Espagne: énergie de la jiune reir.e d'Espagne. — Du côté de l'Allemagne. Villars succède à Catinat. — Bataille de Friedliugci:.

Louis XIV eut lui-même pendant quelques jours imeimpressiondu même genre. Malgré Tétat de guerre formidable dans les Pays-Bas^ dont s'alarmaient les Provinces-Unies, il avait affecté de ne pas attaquer le premier; il avait même laissé à ses ennemis, paroette hésitation, le temps de réunir leurs moyens de défense, pour éviter avant tout le reproche d*être l'agresseur. Aussitôt Guillaume mort, il voulut voir si Tâme de la coalition n'était pas partie avec son auteur; il proposa de nouvelles négociations aux Provinces- Unies (27 mars 1702). Dans nu mémoire tout bienveillant, et du ton d'un ami (jui regrette la rupture, il résumait ses griefs contre les Etats-Généraux ; mais au lieu de s'en prendreà la République, il n'attribuait ces démarches qu'à tétatvwl€?ifoûs€ trouvaient lesPro- " ùmes sous une influence hostile à la France. « Présente- <&ment, disait-il, que la République est rendue à elle- « même, que son esprit va gouverner, que ses seuls «intérêts seront consultés, sa conduite réglera les sen- « liments de SaMajesté pour elle. »De séduisantes promesses fortifiaient cette insinuation : leur commerce désormais affranchi de toute entrave, la jouissance de

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tous les avanliiges et privilèges obtenus en différenis temps de la Fiance, leurs relations également assurées avec l'Espagne par le renouvellement des traités de Munster,deNimègueeldeRyswick,ctles troupes françaisesévacuantlesRiys-BasespagnoIs.Unefois lapait rétablie et Leurs Seigneuries ayant désarmé, la garde des provinces du Roi Catholique ne serait plus confiée qu'à ses propres troupes. Une prompte résolution rendrait le calme aux Provinces-Unies; la paix et la liberté y renaîtraient ensemble (1) .

La réponse fut prompte (12 avril 1702), mais <cnon pas telle qu'on la devait attendre», dit Dangeau. Le successeur de Guillaume, la reine Anne Stuart, cinq jours après son avènement, avait fait porter aux Provinces-Unies l'assurance de son amitié et la promesse de toute l'assistance dont l'Angleterre était capable(2). Forts de cet appui, les Etats-Généraux se donnèrent ravantagedebraver,dedédaigner LouisXIV. Ils regrettaient, eux aussi. Tancienneami' tié avec la France, mais ilsn'en rapportaient la rupture qu'aux menacesdu roi contre leur territoire. Ilsavaienl toujours été libres sous Guillaume, quoi qu'on en pût penser, et ils entenda? 'înt rester fidèles après sa mortà une politique qu'ils avaient embrassée volontairement. Aussi bien, habitués à respecter les traités, il ne leur était pas permis de rompre, par des négociations particulières, leurs engagements avec leursalliés.

(1) Dangeau, 12 avril 1702. il cite textuellement le Mémoire. (2j Leitre de Marlborougb à Heinsius, 24 mars 1702, dans Sirtema de Grovesiins.

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L'espritdeOuillaume III lui survivait donc^et particulièrement dans trois hommes, les triumvirs delaligue, comme Torcy les appelle^ dont l'accord pendant près de dix ans a réglé souverainement les affaires de l'Europe : c'étaient Marlborough^ le prince Eugène de Savoieet Heinsius.Tous trois à la hainede la domination française joignaient des griefs ou des desseins personnelsy plus opiniâtres encore et plusexigeants que la politique. Heinsius , grand-pensionnaire de Hollande après Fagel^ et confident de Guillaume III, avait partagéjtous les sentimentset secondé tous les efforts de ce prince. II avait gagné la confiance des États-Généraux par sa modération dans Texercice du pouvoir, par son dévouement à la défense de l'État. Simple dans la vie privée, comme Jean de Witt, sans faste danssamaison et dans son extérieur, il n'avait en apparence que l'ambition d'ériger sa république en arbitre des nations de l'Europe, et, comme elle fournissait là plus grosse part des dépenses, de faire distribuer par elle à chacun des alliés sa part Ju butin delaguerre. Mais il obéissait en même temps à une vieille rancune particulière. Envoyé en France après la paix de Nimègue pour traiter des intérêts du prince d'Orange, il avait été malmené par Louvois. « Je vous ferai mettre à la Bastille, d lui avait dit le ministre plus habitué à imposer la soumission aux hommes de l'armée qu'à négocier avec l'étranger (1). Il avait gardé au fond du cœur cette menace du plus fort, cet afiront à sa dignité, et il en

(1) Mémoires de Toitsy.

cherobait la revanchedans rabaissement de la France, dans rbumiliation du grand roi. Le prince Eugènede Savoie était un fugitif français^ chez qui dominait Finsatiable désir de se venger de Louis XIV. Dernier enfant d'Olympe Mancini^ nous l'avons vu sortir de France presque en même temps que sa mère (1683). Il se plaignait^à l'âge de vingt ans^ de n'être pas encore compris ni bonoré selon sa valeur, de n'avoir pu obtenir du roi le commandement d'une compagnie; espérant mieux de l'étranger, il y ebercbait une patrie plus juste et plus libérale. Pendant que la mère était accusée de mettre ses poisons au service des passions autricbiennes, le fils recevait une épée de l'Empereur et l'essayait avec succès contre les Turcs. Il l'avait ensuite tournée contre la France dans la guerre de la seconde coalition, à Staffarde; mais c'était dans la guerre de la succession d'Espagne qu'il allait donner le plus vaste essor à son ressentiment. Nous le verrons jouir de chaque désastre des Français comme d'une sptisfaction personnelle. C'est lui qui dira à des prisonniers français après sa victoire d'Oudenarde : <c On est beureux de forcer les « gens à se repentir de leurs mépris (1) ; )i> et à ladernière beure, quand ses alliés l'abandonneront, il se promettra encore de poursuivre Louis XIV la torcheâ la main,jusqu'à Versailles. Marlborough,rAnglais,n'a pas de ces rancunes. On peut dire de lui qu'il ne hait personne, tant il va et vient facilement d'un parti à

(1) Saint-Simon, Mémoires, tome IV, chapitre xv.

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