LES FORTIFICATIONS
pes n'offraient plus qu'un spectacle secondaire. Il s'en fit pourtant de fort belles^ auxquelles le duc de Bourgogne trouva beaucoup d'intérêt el de plaisir : travaux de tranchée^ attaque de retranchements, siège simulé de la ville, dispositions pour attaquer et défendre la contrescarpe ; dans une attaque d'une heure on brûla quatorze milliers de poudre. Le rôi se déclara satisfait de la beauté des troupes, et^ au lieu de blâmer la profusion déployée pour lui plaire, il crut devoir en prendre une partie à sa charge. Il accorda six cents livres de gratification à chaque capitaine de cavalerie, six cents à chaque capitaine d'infanterie. Boufflers reçut cent mille livres : indemni té dérisoire pour lui comme pour les autres, une goutte (T eau pour chacun , dit Saint- Simon, à côté du gaspillage des fortunes particulières dont aucun de ces magnifiques ne se releva.
C'était sans doute une contradiction, un obstacle même, aux projets de réformes, que cette prodigalité encouragée au moins tout bas par le roi. Heureusement il avait pour l'administration de la guerre des intentions, des plans plus raisonnables, plus conformes à la situation nouvelle. Il s'occupait de la défensive et des travauxqu'elleréclamait,cequi est la première et la meilleure mesurée prendre contre la guerre. En remplacement du Brisach qu'il n'avait plus sur la rive droite du Rhin, ilenconstruisaîtunnowp^ai/,unBrisach français sur la rive gauche, pour fermer aux Allemands le midi de l'Alsace. Cette ville, entièrement neuve, commencée en plein champ, se relierait par de grosses redoute» à quelques autres ouvrages qui existaient déjà
de ce côté du fleuve; elle devait coûter cinq millions. Vauban avaitaussi reçu la mission d'inspecter toutes les places fortes du royaume, de déterminer ce qu'exigerait leur remise en bon état, et indiquer par quelles réparations il était urgent de commencer. Vauban, en s'acquitlant de celte occupation, en ajouta une selon ^oncâ?wr, ditFontenelle(l). Touten visitant les forteresses, il recueillit, chemin faisant, de précieux éléments pour ses Oisivetés y et pour la Dîme royale. Au retour (octobre 1699) il remit au roi un mémoire précis et fidèle de tout ce qu'il y avait à faire à chacune des places fortes; il appelait ce mémoire son Testament. Ce qu'il proposait de travaux n'allait pas à moins de soixante millions; une pareille entreprise ne pouvait s'exécuter que peu à peu; mais le roi se promettait bien d'y persévérer, et à peu près au même moment Barbezieux lui annonçait qu'il avait en réserve deux millions à l'extraordinaire des guerres, et un autre fonds assez considérable pour suffire aux dépenses urgentes de la frontière, à des constructions de magasins, ou à toute autre œuvre que Sa Majesté jugerait utile (2).
Les encouragements à l'industrie, au commerce, aux colonies, marchaient de pair avec les soins militaires. La guerre avait empêché le roi, dit- il luimême, <x de continuer son ancienne application au «commerce de ses sujets», et donné « aux étrangers
(1) Fonleoelle, Éloge de Vauban.
(2) Dangeau, 25 janvier 1700.