‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 4)Chapitre 40 sur 135 · CAMPAGNE DE 1702 EN ESPAGNE · texte numérisé non relu

CAMPAGNE DE 1702 EN ESPAGNE

lui firent présent pour son usage d*une somme de cent i]iilleécus;enes'en montra digneen faisantporter immédiatement ce cadea u au roi pou r les besoins publics . A Madrid^ elle assistait tous lesjours à la junte de gouvernement ; elle parvint à les tirer de leur vieille habitude de nonchalance. Attentiveà toutes les questions sérieuses, elle ne leur permettait pas de perdre leur temps. Dès qu'ils s'égaraienten conversations inutiles*^ eUe affectait de prendre son ouvrage^ disant : « Comme « on parle de choses qui ne regardent pas les affaires^ «j'emploierai ce temps à travailler pour moi. y> La leçon fut comprise et profita ; elle servit aussi à concilier à la reine une vénération qui^ confondant le patriotisme avec la fidélité au souverain^ a consacré la royauté de Philippe V (1). L'essai d'invasion des Anglais et Hollandais en suscita unepreuveéclatante. Le duc d'Ormond^ débarqué à Cadix^ avait pris position dans l'ile de Léon; de là il envoyait ses troupes au pillage^ et faisait porter aux officiers supérieurs^ pour les tenter de trahison, ses promesses cT agrandissement; il ne séduisit personne : «c J'ai juré^ lui répondit Villa « d*Arias^ gouverneur général de l'Andalousie, de ré- « pandre jusqu'à la dernière gouttede mon sang pour « Philippe V. Nous n'avons que de généreux exemples « dans nos ancêtres; ils n'ont jamais cherché leurélé- « vation ni dans le sang ni dans la fuite de nos rois ; « moripro patria est ma devise. Vous pouvez la cornet muniquer à la princesse qui gouverne l'Angle-

(l) Mémcirei de Noailles, 1702.

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«c terre (1). i> L'Anglais ne réussit pas mieux auprès dupeuple; il avait laissé ses soldats protestants piller les églises; c'en était assez pour soulever contre eux les populations catholiques. En même temps la jeune reine déployait une activité au-dessus de son âge et de ses forces. Prête à aller partout où sa présence serait nécessaire^ travaillée de violents maux de téte^ mais infatigable, elle provoquait par son exemple une levée en masse. « Tout s'offrit, tout monta à cheval, ce tout marcha » contre lesenvahisseurs. Le 27 octobre les Anglais et les Hollandais se retiraient «fortdé- « munis d'hommes et d'ai^ent»; et Phi lippe Vreutrant en Espagne la trouvait délivrée sans qu'il eût le temps de contribuer à cette revanche. Un seul malheur vint à la traverse de ces résultats. Les galions d'Amérique, chargés de trésors qui appartenaient à plusieurs nations, étaient enfin rendus, sous l'escorte d'une flotte française commandée par Château-Renauld, dans le port de Vigoen Galice; déjà on avait pu transporter à l'intérieurdes terres beaucoup d'or, d'ai^ent et d'effets précieux^ mais il restait encore à bord de grandes quantités de marchandises. Une flotte ennemie se présenta tout à coup le 22 octobre, força le port et brûla les galions et les vaisseaux français, et emporta une prise de huit millions. Pour ne pas ressentir trop péniblement une pareille perte, on avait besoin des bonnes nouvelles qui arrivaient en ce moment d'Allemagne.

(1) Bnizen de la Martinière, fftstotre de LauU XIV^

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En Allemagne, comme dans les Pays-Bas, la campagne avait comoiencépar un siège et un siège malheureux. On sait déjà queCatinat, loin de trouver les forces promises, avait reconnu que celles de l'ennemi étaient bien supérieures à tous les calculs du roi ou de Chamillard. Dès le mois d'avril, les Allemands du prince de Bade avaient passé le Rhin à Spire et à Gremersheim, puis s'avançant vers la Lauter, ils avaient séparé Landau,possession française^derAlsace.IIétait impossible, àmoins d'un de ces coups de hardiesse qui entraînent la ruine aussi bien que le succès, de les attaquer avec avantage. Leur nombre en juin s'élevait à cinquante mille; celui des Français ne dépassait pas vingt et un mille. Landau fut donc investi le 15 juin et dut être abandonné à ses propres forces, c'est-à-dire à sept bataillons dont deux d'artillerie et à sept escadrons. Il est vrai que le commandant Mélac était un de ces hommes que l'ennemi, selon l'ancien mot de Louis XIV, avait l'habitude de redouter dans les places françaises; il allait renouveler à Landau ce que Bla inville venait de faire voir à Kayserswerth. Les assiégeants, malgré leur énorme supériorité de nombre et la présence du roi des Romains, fils de l'Empereur, n'avancèrent que lentement, contrariés par les crues du Rhin qui rompaient les ponts, par la difficulté de nourrir une telle multitude, et fort incommodés par le canon des assiégés. Louis XIV tenta bien un effort pour renforcer Catinat, il rappela des Pays-Bas à Thionville douze bataillons et seize escadrons de l'armée de BoufQers. Il n'était pas juste, disait*il, d'à-

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bandonner des places et des provinces qui lui appartenaient (Alsace) pour conserver celles qui appartenaient au roi d'Espagne(Gueldre). Ces auxiliaires furent places sous les ordres du marquis de Villars, qui^ tiré récemment de l'ambassade de Vienne^ reprenait avec empressement un commandement militaire, où son ambition se proposait des actions éclatantes et de grands honneurs. Mais ce corps d'armée, destiné d'abord à garantir la Sarre, puis appelé parCatizml à coayrir les points les plus menacés de l'Alsace, n'apportaaucun changement à la situation de Landau. Dans les derniers jours d'août, la place était battue en brèche et les assiégeants préparaient leurs ponts pour le passage dufossé.Acemomentune résolution hardie et subite de Louis XIV, pour passer de la défensive à l'attaque, sacrifia irrévocablement cette ville. Le30aoiit, Catinat recevait l'ordre de dégarnir l'Alsace, et d'envoyer la plus grande partie de ses forces en Allemagne au secours de l'électeur de Bavière. Landau n'avait plus qu'à se rendre. Dans la nuit du 8 au 9 septembre, Mélac repoussait un dernier assaut; et quelques heures après, considérant les conséquences inévitables d'une plus longue résistance, il capitulait le quatre-vingt-unième jour depuis l'ouverture de la tranchée, le cent quarantième depuis le commencement du blocus. Une pareille défense était trop digne d'hommages pour ne pas recevoir ceux de l'ennemi même. Le roi des Romains laissa partir la garnison avec les honneurs de la guerre, avec quatre pièces de canon, deux mortiers et plusieurs chariots coi|verls.

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Il reçut Mélac à sa table^ lui montra son armée et lui fit rendre par elle tous les honneurs des feld-marèchaux (1).

Le parti que Louis XIV venait de notifier à Catinat était incomparablement lemeilleur ; il allait changer la face de la guerre^ en la reportant en pays ennemi^ en opposantAllemands à Allemands, justifierPaudace par le succès^ et donnera la France le dernier prix de la campagne. L'électeur de Bavière^ allié secret de la France, s'était contenté d'abord d'agir auprès des Cercles pour les maintenir dans la neutralité. Quand il vît les États de son frère, l'électeur de Cologne, envahis par les alliés et entamés par la prise de Kayserswerth, il crut le moment venu d'agir. Par un nouveau traité avec Louis XIV (17 juin 1702), il s'engagea à combattre pour la France et pour l'Espagne et aussi pou r lui-même, et, dans le cas où l'Empereur attaquerait la Bavière, à porter ses armes en Ty roi, en Bohême, en Autriche. La France en retour lui promettait l'appui desesarmées et la conquête des deux Palatinats du Rhin et de Neubourg(2). A la fin d'août, il annonça qu'il allait entrer en campagne par la prise d'Ulm^ ville impériale de Souabe; il réclamait immédiatement l'envoi de troupes françaises pour le couvrir contre un retour de l'armée qui assiégeait Landau. LiOuis XIV, reconnaissant làunmoven de diversion

(1) Pelet, tome H. Dangeau» 30 septembre 1702.

(2) Ce traité est rapporté par le général Pelet dans le troisième volame, page 945, et non dans le second, auquel il appartient par la date.

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capable en effet de ramener cette armée des bordsdu Rhin au cœur de l'Allemagne^ passa par-dessus toutes les considérations que pouvait suggérer le péril de l'Alsace : « Je me trouve^ écrivait-il à Catinat (1), dans la nécessité pour profiterdeson alliance^ quipeutdans la suite me devenir très-utile^ de lui donner tous les secours dont il peut avoir besoin pour faire une diversion considérable dans l'Empire. En même temps je laisse l'Alsace ouverte à mes ennemis sans y pouvoir tenir une armée suffisante. Il n'y a aucune troupe du côté de laSarre^ pas mêmece qui serait nécessaire pour empêcher les partis d'entrer sur les terres de ma domination. Dans cette situation^ j'ai cru que je n'avais d'autre plan à faireque devons ordonner de faire joindre^ aussitôt que le duc de Bavière vous le demandera^ les troupes dont il aura besoin. » L'électeur ne demandait pas moins de trente bataillons et de quarante escadrons. Le roi ordonna de les envoyer, et même davantage^ si l'électeur en manifestait le désir.

Cette entreprise demandait un chef hardi, entreprenant. Parmi les lieutenants de Catinat, nul ne paraissait mieux remplir cette condition que Villars. Impatient outre mesure d'être distingué, Villars, depuis qu'il avait repris le métier des armes, blâmait la lenteur et le peu d'éclat des opérations. Malgré sonre^pect pour les chefs d'armée, il trouvait cA^z eux çuelçue chose à désirer; il n'y trouvait pas F audace naturelle à quiconque mène des Français y parole de Louis XIV dont

(1) LeUres à Catinat du 30 août et du 18 septembre 1702.

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