‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 4)Chapitre 41 sur 135 · CAMPAGNE DE 1702 EN ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

CAMPAGNE DE 1702 EN ALLEMAGNE

il s'appnyait habilement. Pourquoi par exemple n'avait-on pas livré de grande bataille en Flandre? Il s'était déjà offert à tenter une diversion en Allemagne par Kehl etparlaSouabe. «Qu'on me donne^ écrivait-il à Chamillard^deux mille chevaux^ mille dragonset cinq cents grenadiers^ on verra ce que je saurai faire de ce corps-^là dans les montagnes noires (1). » Il ne cachait pas que^ en faisant bien^ il entendait en être bien payé ; dans la même lettre^ il réclamait le cordon bleu^ pour les services qu'il avait rendus dans son ambassade de Vienne^ et nous lui retrouverons le même appétit jusqu'à la fin de sa carrière. Mais cet égoïsme^ qui rabaissait son caractère, était aussi propre à fortifier son talent. Il était bon de le mettre à Tépreuve. Dès le premier jour^ le roi l'avait désigné pour commander la diversion en Allemagne.

Câlinât aurait bien voulu garder ses troupes^ pour défendre l'Alsace que les conquérants de Landau envahissaient par le nord et par le Rhip. Les ordres du roi étant formels, il fallut se résigner. Pendant que quelques démonstrations^ du côté de Saverne et de la Liaiiter^ entretenaient les incertitudes de l'ennemi^ Villars partit pour Huningtie avec une partie des forces destinées à son expédition. Ce mouvement ne put être si secret que le prince de Bade n'en eût connaissance; il comprit sans doute les intentions de Villars, et^ avec vingt mille hommes^ il remonta le Rhin sur la rive droite pour intercepter la tentative des Français.

(1) Pelet, tome II : lettres de Villars à Ghamillard, 25 juin 1702. LOUIS xnr. — t. vu 46

Villars avait devant iuiime ile formée par deux bras du Rhin^ Fun profond^ l'autre guéable. Au moyen d'un pont sur le premier^ il transporta son artillerie dans l'île ; un autre pont sur le petit bras fut destiné à l'infanterie et couvert à la tête d'un fort retranchement. Tout cela fut exécuté malgré le canon de l'ennemi retranché dans le fort de Priedlingen et derrière. LfC passage était préparé; si l'électeur de Bavière se fût alors avancé sur les derrières de l'ennemi ^ l'attaque ne pouvait manquer de réussir. Mais l'électeiirne donnait pas même de ses nouvelles; on finit par savoir qûe^ au lieu de se rapprocher du Rhin^ il s'en éloignaitaucontrairedecinquante lieues^ par une marche rétrograde vers les villes de Memmingen et de Kempten qu'il occupa en effet dans les premiers jours d'octobre. Ce caprice, prélude de beaucoup d'autres chez cet homme bizarre^ ne retarda que de quelques jours l'opération décisive. Liouis XIV, instruit de la situation^ prétendit mettre Villars en état d'agir sans les Bavarois. Il ordonna à Catinat d'envoyer à Huningue un renfort de dix bataillons et de vingt escadrons, c'esl-à-dire, écrivait-il^ « à peu près tout ce qui vous reste. » Dès que Villars eut reçu ce complément, il commença d'agir. Un détachement de deux mille hommes d'infanterie et de deux régiments de dragons traversa le Rhin hors de la vue de l'ennemi, devant Neubourg, s'empara de cette petite ville^ et deux mille pionniers suivant de près commencèrent à y établir un pont. « Si cette tentative réussit, disait Villars, j'irai passera Neu bourg; si cette

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