‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 4)Chapitre 45 sur 135 · PASSAGE DES MONTAGNES NOIRES · texte numérisé non relu

PASSAGE DES MONTAGNES NOIRES

n'est arrivé que par la confiance quej'ai eue en vous. Il est de votre intérêt, pour la conserver, de faire en sorte que le mouvement que vous avez fait ne porte aucun préjudice à la situation heureuse dans laquelle vous avez mis mes affaires. »

Devant cette volonté souveraine, Villars n'avait plus qu'à s'incliner. Dès le 5 avril, ses troupes commencèrent à repasser le Rhin. Le maréchal deTallard, avec l'armée destinée à agir sur ce fleuve, s'approcha pour aider au mouvement de jonction. Iln'yavaitque deux chemins pour entrer dans le bassin du Danube: Tun conduisait aux lignesdu prince de BaAe qu'il faudrailforcer d'abord, l'autre par la vallée de la Kinzig conduisailauxsourcesdu Danube, derrièredes montagnesdont l'ennemi avait sansdoute fermé les passages. Dans le premier cas, on avait à combattre et à déloger une armée fortement retranchée, dans l'autre à laisser celte armée sur son flanc ou ses derrières avec les seules troupes de Tallard en face. Tous les officiers généraux réunis en conseil déclarèrent, malgré Villars, le premier parti impossible, et le Uignes du prince de Bade inexpugnables. Il ne restait que leche^ min de la Kinzig; Villars se résigna, comme il Texposaitdans une lettre à Louis XIV, àvoilurerdupain et des munitions sur des chariots qui n'avaient pas la voie, à faire vivre la cavalerie en marche sans fourrage dans les villages, sans herbe nouvelle sur la terre, à affronter dans les montagnes les détachements du princede Bade, lesmilices du Wurtemberg, à se heurter peut-être inutilement à des châteaux imprenables.

258 GUBRRB DB LA SUCCESSION d'BSPÀGNB

L'expédition^ couverte par rarmée de Tallard, commença le 27 avril. Une avant-garde de seize bataillons et de vingt escadrons partit d'OfTenbourg^ et occupa les petites villesdeGengenbraeh, deBiberach^ dcHausach sans rencontrer d'autre obstacle que quelques retranchements mal défendus et facilement occupés. Au bout de quatre jours (1*' mai), Villars lesayant rejoints avec le reste de ses troupes et son convoi de munitions et de vivres, on s'avança vers Homberg, ie plus redouté des châteaux qui hérissaient les passages; les grenadiers à la droite et à la gauche de la colonne écartaient lés ennemis des hauteurs; le corps principal , ayant attaqué de front les retranchements du château, les enleva presque sans résistance. Il y avait encorejusqu'à la crête des montagnes deux lieues de chemin plus difficile et plus dangereux, où il fallait marcher tantôt dans le fond des précipices, tantôt sur les pentes dont le moindre abatis aurait intercepté le passage; quelques hommes rassemblés au sommet auraient pu avec des pierres écraser les envahisseurs. Une tête de colonne se lança bravement dans cette terrible aventure, et arriva sans rencontrer d'ennemis. Le 5^ toute l'armée, artillerie et caissons, campait sur la crête escaladée, dans un retranchement fait par les ennemis pour garantir la Souabe des incursions des Bavarois. Le 6, elle marchait vers Willingen, rendez-vous indiqué par l'électeur de Bavière, etelle poussait des partis jusqu'à Tutlingen et Donaiisehingen. Onze jours avaient suffi pour î^ccomplir cette glorieuse traversée. L'Électeur arri-

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