‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 4)Chapitre 48 sur 135 · PREMIÈRE BATAILLE DE HOGHSTETT · texte numérisé non relu

PREMIÈRE BATAILLE DE HOGHSTETT

rieur.en nombre. « On répand le bruit, écrivait Villars^ de l'investissement de mon camp ; au moins faisons-nousdebellessorties, puisqu'on va battre quatre millechevaux à dix-huit lieues démon camp. i> Mais cette brillante affaire ne l'avait pas trompé sur le véritable état des choses. Il demandaitau roi unediversion de l'armée du Rhin. « Qu'on vienne à moi^ disait-il^ par lechemin que j'ai ouvert. i> Il ne fut pas entendu. L'armée du Rhin s'arrêta au siège de Brisach qu'elle investit le 15août^ et au moment où le Bavarois revenait vaincu du Tyrol, le prince de Bade^ renforcé encore de quelques bataillons rappelés des lignes deBuhl et de Stolhofen^ commençait à remonter le Danube pour le passer hors de la portée des Français. Les embarras de Villars s'accrurent encore par le retour de l'électeur. Le prince, préoccupé avant tout des dangers qui menaçaient ses Etats par l'Inn^ ne se prêta à aucune autre pensée. Il refusa de s'emparer d'Âugsbourg avant que le prince de Bade eût le temps de s'en approcher; il refusa de marcher à cet adversaire pour le combattre entre rilicr et le Danube^ ou entre i'IUer et le Lech. Pendant toutes ces hésitations, l'en* nemi passa le Danube, surprit Augsbourg, et s'y plaça dans une position inexpugnable. Ces résultats étaient si graves, que Louis XIV prit unmoment la résolution derenoncerà l'alliance de l'électeur et à la guerre d'Allemagne. Dans une lettre à Villars, résumant tous ces faits, la prise d'Augsbourg, les ennemis maîtres de la Bavière, l'armée française sans argent, sans magasin, et de beaucoup inférieure à celle du prince de Bade, il

n'avait plus qu'un désir : Sauver son armée et conserver à Téleeleur de Bavière ses Etats; il invitait expressément l'électeur à faire son accommodement avec l'Empereur, et Villars à ramenerles Français en France ; il promettait l'assistance du maréchal deTatlard pour assurer le retour en Alsace (1).

Villars ne reçut pas cette lettre assez lot pour pouvoir v obéir. Une telle obéissance aurait d'ailleurs répu<;né à son énergie militaire. Déjà ses officiers généraux avaient agité la question de savoir s'il ne serait pas opportun et raisonnable de se retirer. Villarsavait été d'avis de chercher encore une occasion de livrer bataille avec avantage. Le danger était sans doute trop grand de combattre les deuA a rmées ensemble ; mais, si elles venaient à se séparer, l'une d'elles pouvait être attaquée avec succè.s. Le comte de Styrum, général des Cercles, donna cette occasion attendue en s'éloignant du prince de Bade par une manœuvre qui avait pourobjetd'assaillirleprincipalcampdesFrançaisdes

deux côtés; et se plaça près d'Hochstett, en plaine, en avant d'un bois. A cette vue, Villars rai lie ses divers corps, appelle énergiquement l'électeur, et après une marche de nuit, engage le 20 septembre une bataille quel'opiniâtreté devait rendre plus déoisive. Elle dura en effet de neuf heures du matin à quatre heures du

(1) Celte lettre du 25 septembre 1703 répond à une letUe de Villars du 10. Elle était écrite sous Timpression de la nouvelle de la prise d*Augsbourg, et avant que le roi eût pu recevoir la nouvelle de la bataille d'Hochstett, qui est du 20 septembre. Pelet, tome 111, page 965.

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soir. L'infanterie des Allemands élait supérieure à la française dans la proportion dequatorzecontreneuf^et par une fermeté longtemps inébranlable elle permetlait à leur cavalerie de se rallier toujours. Une attaque impétueuse la força bien de céder, mais sans se rompre comme par le sentiment que, une brèche une fois faite dans ses rangs, la dispersion entraînerait le massacre. Mais quand, à force de reculer, elleeutatteint la forêt et quèla poursuite parutdevenirmoins facile, elle se rua dans cet asile en désordre, les uns jetant leurs armes, lesautres escaladant lesarbres. Les vainqueurs, emportés par la confiance du triomphe, entrèrent à la suite, et traquantles fuyards jusque dans la nuit, en réduisirent un grand nombreà se rendre; l'épaisseur du bois sauva le reste. Quatre mille morts, quatre mille prisonniers, toute son artillerie consistant en trentetrois pièces de fonte, ses pontons, ses bagages, telles étaient les perles de Tennemi, etiebénéfice d'une victoire, la plus grande ei la plus heureuse qui eût été remportée depuis longtemps. Le comte de Slyrum s'arréla au delà du Danube à Nordlingen pour rallier ses débris. Aquelquesjoursdedistance, lesafTairesdelaFrance s'étaient relevées dans le bassin du Dtiuube et sur les bords du Rhin. Le 7 septembre, le due de Bourgogne, dirigé par Vauban, avait reconquis Brisach après 14 jours seulement de tranchée ouverte. Celle ville, ancienne conquêle de Richelieu, que Louis XIV avall été contraint d'abandonner par la paix de Ryswick, redevenait un poste avancé de la France en Allemagne sur le haut Rhin. Il n'était pas téméraire d'attendre

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aussi d'heu reuses conséquences de la vîctoired^Hochstett; elles furent pourtant amoindries en partie parla faute de Louis XIV^ et beaucoup par les incertitudes éternelles de l'électeur de Bavière. Malgré le bruit que faisait la victoire.de Villars'^ une augmentation de forces lui était indispensable^ et il ne cessait de la réclamer. Le roi, qui était tout prêt unmoisplus tôtàexpédier des troupes par les montagnes noires pourassurer la retraite, s'imagina que Villars vainqueur n'avait plus besoin d'assistance pour soutenir ses avantages. Il ordonna au maréchal de Tallard d'aller assiéger Landau, afin de réparer un affront de l'année précédente. L'électeur de son côté ne savait auquel entendre; sa femme, ses ministres le pressaient de se réconcilier avecl'Empereur.SelonVillarSjlavictoired'Hochstett, qui pouvait lui être un encouragement à continueria guerre, « n'avait pas tanteffrayél'Empereurque l'éiec- « trice et tout Munich. » Si ce prince ne cédait pasàia tentation, ilchicanait Viliarssurses plans de guerre et perdait le temps à vouloir et à ne vouloir plus. Il voulait par exemple prendre Augsbourg pendant que l'armée du prince de Bade, encore campée sous cette ville, ne pouvait être attaquée impunément. Villars rejeta cette imprudence; l'électeur à son tour rejeta le projet du général français qui consistait à se rapprocher des montagnes noires pour établir une communication avec la France; à son avis, tous. Bavarois et Français, devaient se cantonner dans la Bavière pour lui assurer la conservation de ses places. Use refusa mémeà aller attaquer le prince de Bade qui, sorti de ses lignes

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d'Augsbourg/occupait maintenant un poste désavantageux. Villars poussé à bout exposa ces difficultés au roi et sollicita son rappel. Louis XIV y consentit; il permit au vainqueurd'Hochstett de rentrer enFrance^ et transporta son commandement au comte de Marcin^ créé tout exprès maréchal de France^ comme au plus capable de s'entendre avec l'électeur de Bavière. Néanmoins tel avait étéreifet delà victoire d'Hochstett^ que ni Bade ni Styrum ne furent en étatde rien entreprendre. Sur le Rhin, le siège de Landau par Tallard commença le 18 octobre etse continua sans que le prince de Bade fît aucun mouvement pour le troubler. Ce fut de l'armée ennemie des Pays-Bas que vint un essai de diversion. Le prince de Hesse, ralliant sur sa route les garnisons des villes et les troupes palatines^ était arrivé à Spire avec 29 bataillons et 64 escadrons. Tallard^ ne se fiantpasassezà sacontrevallationpour y attendre lechoc^ en sortit résolument avec la moitié de ses troupeset marcha vers Spire (14 novembre). L'ennemi n'était pas encore entièrement rangé en bataille; il l'attaqua sans délai. Sauf un moment d'avantage de la cavalerie allemande sur la gauche des Français, la victoire ne fut pas douteuse. Ce fut le triomphe de l'infanterie etde la baïonnette; l'habileté française à manier cette arme rompit et coucha par terre l'infanterie allemande. La perte duprincede Hesse monta à près dedix mille hommes^ quatremillemorts, leresteblesses ou prisonniers; leurs drapeaux^ leurs munitions et trente pièces de canon demeurèrent au vainqueur. En rentrant dans ses lignes de Landau^ Tallard apprit que

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les assiégés^ désespérant (l'être secourus^ avaient déjà battu la chamade. Il reprit possession de la vil le le 17^ puisilfitoeeuperSpireetGemersheimabandonnéspar les vaincus. Par là il achevait de mettre en sûreté la basse Alsace /et s'assurait le moyen de protéger la Sarre, d'étendre les contributions et de menacer Philipsbourg (1). Louis XIV, en apprenant ces bonnes nouvelles par le fils de Tallard,luidit : <c Vous m'avez fait un des plus grands plaisirs que j'aie eus de ma vie, et j'espère vivre assez pour vous en faire beaucoup (2). »

La Bavière elle-même lui donna une égale satisfaction. L'électeur avait une rancune personnelle contre Augsboiirg, parce que cette ville, lui ayant autrefois promis la neutralité et livré même des otages, avait accueilli sans résistance le prince de Bade. Depuis que ce prince s'élaitéloignéd'Augsbourg,touten y laissant une garnison de six mille hommes, le Bavarois avaità cœur de la reprendre. Il décida Marcin à cette entreprise, et le prince de Bade désorienté ne songea pasà l'entraver. L'électeur commença l'investissement le 4décembre, ouvrit la tranchée le7, et, parla crainte de la mort de leurs otages, obligea les bourgeois, en dépit de la garnison, à capituler le 13. Il leur imposa pour leur punition de loger dans leurs murs et de nourrir a leursdépens seize bataillons etdiv escadrons de troupes françaises. Cette occupation couvrait la Bavièrei

(1) Petet, tome lit, pages 484488.

(2) Dangeau, Journal, 20 novembre. Saint-Simoo Iui*méme est obligé de louer Vordre que Tallard donna à la victoire.

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