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plus de subsistances. L'électeur voulut qu'on marchât immédiatement à eux, sans savoir si Eugène n'avait pas rallié Marlborough^ sans considérer qu'il importait d'égaler les forces, et d'appeler à lui la meilleure partie de sa propre ai^née, car il n'avaitavec luide ses propres troupesquecinqbataillonssur vingt-cinq, et vingt-trois escadrons îwr quarante-cinq. Le reste était dispersédanssesplacesqu'il trouvait plus urgent de couvrir que la frontière. Ce reproche, qui lui a été infligé après le malheur par Tallard, avait déjà été formulé aupMiravant par Marcin(l). Il promit d'en appeler la plus grande partie quand les ennemis seraient sortis de ses États, et il insista pour marcher vers le Danube et prévenir sur ce point l'arrivée des alliés. On marcha -donc, on passa le fleuve, on prit quelques petits châteaux, celui d'Hochstett en particulier. On apprit en même temps que Marlborough avait luimême repassé le fleuve près de Donawerlh, et qu'Eugène venait de le rejoindre. Cette réunion n'inspirait pas une grande inquiétude. La Bavière était délivrée, les deux généraux ennemis se proposaient sans doute de protéger la Franconie et de reculer vers Nordlingen dontilssemblaientdéjà prendre la route. On se promettait de les laisser faire et d'attaquer avec avantage leur arrière-garde. Tout à coup on fut étonné de les voir déployer leurs tentes et s'établir en face des
(1) Pelet, tome IV : lettre de Marcin à Ghamillard, du 8 août. Explication de la bataille d'Hochstett par Tailard» 4 septembre» pages 549 et 503.
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Français. C'était dans la plaine d'Hochstelt illustrée Tannée précédente par le succès de Villars.
Le 13 août; dès sIk heures du matin^ les ennemis se mirent en mouvement vers les Français, et bientôt a cette grande plaine se trouva toute noire et couverte de troupes (1). r> Un ruisseau marécageux séparait les deux armées et pouvait offrir un obstacle aux agresseurs. Les Français serangèrentendeçà : à droite Tallard, près du village de Blenheim, à gauche l'électeur avecMarcin, h une assez grande distance l'un de l'autre. Les deux armées de Tallard et de Marcin n'avaienl pas encore été mêlées. Tallard en donne pour raison que, ses chevaux ayant apporté d'Alsace une fatale maladie qui en avait déjà abattu un bon nombre^ ii était sage d'épargner la contagion aux chevaux de Ma^ cin. À cette mauvaise disposition, qui a toujours été signalée comme une des principales causes du désastre, il en ajouta une seconde dont les suites furent encore plus lamentables. Préoccupé du village de Blenhein sur lequel semblait se diriger la marche de l'ennemi, il ne garda pour son principal corps de bataille que trois brigades d'infanterie, et plaça le reste, c'està-dire vingt-sept de ses trente-six bataillons et quatre régiments de dragons à pied, dans Blenheim. C'était les condamner à l'inutilité pendant la plus grande partie de la lutte, et à une captivité qui est le plus grand affront de cette journée.
Marlborough était en face, de Tallard, Eugène en
(1) Relation de Monligny-Languet.
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facedeMarcin. L'Anglais attaqua le premier et subit pendant plusieurs heures unecanonnade plus vive que le feu de la mousqueterie, qui emportait des files entières et lui tua plus de deux mille hommes ;ellepartait d'une petite hauteur qui dominait Blenheim et sauva en effet ce village. Alors Tallard rassuré voulut aller voir ce qui se passait à la gauche où Marcin tenait avantageusement contre le prince Eugène. Marlborough profita de cette absence pour exécuter une manœuvre décisive contre le corps de bataille de Tallard. Il fit passer le ruisseau à la pi us grande partie de ses troupes sans qu'aucun des lieutenants généraux français donnât un ordre pour s'y opposer; les ennemis étaient déjà sur trois lignes avant que personne les eût chargés. Lies premiers escadrons^ qui y furent envoyés enfin^ furent repoussés par le feu de l'infanterie anglaise^ et les cavaliers anglais arrivant à leur tour ne purent être contenus par le peu d'infanterie française qui leur était opposé. Tallard revenait en ce moment de la gauche. Il rallia plusieurs fois sa cavalerie; blessé d'un coup de sabre et d'un coup de feu^ il retourna bravement à la charge^ mais toujours il fut ramené par des forces supérieures. Dans cette extrémité^ il fit demander des renforts à Marcin. Celui^^i ayant répondu qu'il avait besoin de toutes ses troupes (1)^ Tallard aurait dû au moins se souvenir des bataillons qu'il avait laissés inactifs à Blenheim ; il ne pensa même pas (2) d
(1) Relation de Tallard et d'un anonyme : Pelet, t3me IV. (^ Relatioii de Quiney. Ibid.
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ce remède. Il s'obstina à remettre en iignesa cavalerie épuisée par tant de charges malheureuses. Ce fut la fin de ses efforts. Les Anglais venaient d'occuper à leur tour la hauteur qui le matin même avait donné l'avantage aux Français; ils en tirèrent le même profit. La nouvelle ligne de cavalerie française, décimée par le canon, céda à la fin; un escadron de gendarmerie ayant donné l'exemple de la déroute, les autres suivirent en se précipitant vers le Danube. Ceux qui voulaient lutter encore furent bientôt enveloppés, et Tallard, reconnu à son cordon bleu, fut fait prisonnier. Marlborough, maître du champ de bataille, coupait de l'armée de Marcinles bataillons de Bienbeim. L'armée de Marcin, par un contraste qui n'est pas sans gloire, n'était nullement vaincue. Elle avait, par cinq charges, repoussé tous les efforts d'Eugène et obligé les Au trichiens à repasser le ruisseau ou à reculer jusqu'à l'entrée d'un bois où elle les contint jusqu'au soir. Comme marques de victoire, elle avait huit canons et trente drapeaux ennemis. L'électeur croyait la bataille entièrement gagnée. Mais la nouvelle de la défaite de Tallard, la vue des vainqueurs répandus sur le terrain conquis, lui ôta tout à coup, et à Marcin, la confiance de continuer; ils craignirent d'avoir deux armées sur les bras et leur retraite coupée. Ils prirent sans délai la résolution de profiter de leur avantage pour repasser le Danube, et se rendre à Ulm par un chemin encore libre d'ennemis. Ce mouvement commença le soir même, et s'opéra sans qu'aucun bataillon
ou escadron éprou^ât de désordre ou fût inquiété par
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lesalliés. Dan s l'état présent des affaires^ c'était presque un succès. Les bataillons de Blenheim furent moins heureux. S4Is eussent été tirés à temps de leur poste^ peut-être auraient*ils rétabli un combat; ils auraient, pu au moins s'ouvrir un chemin vers la France. Mais laissés a eux-mêmes pendant la seconde partie de la bataille^ puis abandonnés par leur chef Ciérambault; qui était allé chercher des ordres et n'était pas revenu ; ils n'apprirent qu'à lu nuit tombante^ et par les Anglais qui les cernaient, le sort funeste de la journée, la captivité de Tallard^ la retraite de Marcin, et la nécessité de se rendre prisonniers de guerre. A cette proposition^ quoique hors d'état de lutter sanç vivres, sans munitions, contre toute une armée, ils protestèrent avec une noble colère, lesunsbrisant leurs armes, les autres déchirantet enfouissant en terre leurs drapeaux. N'était-il donc pas possible de leur obtenir les honneurs de la guerre, cette dernière consolation (les vaincus? Les officiers, et Blansac leur chef, comprenaient bieii ce sentiment et l'efFet d'une pareille reddition sur le public. Mais soit calcul de conservation personnelle, comme on les en soupçonna, soit conviction sincère de l'impuissance où tant de braves gens se trouvaient réduits, et mo^irennant quelques réserves pour rendre au roi ses soldats par échange ou par rançon, ils donnèrent Texémple et l'ordre de baisser la tête devant les vainqueurs. U horrible capitulation^ comme dit Saint-Simon, fut aussitôt jetée sur le papier et aussitôt exécutée. Vingt-six bataillons d'infanterie française et douze escadrons de dragons
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livrèrent leur liberté et leurs armes sans avoir essavé
de les disputer par un combat.
Hoehstett^ <c la plus grande bataille qui ait été donce née (1)^ ^ selon le mot d'une des relations^ était aussi le plus grand malheur que Louis XIV eût éprouvé de tout son règne; Consarbruck même dont il s'était si visiblement ému, n'était qu'unaccident en comparaison.Il en but àlongs traits l'amertume, parce qu'iln'en reçut que peu à peu et jour par jour les détails de plus en plus accablants. Dès le 21 , des lettres de Stuttgard, de Baie, etc., lui apprirent qu'une « action s'était a passée à Hochstett dans laquelle ses ennemis dea valent avoir eu un avantage considérable (2) ; » il entrevit à peu près par cette voie la ruine deTarmée de Tallard et la nécessité pour Marcin de ne pas rester en Allemagne. Mais il ne comprenait pas que Tallard et Marcin ne lui eussent encore rien écrit. Il courait lui-mêmeaux nouvelles au près de ceux qui recevaient des lettres de leurs parents prisonniers ou blessés. Quand on commença de savoir l'affrontdes vingt-sepl bataillons, « la tête en tournait x> à tout le monde, etie roi en doutait encore faute de comprendre comment quinze mille hommes « avaient pu se rendre sans tirei' « un coup (3) ». Pendant six jours, a il demeura dans « cette situation violente de savoir tout perdu en Ba- «c vièreet d'ignorer le comment (4). » L'horrible vérité
(1) Langlet de Montigny : Palet, tome IV.
(2) Œuvres de Louis XIV ^ tome VI :, lettre à Marcio, du 21 août. (3] MainteooQ à Saint-Géran : lettre du 27 août 1704.
(4) Saint-Simon, tome III, page 92.