VILLARS CHKZ LES CAMISARDS
suggestions secrètes des Hollandais le déterminèrent à passer au service de la Grande Alliance.
Roland, Ravanel^Maurel dit Câ/ma/^ses lieutenants^ s'étaient obstinés à ne pas céder encore, parce qu'ils espéraient un secours prochain du duc de Savoie. On saisit en eflfet, près des côtes de France, des tartanes (1) parties de Nice, et chargées de réfugiés français, d'armes et de munitions. Cette assistance manquée, les Camisards se retrouvèrent seuls en face de Villars,qui reprit son système de battues, interdit le transport des blés aux endroits les plus suspects, et fit enlever comme otages (c'est lui-même qui le raconte) les pères et mères de ceux qui s'obstinaient à ne pas poser les armes. Roland fut tué dans un château où l'avait attiré un rendez-vous d'amour (14 août), et son lieutenaqt Maillé livré à un supplice que Villars semble regretter. Ravanel, ayant essayé une bataille rangée, près de Marvejols (13 septembre), perdit deux cents hommes tués. Dès ce moment, les grandes hostilités cessèrent. On ne vit plus que des pelotons de ravageurs qui se portèrent eux-mêmes le dernier coup en se rendant odieux aux habitants. C'est l'opinion de beaucoup d'écrivains de ce temps que les Camisards ruinèrent euxmêmes leur cause par leurs violences. S'ils s'en étaient tenus à réclamer la liberté de conscience et la diminution des impôts, ils auraient trouvé de nombreux adhérents dans la contrée, et dans les provinces voi-
(1] Grosses barques, allant à la rame et à la voile» en usage dans la Méditerranée.
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sines, même parmi les catholiques. Ainsi pensent Saint-Simon^ Dangeau^ Villàrs et Berwick(l). Mais ils exaspérèrent jusqu'à leurs partisans en pillant amis et ennemis^ en tuant protestants et catholiques^ en portant partout la flamme et la dévastation. Au contraire, Villars rassurait les gens paisibles en écartant les ravageurs, en faisant éteindre les incendies par ses soldats, en obtenant pour les paysans,dont les maisons avaient été brûlées, l'exemption de la taille et des autres impôts. A la fin de 1704, le Languedoc paraissait pacifié. Les états de la province en remercièrent lemdr réchal, et lui offrirent en reconnaissance un don de 12,000 livres pour lui-même et de 8,000 pour sa femme.
Ainsi il n'y avait encore que l'Allemagne qui eût élé véritablement funeste aux Français. Louis XIV gardait la supériorité en Espagne, en Italie, et triomphait des révoltes intérieures patronnées par ses ennemis. Mais, après Hochstett, la perte de Landau et celle de Trarbach, qui terminaient Tannée, semblaient d'un mauvais augure pour la campagne prochaine, et les alliés en concevaient de vastes espérances.
(1) Saint-Simon, tome III, page 450 : « On eut grande obligation à ce fanatisme qui s^empara d'eux, et qui bientôt leur fit commeUre les derniers excès en sacrilèges, en meurtres et en supplices sur les prêtres et sur les moines. S'ils s'en étaient tenus à ne maltraiter personne que suivant les lois de la guerre, à demander seulemeot liberté de conscience et soulagement d'impôts, force catholiques..* auraient peut-être levé le masque sous leur protection, et en auraient entratné le grand nombre... «
Berwick dit la môme chose e( dans les mômes termes.
1705) ANNEB DB RÉPIT 313
II . — Répit ea 17(fô. — Vendôme coQMrre la supériorité en Piémont. — Belle cuupagne de Villars contre Marlboroagh, sur la Moselle. — Villeroi battu par Marlborough à Heylissen ; mais Vendôme vainqueiir dn prince Eugène à Gassano. — Intelligences de la France avec Ragoczi. ~ Les affaires d'Espagne seules défavorables. — Inntilité dn siège de Gibnltar par les Espagnols; Tarebidac entre enfin en Espagne par la Catalogne.
« Dieu, Dieu ! » s'éeriail Charles d'Anjou après les Vêpres siciliennes^ et à la vue de ses vaisseaux détruits par les Aragonais^ a vous m'avez offert beaucoup à « surmonter^ je vous prie que la descente se fasse douce cernent. » Il sentait bien que le malheur perd de sa force à laisser de l'intervalle entre ses coups^ et que des répits bien employés peuvent rétablir les affaires du vaincu^ ou du moins amortir ses pertes^ ou sauver son honneur. Une rémission de ce genre semble avoir été accordée à Louis XIV à l'époque de ses épreuves^ comme le gage de son salut à la fin. Nous allons voir ses revers tempérés pard'honnétes retours de fortune^ et les victoires de ses ennemis atténuées par ses succès inattendus. Il n'est jamais abattu tout à fait; à une annéedésastreuse succède une année meilleure^ oumoîns mauvaise^ qui lu i permet de tenir encore j usqu'à ce que ses adversaires le délivrent de la lutte par leurs propres divisions. La descente ainsi ménagée n'est pas une chute, ni une ruine. S'il perd le premier rang, il conserve au moins l'égalité; et s'il est contraint départager, il garde une part honorable. Cette succession de répits salutaires commence en 1705.
Les alliés triomphants, après l'avoir ramenéde l'Ai-
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lemagne^ se promenaient de Tattaquer chez lui |)ar une invasion en Alsace ou dans les Trois-Evêehés. Les Anglais faisaient en outre le plan d'une expédition maritime contre Toulon pour ruiner ce port, en détruire les magasins et les arsenaux, et le mettre hors d'état de servir à la France ; c'était, dit un de leurs confidents (1), « une des principales vues de cette nation ». De là ils se porteraient au secours du duc de Savoie, et ranimeraient lès Camisards fort abattus dans la dernière campagne. Il y eut eneffet, en Languedoc, au commencement de 1705, un dernier complot de ces malheureux. Comptant sur la reine d'Angleterre (2), ils essayèrent d'eûlever Berwick, successeur de Villars, Bàville, l'évéque de Nimes Fléehier, et les principaux personnages de la province ; ils n'aboutirent qu'à un châtiment qui extirpa les dernières racines de la rébellion.
Au grand étonnement de ses ennemis, Louis XIV fut prêt avant eux. Il avait remonté sa cavalerie par des chevaux tirés de la Suisse, recruté son infanteriepar les milices, et renouvelé les armées de Flandre, delà Moselle, du Rhin, d'Italie, même celle d'Espagne. La guerre n'avait pas cessé en Piémont pendant l'hiver. Vendôme assiégeait la forte place de Verrue, dernier rempart de Turin, et défendue par le Pô, par trois enceintes et une garnison de trois mille hommes. Pendant que les Anglais délibéraient sur l'opportunité et
(1) Lettre de Brancion au duc de Savoie, du 7 avril 1705: Pelet, tome V, page 632*
(2) Mémoires de Berwick.