‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 4)Chapitre 60 sur 135 · MORT DE LKMPKREUR LÉOPOLD · texte numérisé non relu

MORT DE LKMPKREUR LÉOPOLD

lentions par ses procédés envers la Bavière. Contrairement à la capitulation qu'il avait signée, en qualité de roi des Romains, avec Télectrice, il introduisit dans Munich un corps de six mille hommes; et cette princesse étaiHallée passer quelques jours à Venise avec sa mère, il lui refusa des passe-ports pour son retour (1). Il exerça sur les Bavarois une telle rigueur, qu'il eut bientôt à craindre une révolte de leur part, et qu'il lui fallut retenir au milieu d'eux les auxiliaires danois d'abord destinésàcombattreen Italie. AussiLouisXIV n^hésita pas à traiter le fils comme le père, en ennemi. Déjàrecherché par Ragoczi, le roi n'avait pas dédaigné d'encourager par son argent les efforts des rebelles hongrois (2). Ces irréconciliables ennemis de l'Autriche, plus unis que jamais, plus ranimés après quelques défaites, venaient de se jurer, sur les Evangiles et sur les labres croisés, de ne jamais faire la paix séparément;Ragoczi assurait le roi de sa résolution de n'entrer dans aucun accommodement avec l'Empereur. Louis XIV accepta définitivement leur alliance; avant deux mois (septembre 1705), Ftagoczi allait être proclamé prince de Transylvanie.

Il importait fort aux alliés de ne pas laisser tomber leur prestige, et d'entraver la revanche que la France

(1) Oangeau, 2 juin 1705.

(2) Dangeaui novembre 1704 : « Le prince Ragoczi demande une petite augmentation de subsides. On lui donne déjà 3,000 pistoles par mois ; il en voudrait avoir 1,000 de plus, et qu'elles fussent pa^fées en espèces, afin que dans son armée et en Hongrie, on fût assuré qu'il est soutenu par le roi et qu'il en reçoit de l'argent. »

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commençait à prendre. Ils crurent un moment y avoir réussi dans les Pays-Bas. Marlborough, revenu de la Moselle sous Maestrich t^ cherchait uneoccasion d'effacer le mauvais effet de sa retraite. Elle lui fut donnée par un général moins habile et moins vigilant que Villars. Le maréchal de Villeroi^ averti du retourde l'Anglais^ s'était posté dans le Brabant^ derrière les lignes creusées par les Français^ delà Meuseà l'Escaut. C'était un front de cinq lieues à garder^ qui exigeait une grande dispersion des troupes^ et laissa it plus d'un poste sans défense suffisante. Lie 18 juillet^ Marlborough par une marche couverte, se présenta près du village de Heylesen (1) dont chaque pont n'étaitgardé que par un détachement de trente hommes; il franchit les lignes sans résistance^ et immédiatement se rangea en bataille en'deçà. En vain quelques escadrons français coururent sur lui et firent bravement leur devoir. Le temps^nécessaireau reste del'armée pour étreave^ tie et rejoindre, permettait à Tennemide grossir à chaque instant. Villeroi et l'électeur de Bavière étaient à trois lieues; ils n'arrivèrent que pour constater l'inutilité d'une bataille rangée. Laissant un bon nombre de morts, et des officiers les plus distingués, ils se retirèrent sous Louvain pour mettre la Dyle entre eux et le vainqueur. Marlborough fut libre de combler les retranchements abandonnés , et d'abattre pour toujours la barrière qui lui avait jusque-là fermé leBra-

(1) Heylesen, près la ville de Leau, sur un affluent de la Oyi^ ^ non pas Hillesheim, comme on lit dans quelques histoires.

BATAILLE DE GASSANO 333

bant. « L'affiiire est très-mauvaise^ x>disait Dangeau (1). Louis XIV se montrait fort surpris que l'ennemi eùl franchi les lignes sans qu'aucune troupe s'y fût opposée. li commençait même à soupçonner qu'il y avait de la faute de Villeroi : « Quoique je ne doute pas de votre vigilance, lui écrivait-il, ilestbiené/^^âyr^a^/^de voir les ennemis maîtres des lignes et de plusieurs postes importants, et mon armée dans la nécessité indispensable de se retirer précipitamment pour éviter une défaite générale (2). » Que ne devait-on pas craindre en effet, si Marlborough profitait du désarroi de l'armée française pour la poursuivre sans délai ? Par un changement inespéré, la division se mit entre les vainqueurs à propos des opérations ultérieures* Villeroi avait eu le temps d'occuper un poste avantageux. Marlborough voulait Ty attaquer; les officiers hollandais et les députés des États trouvèrent ce projet téméraire et se refusèrent à l'exécuter. Marlborough, après leur en avoir exprimé ses regrets avec amertume, quitta l'armée et partit pour l'Angleterre où de grandes ovations lattendaient. La France cessa de craindre pour le nord, et bientôt reçut une bonne nouvelle d'Italie.

Après la pri8edeLaMirandole,Vendôme,impatient de retourner en Piémont pour préparer le sié^^e de Turin, son principal objet, avait laissé au grand prieur son frère, avec des forces respectables, la mis-

(1) Journal, 21 juillet 1705.

i2) Lettre de Louis XIV à Villeroi, 21 juillet 1705 : Pelet, lome V page 53.

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sion de tenir Eugène à distance du Milanais et du Piémont. On est en droit de lui en faire un reproche. Ce frère était paresseux^ ivrogne, crapuleux en paroles et en action^ et lâche pardessus; ce n'était pas l'adversaire qu'il convenait d'opposer au plus actifs au plus habile général de l'Autriche. Il laissa Eugène rassembler ses troupes détachement par détachement sur la î^auchedu lac de Garda^ fabriquer des fours pour préparersessubsistances^réparerseschemins. Il nesutpas davantage prévenir ou contrarier ses marches, reculant quand l'ennemi avançait, ou marchant dans une telle confusion qu'il laissait dans une seule journée cinq cents hommes sur les routes. Eugène avait déjà passé rOglio, et s'avançait vers l'Adda, la frontière du Milanais^ quand Vendôme appelé par Vaudemont, par les principaux officiers, par les vœux des soldats, revint du Piémont avec un renfort de dix mille hommes pour barrer le passage delà rivière (août 1705).

Il eut d'autant plus de mérite à sauver son frère que cet homme abominable ^ selon le mot de Vaudemont, sembla s'acharner à lui faire perdre la bataille. Vendôme Tavait placé à Cassano, sur la rive droite de FAdda avec ses principales forces, et lui-même avec le reste remontait la rivière pour aller à la découverte des Autrichiens. Eugène, arrêté sur la rive gauche à douze milles deCassano, était occupé à construireun pontet paraissait déterminé à passer dans cet endroit. Ce n'était qu'une ruse pour retenir Vendôme loin de son principal corps d'armée; la nuit venue il décampi pour aller surprendre le grand prieur livré à lui-

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