‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 4)Chapitre 61 sur 135 · BATAILLE DB CASSANO · texte numérisé non relu

BATAILLE DB CASSANO

même et Técraser SOUS le nombre. Vendôme s'aperçut assez vite de ce mouvement pour le rendre inutile ; il redescendit avec plus de rapidité encore que les Autrichiens et arriva le premier à Cassano. Mais là quelspectacle s'offre à ses yeux : aucune disposition n'a été prise, son armée est en état de déroute^ les chevaux^ les bagages, les bataillons, tout est mêlé, et dans le gmffîre du boui du pont. Il cherche son frère, et il le déeouvreenfin endormi et s'obstinantà nepas se lever. Il Tinlerpelle et n'en reçoit pour réponse que tnii/e ordu" res; sans l'intervention d'un officier supérieur les voies de fait auraient suivi les gros mots, ce Vous avez mis les choses dans un étrange état, dit Vendôme, Dieu sait ce qui va nous arriver I » Et pourtant par une inconcevable faiblesse, il assigne encore un commandement à ce misérable, puis il court donner ordre à tous les besoins de la bataille. Il était temps : les Autrichiens avançaient à travers un canal en avant de la rivière sur la gauche des Français, et pénétraient jusqu'à l'ouvrage qui couvrait le ppnt de Cassano. La résistance des bataillons les plus solides et le canon du château les refoulèrent enfin. Au centre ils commençaient à percer en deux endroits, ils ne furentrejetéa dans le canal que par plusieurs charges à la baïonnette. Le feu dura quatre heures ; Français et Autrichiens s'accordent à dire, dans leurs relations, qu'ils n'en avaient jamais vu de si bien nourri. Les Autrichiens s'avouèrent vaincus en se retirant ; le nombre de leurs morts et de leurs blessés était considérable ; on l'a évalué à douze mille hommes. La journée fut

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bellepour la valeur française. Vendôme^ par son intrépidité et sa plume blanche à son chapeau^ rappelait Henri IV à Ivry ; c'est un rapprochement auquel se plaisent quelques contemporains. Quant au grand prieur^ il combla son déshonneur en n'exerçant pas même le commandement queson frère lui avait laissé. Il se coucha sur un manteau au pied d'un arbre, et s'amusa à rire de la grande besogne que M. de Vendôme devait avoir. Tant de cynisme méritait un châtimient : il fut rappelé, disgracié et inflexiblement exclu de la vue du roi.

On a diversement apprécié la bataille de Cassano. Les ennemis prétendirent avoir été vainqueurs; quelques semaines après^ Marlborough^ à la demande d'Eugène^ fit célébrer dans son armée des réjouissances pour la victoire des Autrichiens (1). D'autres, comme Saint-Simon^ sans nier la victoire de Vendôme^ontentreprisd'endiminuerl'importanceparee qu'ils appellent l'égalité de perte d'hommes entre les deux nations et la nullité du résultat. Un fait positif tranche cette question oiseuse. Eugène se proposait d'entrer dans le Milanais^ et de courir à la délivrance du duc de Savoie. Après la bataille de Cassano^ il renonce a passer l'Adda ; il se tient sur la défensive pendant deux mois^ et, quand il commence à se déplacer, c'est pour reculer vers le lac de Garda en attendant qu'il prenne en Tyrol ses quartiers d'hiver; le cercle où la France resserrait le dire de Savoie^ loin de sedé-

(I) Dangeau, 2 septembre 1705.

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