RÉPRESSION DE LA MENDICITÉ
conséquenced'uneguerrede dix ans, et, comme toutes les misères, plus lentes à la retraite qu'à Tattaque. Les pauvres abondaient dans le royaume, et la pauvreté tournait au vagabondage. Le défaut de travail avait multiplié la mendicité, et l'exemple de la mendicité provoquait la paresse à l'imitation. U Histoire métalligue eWermètae ^ dans son langage optimiste, constate la gravité de la situation. <c Une infinité de gens abandonnaient la culture des terres et désertaient les vil* lages parce qu'ils trouvaient sans peine en mendiant beaucoup plus que leur travail ne pouvait produire. On ne trouvait plus qu'à grands frais des gens de journée, et beaucoup de terres demeuraient incultes. » Il y eut, en outre, en 1698, une de ces recolles insuffisantes dont le retour périodique, et en quelque sorte normal, devrait entrer dans les prévisions des masses, mais surprend toujours leur imprévoyance obstinée. Le roi voulut pourvoir à la cherté, puisque, aux yeux des multitudes, le gouvernement en est toujours responsable, et pourvoir aussi à la mendicité.
Contre l'élévation du prix des grains, il s'attaqua aux accapareurs. L'intendant Foucault atteste que ce n^étaitpas sans raison : «c Beaucoup d'usuriers, dit-il, faisaient de grands magasins de blé (1). » On arrêta un colonel suisse qui s'était obstiné dans ce crime malgré plusieurs avertissements; cetexemple parut nécessaire pour décourager les imitateurs (2). On veilla à faciliter
(1) Mémoires de Foucauld, 1699.
(2) Dangeau, 3 décembre 1698.
la circulation des blés d'une généralité dans l'autre (1). Une déclaration du 31 août 1699 prescrivit qu'à l'avenir personne ne fît le commerce du blé sans une permission du gouvernement (2). Contre la pauvreté et la mendicité^ le roi mêla l'assistance aux châtiments. Far une déclaration du 12 décembre 1698^ il donnait aux hôpitaux^ dans une nouvelle administration, la garantie d'un meilleur emploi de leurs ressources qui contribuerait à les accroître. Tout hôpital devait avoir désormais un bureau de direction, composé d'officiers publics et d'habitants de la localité. Le trésorier serait élu et contrôlé par ses confrères, deux membres chargés d'expédier les mandats de payement; les dépenses, les constructions ne seraient ordonnées que par le bureau assemblé (3). Plus tard il augmenta la dotation des hôpitaux, en particulier celle de l'hôpital généralà Paris (4); l'année suivante (1701) il attribua aux pauvres de cet hôpital le sixième du produit de l'Opéra et des Comédies. Dans ces conditions qui lui donnaient l'espérance de suffire aux besoins réels des véritables pauvres, H crut pouvoir se montrer inflexible contre ceux, qui abusaient de la charité publique. Une premièredéclaration (10 février 1699) annonça l'établissement
(1) Mémoires de Foucauld : « On a fait cette année, par ordre de M. de Ponlchartrain, beaucoup de chargemeots de blé de la géoérâ* lité de Caen pour celle de Rouen, s
^2] Isambert, tome X; citée aussi par Foucauld^ à la date du 24 oo> iobre.
',3) .'sambert, tome XX.
(4) Depping, Correspondance administrative : Lettre de Chamillart à Marlay, 12 mai 1700. Dangeau, Journal, 2 juillet 1700.
LOI SOMPTUAIRfi 19
d'ateliers publics pour occuper les pauvres valides; on les emploierait encore à la moisson^ et après la moisson^ à la réparation des grands chemins. On ferait subsister dans les hôpitaux ceux qui seraient hors d'cr t9it de travailler. Quant à ceu\ qui s'obstineraient à mendier^ ils seraient sévèrement punis. On commençait à se féliciter du bon résultat de ces prescriptions^ lorsque^ Tannée suivante^ il se présenta encore des mendiants^ et même de très-audacieux; il y en avait aux environs d'Essonne qui lançaient jusque dans Paris des lettres menaçantes. Une nouvelle déclaration (septembre 1700) leur signifia de retourner dans leur pays^ sous peine de la fustigation pour la première foiS; de la fustigation et du carcan^ en cas de récidive^ pour ceux qui n'auraient pas vingt ans, et de cinq ans degalères pour ceux qui auraient dépassé cet âge (1). Ces menacesnefirentcependant pas disparaître tousles mendiants. Foucauld en donne une raison qui prouve rinsufBsance de l'administration royale : Les hôpi- . taux, dit-il, n'étaient pas en état de les loger tous et de les faire subsister.
Une loi somptuaire, édictée à la même époque, n'est pas sans analogie d'intention avec ces efforts pour restreindre la pauvreté et rendre à l'Etat la force dont il a besoin. Prévenir les dépenses exagérées et inutiles, c'est consolider la fortune de chacun, et, par celle des particuliers, la fortune publique. Telle est aussi la
(l) Depping, Lettre du chancelier de Pontcbartrain à Harlay, 8 septembre 1700. Pontcbartrain fils à Marchais, 9 novembre 1700.
pensée avouée de Tédit somptuaire du 29 mai 1700. Le préambule n'en est pas moins curieux que les dispositions. Le roi n'a d'autre vue que de rétablir la prospérité de ses finances et la vraie richesse de ses sujets. Or, parmi ses sujets, les uns se livrent, par amour du faste, à des dépenses qui ne conviennent ni à leur condition ni à leurs biens ; les autres les imitent par respect humain, à leur grand regret. Il est sage de sauver les premiers des emportements de leur orgueil, les seconds de la mollesse de leur volonté, et de donner à ceux-ci, « dans l'obéissance qu'ils rendront aux ordres du souci verain, une honnête excuse pour ne pas suivre des « modes et des exemples qu'ils condamnent avec tant ce de raison. » Dans cette intention, toute de bienveillance, le roi a résolu de renouveler ses édils de 1681). En conséquence, il interdit l'usage des meubles d'or et d'argent massif, des dorures dans les maisons et aux carrosses, de l'or et de l'argent dans les livrées ; il fixe un prix queles plus riches étoffes ne devront pas dépasser, et il règle la dépense qui convient à chaque état. Est-ce une imitation des règlements pratiques du consistoire de Genève ou un écho affaibli de la constitution de Salente dont on commençait à parler? Quoi qu'il en soit, selon Dangeau, quatre ou cinq millions d'oroud'argent étaient absorbés chaque année dans ces objets (Je luxe (l),et un historien (2) affirme que l'édit somptuaire servit beaucoup à la conservation
(1) Dangeau, 28 février 1700.
(2) Bruzen dô la Marti nière.