LES GABALHS A LA COUR
esprit^ vulgaire dans ses désordres comme dans ses go ûts^ avait fini par épouser secrètement une demoiselleChoin^ ancienne fille d'honneur de la princesse (le Conlf^ qui appuyait volontiers auprès de lui les intrigants qui la payaient de sa protection par leurs hommages. Ses courtisans étaient les Vendôme et leur cour, qui de bonne heure avaient pris l'habitude de servir le Dauphin à son gré dans leur château d'Anet; c'étaient une des bâtardes chéries de Louis XIV, hi duchesse de Bourbon, amantedéclarée du princede Conli, roi de Pologne manqué, le marquis d'Antin seul enfant légitime de laMontespan, et cette maison de Lorraine dont le chef était Vaudemont revenu crilalie depuis le malheur de Turin. C'éLiit le parti (les libertins d'esprit et de mœurs, des bâtards et des incrédules; ils avaient peur dans Tavenir du duc de Bourgogne, et dans le présent de la sévérité de Louis XIV; ils attendaient le règne du Dauphin que l'âge du roi semblait rendre prochain, pour s'emparer des affaires^ et jouir à l'aise de toute liberté et de loute licence.
La cabale desministresétaitmieuxcomposée. BeauvilUers, Chevreuse, Fénelon, en étaient les chefs; ils ralliaientautourd'euxSaint-Simonquisevantedeleur avoir donné son cœur, Torcv, et même Desmarels récemment appelé au contrôle général des finances. Au delà du roi, au delà du Dauphin, ils attendaient le règne du duc de Bourgogne. Honnêtes gens, surtout les premiers, animés de bonnes intentions, et pourtant dans des vues un peu étroites et égoïstes, ils for*
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maient le duc de Bourgogne au gouvernement de leur préférence, et lui inspiraient la pensée de réformes favorables d'un côté au soulagement du peuple, et de Tautre au rétablissementdela domination des nobles; ils pouvaient « compter le duc de Bourgogne à eux envers etcontre tous (1) ».
On devinait déjà leurs intentions aux doctrines politiques du Télémaque, à ces arrêts contre rambition des conquérants, le lu\edes princesetdes particuliers, la puissance usurpée des ministres flatteurs^ dans lesquels Louis XIV avait reconnu la critique directe de son gouvernement. Elles sont encore plus apparentes et moins désintéressées dans plusieurs autres écrits deFénelon, ieUçyner Examen de conscience sur les devoirs de la royauté j et les Mémoires particuliers sur un plan de gouvernement^ où, à côté.de la voix de la religion et du sentiment de l'utilité publique, l'esprit de parti, de caste nobiliaire, se fait jour et réclame sa bonne part. Dans V Examen , c'est un cas de conscience pour les rois que de ne pas respecter les droits de chasse des seigneurs, et d'enricbir leurs (/o/7i^^//^t/^^ pendant que les vrais nobles, d'entre les plus illustres maisons, sont dans le fond des provinces réduits à cacher leur misère (2). Dans \e Plan de gouvernement^ Fénelon interdit l'ordre du Saint-Esprit et celui de Saint-Michel aux militaires sans noblesse ; il ne veut que des nobles dans la maison du roi; il abolit la vénalité des
(1) Saint-Simon, tome IV, page 438.
(2) Fénelon, Examen de conscience, paragraphes xx et xxxiv.
LES CABALES A LA COUR QSl
charges militaires , mais il demande que les nobles soient toujours préférés pour les remplir, et dans la magistrature même il conseille de préférer les nobles aux roturiers à mérite égal pour les charges de premiers présidents et de procureurs généraux, lesbaiN lis d'épée aux baillis de robe ; les nobles encore, s'il se peut, pour les charges de lieutenants généraux et cri* minelsdans les bailliages (1). Mais, comme révélation de ces espérances personnelles, rien n'égale la franchise, Tébahissement de Saint-Simon, quand il raconte ses tête-à-tête avec le duc de Bourgogne, les projets de ce prince contre les maîtres des requêtes, les financiers, le mode de perception des impôts, la lon- 2,nieur des procès. Tordre du tableau, et surtout la promesse de rendre à la noblesse sa prépondérance et aux ducs le litre de Monseigneur. « Un magnifique et prochain avenir, s'écrie-t-il, s'ouvrait devant moi. Je connus avec certitude un changement de gouvernement par principes, et la chute des tout-puissants ennemis des seigneurs et de la noblesse qu'ils avaient mise eu poudre à leurs pieds (2). » Ainsi, dans la pensée de ces réformateurs, la bourgeoisie, qui avait fait la grandeur du règne et la force de la royauté depuis plusieurs siècles, allait disparaître, et le bonheur public des générations futures se fonder sur le rétablissement des privilèges.
(1) Fénelon, Mémoires particuliers^ en 1711, après la mort du Dauphin, lorsque le duc de Bourgogne semble déjà loucher au trône.
(2) Saint-Simon, ses léte'à'téte avec le Dauphin, tome Vf, chapitres VIII et suivants.
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En 1708, ces calculs n'élaienl encore qu'une es|)érance d'avenir et une espérance secrète. Pour le présent, l'importance des deux cabales de Meudon et des ministres était ailleurs. Celle de Meudon passait pour le parti de la guerre. Le Dauphin, qui ne se cachait |)as d'aimer peu le duc de Bourgogne, laissait voir une préférence notoire pour Philippe V; rintérêtde ce fils exigeant une protection efficace, il poussait, et ses amis avec lui, à la continuation des hostilités. La cabale des ministres inclinait à la paix. On a accusé le duc de Bourgogne de jalousie envers Philippe V; il n'approuvait pas, a-t-ondil, que la France se ruinai pour établir un cadet. Il aurait pu, sans motif de jalousie, et par la seule considération des intérêts iranoais, épiH>uver et soutenir ce sentiment. Ilparaîtque déjà, après la prise de Barcelone par l'archiduc, il s'était montré favorable à un projet de partage entre son frèreet l'Autrichien (1). Ses amis n^étaient certainement pas partisans de la guerre à outrance. Fénelon n'élait pas loin de dénoncer la |>ersévérance à combattre comme un \d\\\ point d'honnetir t^wi retournait en déshonneur j et nous le verrons bientôt regretter la victoire de Villaviciosa comme ivn obstacle à la paix (2). La duchesse de Bourgogne semble n'avoir pas été in-
(Ij Mémoires du marquis de Saint-Philippo : Combes» Uistoirtde la princesse des Ursins, chapitre xx.
(2) Fénelon, au duc de Chevreuse, 3 décembre 1708 : < Oo nuoe el on hasarde la France pour l'Espagne ; il ne s'agit plus que d*iiii poist ë'honueurqui se tourne en déshonneur s'il est mal soutenu. Ni le roi, ni Monseigneur, ne peuvent venir défendre la FrMiee... »