LES CABALES A LA COUR
cipable d'entretenir chez son marieesdispositions. On a soupçonné cette jeune femme d'avoir eu^ dès Tenfance^ ia dissimulation et l'habileté politique d'un duc de Savoie (1). Aux caresses, à la confiance du roi et de madame de Maintenon, elle n^uirait répondu que par les apparences d'une fidélité qu'elle n'avait pas. On a du moins de fortes présomptions pour croire qu'elle abusait de la confiance du roi, qu'autorisée par lui à lire par-dessus son épaule, à fureter dans ses papiers, elle lui dérobait des secrets importants, et les communiquait à son père, pour rompre les desseins de la P>ance et la contraindre à céder. Après sa mort, Louis XIV parcourant les papiers trouvés chez elle y auraitdécouvert les preuves de cette trahison, et se serait écrié avec douleur : « Ah ! la petite coquine, elle « nous trompait (;<î). »
C'était par cette disposition peu belliqueuse que la cabale de Meudon travaillait a discréditer le duc de Bourgogne. Pour atteindre jusqu'à la personne, elle exploitait les insuffisances que les amis de ce jeune prince eux-mêmes regrettaient de trouver encore en lui, certaines petitesses d'esprit, certains goûts vraiment puérils. «Je gémis sans cesse, écrit Saint-8i- « mon dans son discours sur le duc de[Bourgogne (3), (( de voirdes mouches étouffées dans rhuile,des grains « de raisins écrasés en rêvant, des crapauds crevés
(1) Madame de Caylus (Souvenirs) en réfutant ce soupçoa» atleale au moins 9on existence.
(2) Mémoires do NoatUes.
UT En 1710, Mémoires^ tome V, page 202.
384 PÉRIODE d'expiation. DEUXIEME PARTIE
« avec de ia poudre, des bagatelles de mécanique, le « trop conlinuel amusement de cire fondue et surtout « de dessins griffonnés, augmenter les insolences par « des problèmes scandaleux. » Le duc de Bourgogne, ami des sciences, en poussait Tétude en détail bien au delà de ce qui convenait a un roi; il s'eufermait dans son cabinet avec ses livres, au lieu de chercher dans la vie publique la connaissance des hommes et des affaires. Il était sincèrement pieux, d'une pureté de mœurs intacte, grand mérite assui^ément au milieu de la corruption qui foisonnait toul bas à la cour, et après les exemples de désordres qu'il trouvait dans le passé de sa famille. Mais sa chaslelé même le jetait dans des emportements de tendresse pour sa femme, en public, qui le livraient au ridicule, ou lui attiraient des avances regrettables de jeunes femmes légères, sur quoi Saint-Simon exprime lemêmeblâmequemadamedeMaintenon(l).Sapiélê
(1) Letlres do Mainlcnon au duc de Noailics, 1706 : a La duchesse de Bourgogne est souffrante et soumise à des remèdes. Monsieur son mari est furieux; on ne peut appeler autrement la passion qu* il a pour elle ; et je ne crois pas qu'on en ait vu une si d^gréable pour celle qui la cause et pour les spectateurs... Les remèdes les empêchent de vivre ensemble et de là en partie la fureur dont je vous parle. »
Saint-Simon, en 1710, discours cité plus haut:
c 11 serait è désirer que lui (à la duchesse) donnant tout le teiD{» c dont tous deux doivent être contents et si jaloux, et qu'ajoutaol à c leur entier particulier un milieu plus compassé entre la graWlc c et la bonté, la liberté des prévenances et des familiarités usurpées « se continssent sur son propre exemple, et lui fissent rendre par c les jeunes dames le respect qu'elles lui doivent en tout lieu et eo c tout temps, et dont nulle gaieté n'excuse qui en sort ni qui Tenc dure. »