LES FINANCES SOUS CHAMILLARD
taxe sur les baptêmes et les mariages.. Alors éclata une opposition qui fit craindre une guerre civile à côté de la guerre étrangère : d'abord la résistance de Tinaction;en beaucoup de lieux on se maria sans le ministère du prêtre ; on baptisa les enfants en cachette dans les bois; ensuite^ quand l'autorité prétendit réprimer ces infractions^ on se révolta ouvertement dans les campagnes^ à Cahors, dans le Périgord. Les paysans duPérigord^mal vêtus, pieds nus, mal armés^ mais en grand nombre et conduits par plusieurs gentilshommes^ pillèrent quelques bureaux' de finances et occupèrent plusieurs châteaux. Ils se déclaraient fidèles sujets du roi, prêts à payer la taille et la capitation, la dime à leurscurés et les redevances à leurs seigneurs, mais ils ne voulaient pas entendre parler de nouvelles impositions (1). Il fallut des troupes pour les réduire, et beaucoup de modération pour les apaiser. Quand il devenait si dangereux d'exiger d'autorité l'argent nécessaire, il était sage sans doute de composer avec les contribuables, de chercher et d'obtenir à l'amiable ce que la force ne pouvait donner. Aussi voit-on Chamillard négocier avec les villes, avec les provinces, des dons gratuits (1706), et promettre en retour des confirmations de privilèges (2). Bientôt on en viendra à anticiper la capitation, et k soulager le présent aux dépens de l'avenir.
Qu'une pareille incertitude dans la rentrée des res-
(1) Dangeau, 21 mars et 3 avril 1707.
{éj Mémoires de Foucauld, 1706.
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418 PÉRIODE d'expiation. DEUXIÈME PARTIE
sources publiques exerçât une influence considérable sur les opérations des armées et sur les événements de la guerre, c'est ce que démontrent plusieurs documents contemporains. Il y a une lettre de Chamillard au duc de Noailles en 1707 qui prouve que l'armée de Catalogne ne pouvait vivre que des contributions levées en pays ennemi. «cSi vous êtes assez ((heureux, disait-il, pour pénétrer en pays eunemi, «c corrigez-vous des manières douces et bénignes pra- (( tiquées jusqu'à présent par nos généraux, qui ont (( trouvé le secret, en payant tout plus cher qu'au ma^ «c ché, de se rendre insupportables. Je vous demande, « par l'amitié que je crois que vous avez pourlecon- (( trôleur général des finances, d'étendre la contribu- (( tion au plus loin qu'elle pourra aller, et de la faire (( payer avec un peu de dureté. Les secours que vousen ((tirerez deviendront très-nécessaires au secrétaire <£ d'État de la guerre (1). » D'autre part, le maréchal de Tessé représentait au ministre l'état de son année sous les plus tristes couleurs : «Je vois tous les jours €( des officiers qui marchent à pied, parce qu'ils n'ont « pas de quoi servir autrement. Je les vois réduits au « pain de munition et à Teau, et j'en sais nombre qui a sont de sept à huit jours sans manger un morceau de a viande, parce qu'ils n'ont pas de quoi en acheter(2;. * Pour compléter le tableau, disons tout de suite que Berwick, au commencement de 1709, et dans la pré- Ci) Mémoires de iNoailles : lettre de Ghamillard au duc deNoiiUfS, 21 avril 1707.
(2) Tessé à Ghamillard, 8 juin 1707 : Pelet, tome Vil, pages 76 et 77.