‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 4)Chapitre 78 sur 135 · LES FINANCES SOUS GHAMILLARD · texte numérisé non relu

LES FINANCES SOUS GHAMILLARD

occupation d'une lutte difficile contre le duc de Savoie^ manquait absolument de grains et d'argent. Il dut établir des contributions en Savoie, en Dauphiné, en Provence, c'est-à-^iriî sur des terres françaises. Il se permit, par droit de nécessité, de prendre l'argent qu'il trouva dans les recettes, et d'arrêter une voiture de cent mille écus qui allait de Marseille à Paris. Lorsque le contrôleur général voulut lui représenter que ces procédés étaient contre toutes les règles, il répondit qu'il était bien plus contraire aux règles de laisser périr une armée qui barrait aux ennemis l'entrée de la France. On ne lui en parla plus (1).

Deux faits de nature bien différente achèveront de démontrer avec quelle exigence se faisait alors sentir le besoin d'argent. Une fois, un charlatan, du nom de de risle, prétendait avoir découvert le véritable secret de la transmutation des métaux; il adressait mémoire sur mémoire à Pontehartrain fils, que sa charge désignait comme le protecteur naturel des sciences et des arts. Le secrétaire d'État de la maison du roi, dans un autre tem,ps, disait-il lui-même, n'aurait écouté que ses préventions ou son igfiorance sur ce sublime ou dan-gereux art, et n'aurait répondu que par T incrédulité et le mépris à ce qu'il tenait pour une extravagance. Mais dans l'état présent des affaires, dans cette nécessité de la finance, que savait-on s'il n'y avait pas des avantages infinisk tirer d'un si grand secret? Et pour ne pas laisser perdre les fruits d\\ne découverte aussi heureuse, il in-

(1) Mémoires de Berwick.

420 PÉRIODE d'expiation. DEUXIEME PARTIE

vitasérieusemenl l'auteur à communiquer ses idéesà Chamillard (1). Merveilleuse puissance du désir qui transforme l'absurdité de la veille en vérité possible^ et veut croire à son utilité par le besoin seul qu'il en a! L'autre fait est un tour habile de Louis XIV, une bonne affaire conclue aux dépens de sa fierté. On était au milieu de 1708; l'argent faisait absolument défaut; nul préteur ne consentait à se laisser faire, pas même Samuel Bernard, le plus gros marchand d'a^ gent de l'Europe, et un des plus enrichis par les traités avec le roi. Mais Bernard était aussi vain que cupide, et capable de sacrifier une part de ses écusà la gloriole de faire un personnage. Louis XIV se chargea de le prendre par ce côté faible. Le grand roi se rencontra, comme par hasard, avec l'usurier à Marly, l'accueillit avec un air de satisfaction, l'invita sans cérémonie à sa promenade, lui fit voir l'une après l'autre, avec une patience et une grâce infatigables, toutes les beautés de l'endroit, sous les yeux des courtisans stupéraitset passablement jaloux ; et sans lui avoir dit un mot d affaires, il le laissa bien déterminé à ne plus rien refuser au contrôleur général. Au retour, Bernard se déclara prêt à faire tout ce que voudrait le roi, et à risquer sa ruine plutôt que 4e laisser dans l'embarras ce grand prince qui venait de le combler. « J'admirais, dit Saint-Simon, cette espèce de prostitution du roi, si avare de ses paroles, à un homme de l'espèce de 6er-

(1) Depping, Correspondance administrative, tome IV : lettre de Pontchartrain à Ck)mbes, 17 juillet 1707.

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