ÉTAT DE LA FRANGE EN
milié. C'était lui qui avait formé l'armée de Flandre, qui l'avait retenue sous les drapeaux malgré la disette, et animéede son ardeur. Quand on le ramena de Flandre sur un brancard, toutes les populations par où il passa l'accueillirent par des ovations joyeuses. Le roi luiavait déjà écrit pour lui annoncer son élévation à la pairie, et celle de son lieutenant d' Artagnan, recommandé par lui, à la dignité de maréchal de France (1). A Versailles, il le logea dans l'appartement du prince de Conti, et lui fit de fréquentes visites comme pour hâter sa guérison (2).
LesAllemands, vigoureusement refoulés au delà du Rhin, le duc de Savoie contenu dans le Piémont, et la grande armée des alliés sensiblement affaiblie par ses pertes de Malplaquet, cela ne ressemblait pas mal à une de ces années de répit que nous avons vues placées si à propos parla Providence entre les grands désastres de Louis XIV. Le profit même que Marlborough retirade la retraite des Français ne répondit pas aux grandes espérances qu'il concevait au commencement de la campagne. Les alliés assiégèrent Mons. Boufflers et son armée, faute de pain et d'argent, durent, comme l'avait d'abord fait Villars, ne pas quitter les positions oii ils trouvaient encore quelque subsistance. Le siège se continua sans être contrarié; au bout d'un mois (20 octobre) la ville était prise. Mais
(1) Œuvres de Louis JIF, tome VI.
[^) Dangeau dit à cette occasion : « Le roi n'avait jamais été chez aucuns particuliers depuis le maréchal de Grammont^ qu'il y a plus de trente ans qui est mort (3 janvier 1710). »
480 PÉRIODE d'expiation. DEUXIEME PARTIE
ce fut là fin des hostilités pour cette année. Les ennemis^ après avoir fait mine de quelque tentative sur les villes voisines^ séparèrent leurs troupes^ au grand regret d'Eugène^ par la volonté impérieuse des Brandebourgeois et de quelques autres alliés (1).
Il était sage pourtant de ne pas s'abandonner à l'illusion. La misère^ les embarras ne diminuaient pas. Au 1*' janvier 1710, le roi ne donna pas d'étrennes aux princes, et celles que le Trésor lui offrait chaque année à lui-même, quarante mille pistoles, il les envoya à l'armée de Flandre. Une dépense était nécessaire «pour les draps du roi et autre linge »; les mar* chands refusèrent de livrer leur marchandise sans argentcomptant.Desmarets n'en trouva qu'àforced'étre tourmenté parle duc d'Aumont, gentilhomme de la chambre, quimenaçait de mettre ses tableaux en gage pour faire honneur aux besoins du roi (2). Cependant, dit M*"* de Maintenon avec douleur, asesenfanls tt s'amusent le plus qu'ils peuvent entre Meudon, tt Marly, les chasses, lacomédieetle jeu, où l'on voit à « ce qu'on ditbeaucoupd'or (3). » L'état des particuliers était pire encore. Fénelon, dans un mémoire adressé aux ministres ses amis, en trace cet exposé lamentable : « Le gouvernement est une vieille machine
(1) Marquise d'Huxelles^ 31 octobre. — Il y a une lacune de trois mois dans le Journal de Dangeau. Les derniers édileurs de ce JowfTuU ont eu rbeuruuse idée d*y suppléer par les lettres de la marquise d'Huxelles, qui se suivent assez régulièrement de deux en doux joars.
(2) Dangeau, l*"" février 1710. Marquise d'Huxellcs» 1" janvier. (3] Maintenon à Noailles» 6 décembre 1709.