ÉTAT DE LA FRANCE EN
« qui va encore de l'ancien branle et qui achèvera de se «briser au premier choc... Le prêt manque souvent « aux soldats^ le painmêmeleuramanqué souvent plu- <i sieursjours; il est presque tout d'avoine, mal cuit et « plein d'ordures. Ces soldats mal nourrisse battraient « mal selon les apparences. Les officiers subalter- « nés souffrent encore plus à proportion que les sol- (( dats... Les peuples craignent autant les troupes qui « doivent lesdéfendre que cellesdes ennemis qui veu- «lent les attaquer... Les peuples ne vivent plus en « hommes^etil n'est plus permis de compter sur leur " patience, tant elle est mise à une épreuve outrée. . . « Le fonds de toutes les villes est épuisé; on en a pris «pour le roi le revenu de dix ans d'avance, et on n'a « point honte de leur demander avec menaces d'autres «avances nouvelles qui vont au double de celles qui « sont faites. . . On accable tout le pays par la demande «des chariots; on tue tous les chevaux des paysans; « c'est détruire le labourage pour les années prochai- «nés, et ne laisser aucune espérance pour faire vivre «nilespeuples ni les troupes... Les intendants font (< malgré eux presqueautantde ravages que lesmarau- «deurs. Ils enlèvent jusqu'aux dépôts publics. Ils dé* « plorentpubliquementla honteuse nécessité qui les y «réduit; ils avouent qu'ilsnesauraient tenir les parodies qu'on leur fait donner. On ne peut plus faire le «service qu'en escroquant de tous côtés; c'est une ^ vie de bohèmes, et non pas de gens qui gouvernent. « Il parait une banqueroute universelle de la nation; «on est souvent contraint d'abandonner certains tra-
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tt vaux très-nécessaires^ dès qu'il faut une avance de « deux cents pistoles pour les exécuter dans le plus « pressantbesoin. . .La nation tombe dans l'opprobre. <i Lesennemis disent hautementque le gouvernement « d'Espagne, que nous avons tant méprisé^ n'est jac( mais tombé aussi basque le notre (1). »
Quoique les traits les plus vifs de ce tableau soient tirés des pays voisins de Cambrai^ du principal théâtre de la guerre^ on se figure sans peine quelle devait être encore, dans une proportion moindre^la situation des autres provinces. La paix était le seul remède ; aussi le grand nombre appelait avec impatience la paix, et parmi les amis de la paix nul n'écrivait avec plus de chaleur que Fénelon.a Si on peu t foire couler Targent, « disait-il dans un second mémoire, nourrir les trou- « pes, soulager les officiers, relever la discipline et la « réputation perdues, réprimer l'audace des ennemis <xparuneguerrevigoureuse,iln'yaqu'àlefaireauplus «tôt. En ce cas, il serait bon teuxethorrible de recher- (c cher la paix avec empressement . Qu'on fassedonc au <c plus tôt ce changement si nécessaire; que ceux qui « disent qu'on relâche trop pour la paix viennent au « plus tôt relever la guerre et les finances ; sinon qu'ils <c se taisent, et qu'ils ne s'obstinent pas à vouloir qu'on a hasarde de perdre la France pour l'Espagne. » Dans cette ardeur, il prenait presque le parti desalliéscontre Louis XI V,de l'archiduc contre Philippe V. IJ excusait les insinuations faites au grand-père de contribuer
(1) FéoeloD, Mémoire star Véêat de la France en 1710.