‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 4)Chapitre 86 sur 135 · ÉTABLISSEMENT DE LA DIME · texte numérisé non relu

ÉTABLISSEMENT DE LA DIME

vain, de la gloire . Fénelon écrivait au duc de Chevreuse : « Ce qui arrive en Espagne parait excellent pour le roi d'Espagne^ mais la suite nous montrera s'il est bon pour nous(l). » Après ce que nous avons rapporté plushautde ses dispositions, cette défiance ne nous en semble que la conséquence naturelle. Ce qui étonne davantage, c'est de voir M™® de Main tenon s'accorder cette fois en politique avec lui. « Paris est a ravi de Tétat de l'Espagne; écrit-elle au duc de «Noailles^ leplusgrand nombre en ce pays pense de <c même; mais les habiles croient que nous n'y gagnons upsLS,... ei Ma Solidité esi persuadée que nous pâtisa sons (2). » N'était-ce pas un écho des sentiments de Louis XIV lui-mémequi trouvait dans la victoire un nouvel ajournement delà paix, parce qu'elle offraità sou petit-fils un nouveau motif de résistance à toutes ses propositions? Il ne pouvait encore deviner le secours providentiel que les divisions de ses ennemis allaient lui offrir spontanément dans quelques jours. Entoutcas^ dans cette ignorance, il se préparaità subir honorablement la guerre. Desmarets s'ingéniait avecardeur à rétablir les finances et le crédit. Au commencementdelTlO, il avait offert au clergé le rachat de sa capitation moyennant unesommede vingt-quatre millions une fois payée (3). La capitationdu clergé étant de deux millions par an, c'étaient douze années payées d'avance, et un bénéfice évident pour le roi

(1) Fénelon à Cbevrease, 5 janvier ITU.

(2) Maintenoo à Noailles, 27 décembre 1710 et 12 janvier 1711. l3) Dangeau, 17 mars 1710.

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puisque la capUatîoQ devait cesser avec la guerre^el que la guerre ne pouvait plus durer douze aos. La suite a prouvé que le clergé perdait au change, la paii étant survenueavant la fin de la quatrième anaée.Mais ce bénéfice, bientôt absorbé par tant de nécessités, rendait indispensables de nouveaux expédients. Desmarets en trouva un plus abondant puisqu'il portait sur tout le monde et qu'il devait durer autant que les besoins. Il reprit les propositions ée Dime royak lo^ muléesparBoisguillebertetpar Yauban^ et si mal reçues en 1707 parles ministres. Oa voitméme par Dangeau (1) qu'il crut utile de se mettre à l'abri de ces nom:» populaires pour autoriser une institution onéreuseau peuple. Équivoque grossière puisque Vauban ne proposait la Dîme que pour abolir les autres impôts, et que Desmarets entendait conserver les autres impôts et y ajouter la dime (2). Mais la dimedevait n'épai^oer personne, tous les privilégiés y seraient assujettis; à ce titre elle pouvait être populaire.On assurait de plus que le roi en tirerait assez d'argent pour éteindre tous les billets de monnaie, que les renies de la maisonde

(1} Voici le texte de Dangeau, 23 septembre 1710 : c On parie fort « d'une dîme royale sur tous les bieos .cfK royaume. M. le ^ d« « Sully en parle daos ses Mémoires. Boisguillebert avait traniiié n sur cela el en avait parlé à M. le chancelier pendant qu*il éuit « contrôleur général. Depuis ce temps-là, feu M. le maréchal de « Vauban avait fait imprimer un livre dans cet eeprit-là, et où il <t était entré dans de plus grands détails. M. Desmarets fait examiner « l'idée que les uns et les autres ont eue. »

(2) Cette contradiction est remarquée pao* le vieux Feacaild, év& une addition faite à ses Mémoires^ à l'année 1689.

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ville seraient payées dans leur entier à l'avenir, etque l'argent en viendrait intact dans les coffres du roi sans aucune retenue au profit des traitants. On laissa donc Saint-Simon traiter la dime comme wne sanglante affaire, ei Fénelon la tourner en dérision par les effets surprenants qu'on tui attribuait et auxquels il avait peineàcroire(l).Lel5octobre 1710,deux déclarations du roi annoncèrent que les billets de monnaie n'auraient plus cours que jusqu'au 1" février. LeSO^l'édit de la Dime royale sur le revenu de tous les sujets, pour toute la duréede la guerre,était scellé par le chancelier, et enregistré le 26 à la chambre des vacations. Quelques jours après (15 novembre), on signifia à tous les agioteurs, qui avaient énormément gagné sur les assignations, sur les billets de monnaie, et les autres papiers royaux, une taxe de vingt millions. Par une combinaison assez heureuse, on ne leur demandait pas d'argent comptant; ils pouvaient s'acquitter en billets du roi qui seraient déchirés aussitôt que rendus au Trésor. Du même coup, le prix de ces papiers remontait au bénéfice des détenteurs, et leur suppression par leTrésor débarrassait le commerce d'une valeur dépréciée. Introduite sous ces auspices, la Dime royale fut acceptée sans beaucoup de réclamations. Elle ajouta au revenu annuel un surcroît de vingtcinqmillions, donna aux dépenses de guerre une garantiesérieuse,et,quoi qu'en pensât Fénelon (2),rabat-

(1) Fénelon à Cberrense, 2 novembre 1710. ^2) Dans la lettre déjà citée du 2 novembre.

lit quelque chose de la confiance qu'inspirait aux ennemis répuisemenl d u royaume (1 ) .

Le roi se préparait donc contre les diverses nécessités de la guerre^ quand tout à coup une proposition de paix bien inattendue vint le surprendre à Versailles (15janvîer 1711). Un émissaire de Londres lui appor tait en cachette les avances du gouvernement angliis. La reine Anne avait changé de ministres^ substitué les tories aux whigs, et ces nouveaux ministres offraient d'eux-mêmes la paix au roi de F'rance. II faut expliquer comment s'était opérée cette transformation de

politique.

. Les deux grands partis, qui divisent l'Angleterre depuis deux siècles, avaient des intérêts comme des opinions opposées. Les tories, zélateurs de l'église anglicane et de l'autorité monarchique, avaient subi à contre-cœur la révolution de 1688 qui substituait l'élection à l'hérédité, et le caprice des révolutions à la stabilité du droit. £)n outre, grands propriétaires, supportant presque tout le fardeau des contributions nécessaires à la guerre, ils désiraient la paix comme un soulagement et une délivrance. Les whigs au contraire dont la religion, s'ilsenont une, ditTorcy, était presbytérienne, penchaient pour le gouvernement républicain,ou au moins pour une monarchie révocable an gré du parlement; ils étaient de plus partisans delà guerre, parce que leurs chefs, banquiers, préleurs

(1) Voir Actes et Mémoires de la paix d*Uirecht, toire I, fffge 10: une proposition générale du conseil d'État des Provinces-Uoies.

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