NOUVEAU MINISTERE EN ANGLETERRE
d'argent^ échappant à la plupart des impôts^ s'enrichissaient par tous les mouvements de fonds, emprunts, fournitures, indispensables à l'état de guerre. C'étaient eux qui avaient fait et maintenu la révolution, et ils avaient largement profité de la rivalité de Guillaume III contre la France, et de la guerre contre Philippe V (1). LeS whigs dominaient depuis deux règnes; ils avaient successivement écarté du ministère tous les tories, et surtout, depuis le dernier avènement, ils menaient les affaires par l'importance de Mariborough leur affidé, et par la fascination que la duchesse de Mariborough exerçait sur la reine Anne. Cependant la reine supportait péniblement leur domination. On a supposé que, tourmentée par les souvenirs de sa vie, croyant reconnaître la vengeance divinedans la mortde tous ses enfants, elle avait des remords de sa propre élévation, du renversement de son père Jacques II, de l'exil et de la spoliation de son frère le prétendant, et qu'elle eût volontiers défait la révolution de 1688 en ménageant à ce frère sa succession. On verra tout à Theure que les jacobites au moins lui ont prêté ces sentiments, et ont eu par moments l'espérance d'en profiter. Mais sans pénétrer si avant dans sa conscience, il est permis d'expliquer son aversion pour les whigs par Je danger dont elle crut que leurs doctrines menaçaient son pouvoir. Un prédicateur tory, Sachewerel, s'émancipa dans quelques sermons à blâmer la révolution de 1688, à nier la sou-
(l) Mémoires de Torcy, 111* partie, et Mémoires de Bolingbroke.
510 LA FRANGE Eï l' ESPAGNE RELEVÉES
veraineté du peuple^ à recommander l'obéissance passive envers le souverain^ et l'exercice exclusif de la religion anglicane, à blâmer directement la coûduite des ministres de la reine. Les ministres whigs le poursuivirent avec acharnement devant la Chambre des lords et le firent condamner lui-même à ne plus prêcher pendant trois ans, et ses sermons à être brûlés par la main d u bourreau . La rei ne leur sut mauvais gré de leur zèle, parce que, dans leurs arguments eoatre l'accusé, ils avaient laissé voir combien peu ils respectaient l'autorité royale. S'ils avaient paru défendre la légitimité de son pouvoir en vengeant la révolution de 1688, ils avaient rabaissé l'exercice de ce pouvoir par leur manière de réfuter l'obéissance passive. La reine trouvait donc ses déienseurs plus dangereui pour elle que son ennemi. Ces sentiments furent de plus en plus fortifiés clxez elle par les insinuatioas d'unejeune femme, appelée Hill, plus tard M"*Masham, agent secret des tories, qui avait gagné sa coofiance à mesure que la duchesse de Mariborough It perdait. Cette duchesse en effet, à force d'être maitressedanslepalais,enétaitarrivée à en prendre le ton, et à commander insolemment à la reine elle-même. Après une longue patience, la fierté de la souveraine se révolta enfin (avril 1710); elle déclara à sa surintendante qu'elle ne voulait plus ni l'entendre ni la voir (1). Les Marlborough étaient les véritables chefs
(1) Nous ne disons rien de l'histoire légendaire da verre d^tWp parce que nous no la trouvons dans aucun livre aérieux.