PREMIÈRES NÉGOCIATIONS POUR LÀ PAIX
et le plus solide appui des whigs : nouveau grief et décisif contre le parti. Dans le courant de 1710^ la reine disgracia successivement tous les ministres : Sunderland, gendre de Marlborough, le grand trésorier Godolfin, le président du conseil Sommers^ le grand maître de la maison^ etc., etc., et enfin la duchesse de Marlborough qui dut rendre les clefs d'or de surintendante. A leur place arrivèrent tous tories, entre lesquels il faut distinguer Harley, plus tard comte d'Oxford, et Saint-Jean qui devint bientôt vicomte de Bolingbroke. Le parlement fut ajourné, puis dissous et de nouvelles élections ordonnées. On n'ignora pas en France ces changements^ Dangeau note exactement chacun à sa date; on s'entretenait même de la disgrâce probable de Marlborough ; mais on osait à peine s'en promettre quelque avantage. M"« de Maintenon écrivait à ce sujet : a Si tout ce qui * se passe en Angleterre n'apporte pas d'autre clian- <t gement que celui dece général, il me semble que c'est «peu de chose. Nous sommes trop mal pour qu'un ^ seul homme puisse nous rétablirou nous sauver (!).)> Le changement qu'elle n'entrevoyait pas était à sa porte:
Les nouveaux ministres anglais avaient besoin, pour se maintenir,d'un parlement dévoué et de la paix générale. Pour avoir le parlement, ils firent en secret appel aux jacobites. Harley fit savoir à Berwick en France que la reine était disposée à rétablir le pré-
(1) Lettres de Maintenon, 27 décembre 1710.
512 LA FRANCE ET l'eSPAGXE RELEVEES
tendant dans ses droits, mais qu'il fallait préalablement que la paix fût conclue, et, pour conclure la paix, que le ministère eût lamajorité dans la Chambre basse, Berwick et le prétendant saisissant celte espérance s'empressèrent d'inviter leurs partisans en Angleterre à voter pour le parti de la cour. Berwick a reconnu plus tard que tout cela n'était qu*un jeu delà partdeHarley pour s'assurer des voix (1). Mais ce jeu lui réussit dans le moment même,et donna la majorité aux ministres. Le nouveau parlement était à |>eine assemblé que déjà l'hostilité éclatait contre Marlborough,et qu'on parlait d'examiner sa conduite comme général et comme plénipotentiaire.
Pour avoir la paix, Uarley s'adressa inopinément à Louis XIV. Un abbé Gautier, Français, qui vivait obscurément à Londres dans la maison d'un des ministres, fut dépêché incognito à Torcy (15 janvier 171 1), et, pour première parole, lui demanda s'il voulait la paix, la lui offrant de la part de l'Angleterre^ et l'invitant à proposer aux Hollandais de nouvelles conférences. On peut juger de la surprise et de la joie de Torcy par cette phrase de ses Mémoires : « Interroger « un ministre du roi s'il souliaitait la paix, tVlait a demander à un malade attaqué d'une longue et dan- « gereuse maladie s'il veut guérir. » Cette proposition d'ailleurs, toute vague qu'elle était, suscitait quelques espérances dignes de considération. Que rAnglelenv, après tant d'acharnement hostile à La Haye et à Ger-
(1) Mémoires de Berwick, en 1711 et 1714.