PREMIERES NEGOCIATIONS POUR LA PAIX
truydenberg^ fit maintenant des avances bienveillantes, c'était laisser entrevoir des conditions moins dures^ et peut-être déjà se séparer des Hollandais. Il n'aurait pas été raisonnable de repousser ces offres sans examen^ de ne pas mettre à l'épreuve ces bonnes intentions. Le roi donc^ par le conseil de Torcy^ trouva utile d'accepter des négociations et de confirmer la bonne volonté des Anglais par une préférence marquée pour eux. Il répondit que « justement irrité de la <K conduite des États-Généraux^ il ne voulait plus « entendre parler de la paix par la voie de la Hollande^ « mais qu'il en traiterait avec plaisir par l'entremise « de l'Angleterre, i» Par là il les engageait dans ses intérêts^ leur faisait un point d'honneur d'agir de concert avec lui^ et de tenir en bride la convoitise de leurs alliés. Cette habileté porta immédiatement ses fruits. Les ministres anglais demandèrent au roi quelles seraient ses conditions et se chargèrent de les commiuniquer, ce qui voulait dire recommander^ aux Hollandais. Le roi commença à les satisfaire^ et les affermit de plus en plus dans son partie en leur promettant des avantages pour eux-mêmes dont il n'avait pas été question à La Haye ni à Gertruydenbergy la cession de Gibraltar^ par exemple^ et des garanties suffisantes pour leur commerce dans la Méditerranée et dans les Indes.
Les négociations commençaient à prendre forme, quand une autre surprise leur vint en aide. En avril 1711, deux morts, d'importance bien différente, frappèrent à trois jours de distance la maison de France
toxns xrv. — t. vi. W
514 LA FRANCE ET l'eSPAGNE RELEVEES
et la maison d'Autriche. Le Dauphin, fils de Louis XIV, succomba, le 14 avril, après une courte maladie, à la pelite vérole. La disparition de ce prince sans grande valeur suscita quelques regrets mémedans le peuple, comme l'attestent plusieurs témoignages contemporains (1). Elle dissipa la cabale de Meudon; si l'on en croit Saint-Simon, elle fut un soulagement et une espérance pour les amis du duc de Bourgogne qu'elle rapprochait du trône. La duchesse de Bourgogne avoue elle-même qu'elle s'en consok comme les autres ^ et avec plus de raisons (2). On reconnaît un sentiment analogue dans une lettre de Pêne- Ion, d'une solennité froide, où, aux leçons que donne la mort, il mêle des conseils à son élève sur le parti qu'il doit tirer de cet événement pour s'insinuer auprès du roi (3). La cabale des ministres se prépare dès lors à profiter de l'avènement prochain du nouveau Dauphin, et Fénelon commence à écrire ce plan de réforme du gouvernement dont nous reparlerons. Mais là se borne tout l'effet delà mort du Dauphin; la politique extérieure n'en est aucunement modifiée.
L'autre mort, bien autrement significative, élait celle de l'empereur Joseph P' (17 avril 1711). Il ne laissait pas d'héritier mâle, et il transportait à son frère, l'archiduc Charles, la possession des domaines
(1) Dangeau, Berwick, Torcy, la marquise d'Huxellea. '4) Mémoires de Noailles, tome IV: lettre de la duchesse de BlMl^ gogne au duc de Noailles, 11 mai 1711. (3) Féneloo, fin d'avril 1711 : le nom du destinataire maoqae.
MORT DE l'empereur JOSEPH 1 515
héréditaires de la maison d'Autriche en Allemagne et la perspective de la couronne impériale. Charles^ qui se prétendait héritier légitime de toute la monar*chie d'Espagne^ allait donc y réunir T Autriche avec ses dépendances^ la Bohême et la Hongrie^ et rétablir pour lui seul la puissance autrefois partagée entre Charles-Quint et son frère Ferdinand. Cette menace à l'équilibre européen était bien autrement redou* table que celle .qu'on avait cru voir dans Tavéne* ment d'un prince français, non roi de France, au trône d'Espagne. C'était même une contradiction aux volontés de l'empereur Léopold qui, en transportant à son second fils ses prétendus droits sur l'Espagne, et réservant à i'ainé sa succession allemande, en avait donné pour raison la nécessité de prévenir la réunion des deux couronnes d'Autriche et d'Espagne sur une même tête (1). Si maintenant les alliés s'obstinaient à faire triompher toutes les prétentions de l'archiduc, ils se mettaient d'euxmêmes sous le joug; leur meilleure sûreté étaitdésormaisde se retourner contre la maison d'Autriche et de laisser l'Espagne à Philippe Y. Le sentiment général en France fut qu'il se préparait de grandes nouveautés, «c La mort de l'Empereur fait grand bien « à tout le monde, » écrivait la duchesse de Bourgogne (2). a De savoir ce qu'elle produira, disait « aussi la marquise d'Huxelles, c'est ce qui ne se peut,
(1) Voir chapitre xxxviii, § m, page 278, la déclaration de l'empereur Léopold.
(2) Mémoires de Noaiiles, 11 mai.
516 I.A FHANGB ET L'ëSPAGNE RELEVEES
<c mais tout le monde dit que c'est ce miracle qu'on <t a toujours observé arriver en faveur de la monar- «chie française (1). »
La prévision était fondée. L'Angleterre^ qui déjà promettait implicitement de laisser l'Espagne à Philippe V^ sentit plus que jamais la nécessité de nepas favoriser davantage l'archiduc; elledut même renoncer à obtenir de Philippe V les avantages exorbitants que l'archiduc lui avait promis pour son commerce, quand il se croyait assuré d'arriver au trône d'Espagne. Les Hollandais à leur tour comprirent qu'il leur devenait utile de ménager la France; eux aussi ds voulurent faire des avances à Louis XI Y. Les Anglais leur avaient communiqué les premières propositions du roi. Les Hollandais s'effrayèrent de la pensée que l'Angleterre allait prendre la haute main dans les négociations, et en profiterait peut-étrepour traitera leur préjudice. Ils firent donc prier le roi de reprendre les conférences avec eux^ affirmant <K qu'il aurait lieu certainement d'être content des « Hollandais. » Aussitôt les Anglais le supplièrent de ne rien écouter de la part de gens qui l'avaient menacé de tant de demandes extravagantes^ et traité si indignement ses ministres. <t Ainsi^ par un heu- « reux changement^ dit Torcy, les deux puissances « les plus opposées jusqu'alors au rétablissement de « la tranquillité publique concouraient à ce grand ce ouvrage^ et s'enviaient l'une à l'autre l'honneurde « contribuer à sa perfection. »
(1) Lettre d'IIuxelles, l^^ mai.
Le premier effet de cette situation nouvelle fut un ralentissement sensible dans la marche des hostilités. Quoiqu'il ne s'agit encore d'aucune suspension d'armes, l'incertitude des esprits^ dans l'attente des changements entrevus^ était déjà un obstacle au bon accord des belligérants, et aux grandes entreprises. Si Mariborough conservait encore le commandement de l'armée de Flandre^ les ministres anglais lui enlevaient au moins une partie de son autorité^ le pouvoir de disposer des charges vacantes et la qualité de plénipotentiaire. Le duc de Savoie, fort ému de la perle de son bon ami l'empereur Joseph I", prenait son temps pour délibérer sur ce qu'il avait à craindre ou à espérer du successeur. L'archiduc Charles, pour assurer son élection à l'Empire , et dans la crainte qu'une armée française n'essayât de la troubler, ordonnait à Eugène de rentrer en Allemagne avec trente mille hommes, et de pourvoir dans le voisinage de Francfort à la liberté de l'assemblée électorale. Aussi la campagne de 1711 languit péniblement, pendant les premiers mois surtout. Jusqu'en août, Mariborough et Villars demeurèrent à se regarder, sans autres événements que quelques coups de main partiels où les Français avaient l'avantage. A la fin, Mariborough voulut essayer d'une action d'éclat; il en avait besoin pour relever son parti dans l'opinion , et s'imposer comme indispensable aux ministres anglais ses adversaires, lise porta sur Bouchain, une des villes de l'Escaut français entre Valenciennes et Cambrai. Par un dessein apparent de grande bataille, il tint Villars
518 LA FRANCE ET l'eSPAGNE RELEVÉES
et la cour de France pendant quelques jours dans Tanxiété ; puis^ se dérobant par une marche de nuit, il passa le fleuve et investit la ville. Villars se donna sans succès de grands mouvements pour la secourir. Les marais embarrassaient sa marche; la difficulté de nourrir ses troupes à la même place le contraignit a s'éloigner. Bouchain^ quoique énergiquement défendu par Ravignan^ capitula le 13 septembre; c'était une nouvelle brèche à une frontière déjàsientamée^et les ennemis de Villars ne manquèrent pas d'en faire va* loir contre lui l'importance malheureuse. Mais les Anglais ne furent que médiocrement flattés de leur avantage ; ils calculèrent que cette nouvelle gloire de Marlborough leur avait coûté sept millions de livres ste^ ling; près de deux cents millions de francs pour un colombier leur parut une dépense ruineuse. Ce fut le seul compliment que les ministres adressèrent au général ; et la prise de Bouchain marqua le terme des campagnes de Marlborougli.
Al'autre bout du monde^ la marine française se relevait par une brillante entreprise. Nous savons que, depuis la bataille de Malaga, cette marine ne soutenait plus sa réputation que par l'audace des corsaires, dont les prises regagnaient oà et là sur le commerce des alliés une partie de l'argent perdu dans les guerres du continent. Le plus illustre de ces corsaires, Du" guay-Trouin, avait proposé à Louis XIV une expédition contre le Brésil, pour punir les Portugais des traitements cruels infligés Tannée précédente à des matelots français. Les frais devaient être partagés entre
le roi qui fournirait les vaisseaux etie paiti des soldats^ et les armateurs qui se chargeaient des vivres et de la solde des équipages. La flotte préparée à Brest mit à la voile au mois de juin, et passa devant la Rochelle sans que personne en soupçonnât la destination (1). Elle se composait de quinze vaisseaux^ et de cinq mille hommes de débarquement. Elleaborda à Rio-Janeiro^ le 1 1 septembre, au moment même où Bouchain se préparait à capituler. Par un premier trait d*audace, Duguay-Trouin força l'entrée du port, c'est-à-dire un canal étroit, bien défendu par des forts, et parvint à ranger ses vaisseaux sous les murs de la ville. Alors débarquant ses troupes sans délai, il attaqua la ville elle-même du côté de la terre, et par un vigoureux bombardement, auquel vint se mêler l'horreur d'une tempête, il en chassala plupart des habitants. Maître des marchandises considérables que renfermait Rio, il avait à craindre une armée portugaise rassemblée à quelque distance, et attendue par les vaincus comme une dernière ressource. II marcha résolument au-devaut de cette armée, la réduisit à Tinaction par l'énergie de son attitude, et traita en maître avec le gouverneur de la rançon de Rio. Le bénéfice était immense; on l'évalua dans le temps même à vingt millions au moins, tant par les sommes payées pour la conservation de la ville que par le butin demeuré aux mains des vainqueurs (2). Duguay-Trouin en acquit l'égalité
(1) Dangeau, /ouma/y l^^, 10, 16 juin 1711. (2} Voir dans Ernest Moret, tome III, les détails tirés des Mémoires de Duguay-Trouin.
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de gloire avec Jean Bart et Duquesne, et la France un titre de plas à la considération des alliés qui s'étaient un peu vite flattés de sa ruine imminente.
Mais déjà avant que cet exploit pût être apprécié en Europe^ la bonne volonté des ministres d'Angleterre et les prévenances de Louis XIV à leur égard avaient fort avancé la question de la paix. On s'en était tenu, dans les premiers mois^ à des propositions échangées de loin sans débat contradictoire. Gautier en Angleterre transmettait à la reine Anne les offres de Louis XIV ; le poète anglais Prior en France transmettait au roi les demandes de la reine Anne; ni l'un ni l'autre n'avait le pouvoir de discuter ou de répondre. Ces pourparlers, quoique de bon augure, n'aboutissant à aucun résultat, Louis XIV prit le parti de transporter la négociation à Londres, et d'accréditer dans cette ville un représentant de la France pour trai* ter directement avec le conseil et sous les veux de la reine, et résoudre les difficultés sans attendre l'arrivée toujours incertaine des courriers de mer. Il choisit pour cette mission Ménager, député de la ville de Rouen au conseil du commerce, fort versé dans les affaires commerciales et particulièrement dans celles de l'Inde qui étaient un des points capitaux de la négociation présente. Ménager, arrivé à Londres le 18 août 1711, fit immédiatement un habile usage des instructions de son maître. A la demande des ministres anglais, il exposa dans deux mémoires : P ce que le roi était prêt à accorder à l'Angleterre; 2^ ce qu'il réclamait pour son royaume, pour ses sujets, son pe-
tit-fils et les alliés de la France et de l'Espagne. Louis XIV reconnaissait la rovaiité de la reine Anne, et Tordre de succession royale en Angleterre, tel qu'il avait été réglé par le Parlement. Il abandonnait Terre- Neuve aux Anglais, et, de la part de l'Espagne, il promettait l'abandon de Gibraltar et de Port-Mahon, le privilège de transporter les nègres de la côte de Guinée dans les colonies espagnoles, et, en matière de commerce, les avantages de la nation la plus favorisée. A son tour, il réclamait la reconnaissance de Philippe V en qualité de roi d'Espagne, et l'intervention de l'Angleterre pour obtenir cette reconnaissance des autres alliés, le rétablissement du traité de Ryswick en tout ce qui concernait la frontière de la France et des Pays-Bas, de la France et de l'Allemagne, et enfin la réintégration des électeurs de Cologne et de Bavière dans leurs Etats.
Le gouvernement anglais trouva dans ces deux mémoires les bases raisonnables d'une négociation, et les conférences commencèrent le 26 août. Cependant il signifia qu'il ne devait être question pour le moment que des intérêts de l'Angleterre ; ceux du roi de France et de ses alliés ne seraient traités que dans les conférences de la paix générale. Cet égoïsme un peu violent, même de la part de trafiquants anglais, doit pourtant ici être atténué par la situation périlleuse des ministresdelareine.Ilsfaisaientlapaixavec la France, la vieille ennemie, et en dépit d'un parti encore puissant, qui pouvait un jour remonter au pouvoir, et leur demander compte de leur conduite, et peut-être
les proscrire. Leur meilleure sûreté était d'écarter tout soupçon de complaisance pour Louis XIV, et de faire une pai^c assez avantageuse à l'Angleterre pour que leurs rivaux n'eussent rien à y reprendre ; un accroissement sensible de la grandeur nationale était seul capable de leur garantir l'impunité. Louis XIV entra lui-même dans ces considérations, etconsentità restreindre les pouvoirs de Ménager au règlement des intérêts anglais. Ce premier point obtenu, tes ministres exposèrent les prétentions anglaises et les étendirent fort au delà des propositions de Ménager. Ils exigèrent la démolition de tous les ouvrages deDunkerquetant sur mer que sur terre, opposant à toute objection la jalousie britannique qui avait besoin de cette satisfaction ; ils n'accordèrent en retour que la promesse vague d'un dédommagement à faire obtenir au roi pour cette perte. L'offre de Gibraltar et de Port-Mahon leur parut une sûreté suffisante pour leur commerce de la Méditerranée , mais pour le commerce d'Amérique ils voulaient quatre places dans les Indes. Comme Ménager leur démontrait qu^ le roi d'Espagne n'y pourrait jamais consentir, il fallut pour les dédommager étendre à trente années la durée du privilège promis pour la traite des nègres el leur assurer dans les Etats espagnols l'exemption des droits de Cadix et des Indes, c'est-à-dire un bénéfice de quinze pourcent, sur les marcbandises du crû et de la fabrique d'Angleterre. La cession de Terre- Neuve teur paraissait incomplète si les Français n'étaient pas exclus du droit de pêcher et de sécher les
morues sur la côte de cette ile ; la France pour conserver ce droit dut leur abandonner le détroit et la baie d'Hudson. Ils auraient encore volontiers inséré une clause qui les eût rendus mai très de Québec^ parce que, tout en traitant, ils dirigeaient une expédition contre le Canada. Le mauvais succès de la tentative mit fin à leur prétention.
Tout en prétendant ne stipuler que pour l'Angleterre, les ministres comprenaient bien qu'ils ne pourraient engager les alliés à faire la paix s'ils n'avaient pas à leur offrir quelques conditions déjà convenues en leur faveur. Ils redoutaient surtout les reproches et les déclamations des Hollandais. Ils ne voulaient pas sedonnerl'apparenced'avoir déserté lacause commune. Une fois satisfaits pour eux-mêmes, ils pressèrent Ménager de reprendre quelques-unes des propositions indiquées par lui dans son premier mémoire pour la satisfaction des autres belligérants. De tous les débats, ce fut le moins épineux, parce que des deux côtés on était d'accord pour ne pas hasarder d'engagements compromettants. Il fut donc entendu et mis par écrit que tous les princes engagés dans la guerre, sans aucune exception, trouveraient une satis^ faction raisonnable dans le traité de paix, que le commerce serait rétabli à l'avantage de l'Angleterre, de la Hollande et des autres nations accoutumées à trafiquer, que les Hollandais auraient dans les Pays-Bas une barrière de places fortes pour assurer leur repos contre toutes sortes d'entreprises du côté de la France, qu'une autre barrière sûre et convenable serait égale-
ment formée pour TEmpire et pour la maison d'Autriche^ etque^ quand les négociations pour la paix seraient ouvertes, toutes les prétentions des princes el États engagés dans la guerre seraient discutées de bonne foi et à Famiable (1). Ces promesses et quelques-uns des engagements pris par la France envers TAngleterre forment ce qu'on appelle les préliminaires de Londres f qui furent signés par Ménager le 8 octobre 1711.
Au premier abord, ces préliminaires étaient bien insignifiants. Ils étaient même loin de dire tout ce qui s'était traité à Londres. L'Angleterre cachait la plus grande partie des avantages obtenus par elle; elle n'avouait que la reconnaissance de la royauté de la reine Anne par Louis XIV, pour fermer la bouche aux ennemis des ministres, et la démolition des murs de Dunkerque, pour ne pas soulever la jalousie des alliés; elle ne reconnaissait même pas explicitement la royauté de Philippe V, elle s'en tenait à réclamer des mesures justes et raisonnables pour empêcher que les couronnes de France et d'Espagne fussent jamais réunies sur une seule tête. Mais en réclamant ces mesures, elle donnait suffisamment à entendre que, si le petit-fil^ de Louis XIV remplissait cette condition, elle ne s'opposerait plus à ce qu'il conservât l'héritage de Charles IL En annonçant les démolitions de Dunkei*^ que, elle promettait au roi de France un équivalent^
(l) Actes et Mémoires de la paix (TUtTecht, lome I, page 99.
et en signifiant qu'elle ne pouvait le donner elle-même^ elle avertissait les Hollandais que c'était sur eux qu'en retomberait l'obligation (1). Enfin, l'importance capitale des préliminaires était la résolution prise par l'Angleterre de traiter, de se séparer de ses alliés, et de les réduire par le défaut de son concours à poser les armes. A ce titre, il y eut une joie égale en Angleterre eten France. Harley-Oxfordfélicita chaudementMénager de l'heureux accord des deux nations. Ex duaùiis gmtibuSy lui disait-il, fadamus unam gentem amicissi" mam (2), La reine Anne voulut recevoir le négociateur français^ et l'assura de ses dispositions pacifiques : « Je n'aime pas la guerre et je contribuerai en tout ce « qui dépendra de moi pour la faire finir au plus tôt. « Je souhaite de bien vivre avec un roi à qui je suis « tant alliée par la proximité du sang, et j'espère que « les liens de notre union se fortifieront de plus en « plus entre nous et nos sujets après la paix, par une « correspondance et une amitié parfaite. » Ces paroles retentirent à Versailles. Dangeau les cite avec soin et témoigne de la satisfaction qu'elles excitèrent, m On est fort content, dit-il, de la reine Anne et a du comte d'Oxford, son principal ministre, ils « font tout ce qu'il faut pour témoigner l'envie qu'ils «( ont de conclure la paixpromptement(3). » On éprouva sans retard les conséquences de cette
(1) C'était la pensée de Prier, rapportée par Torcy.
(2) Des deux nations, faisons par la force de Tamitié une seule cation.
(3] Mémoires de Torcy. Dangeau, Journal, 18 et 21 octobre 1711.
526 LA. FRANCE ET L' ESPAGNE RELE\'ÉES
première convention^ et de la bonne volonté du gouvernement anglais. Dans le cours des conférences^ après avoirdébattu le lieu du congrès^ la reine Anne, de concert avec Louis XIV, avait choisi Ulrecht. Elle nomma immédiatement ses plénipotentiaires. Ua &euii, le comte de Straffordy son ambassadeur en Hollande, fut chargé de communiquer les préliminaires au grand pensionnaire Heinsius^ et d'expliquer ses intentions. En ne stipulant pour les alliés que des conditions générales elle avait voulu respecter leurs intérêts et leur liberté. Elle était résolue à les aider à obtenir des arrangements raisonnables et suffisants^ mais elle leur conseillait la modération. Dans le cas oii les Hollandais aimeraient mieux continuer la guerre, elle était obligée de leur faire connaître que l'Angleterre n'était plus capable de soutenir un fardeau dont les alliés lui laissaient depuis quelque temps la part la plus lourde^ et qu'ils n'avaient plus qu'à choisir entre faire la paix ou fournir dorénavant pour la continuation de la lutte tous leurs contiogents de terre et de mer. Le congrès devant s'ouvrira Utrecht le 12 janvier de l'année suivante, elle demandait des passeports pour les plénipotentiaires français.
Cette déclaration et lapublication des préliminaires suscitèrent de violentes clameurs. En Angleterre, les ennemis des ministres allaient criant qu'on en voulait à la révolution, à la religion^ aux libertés du pays, et que le rétablissement du prétendant était certain. Burnet^ dont on connaît la haine pour la