‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 4)Chapitre 92 sur 135 · FERMETE DE LA REINE ANNE · texte numérisé non relu

FERMETE DE LA REINE ANNE

payerla guerre^ il fallait bien faire la paix. Tout ce que la reine lui accorda, et de concert avec Louis XIV, ce fut de retarder l'admission des plénipotentiaires d'Espagne, de Bavière et de Cologne, au congrès jusqu'à ce que le congrès eût réglé les points relatifs à ces princes. Le 18 décembre le Parlement s'ouvrit. La reine y annonça que ce nonobstant les artifices de ceux qui «seplaisaient dans la guerre, on avait réglé le lieu et «le jour pour commencer à traiter de la paix gêné- « raie. » Tout en demandant les subsides nécessaires en cas de continuation des hostilités, elle comptait sur le concours des Chambres pour conclure une paix juste et honorable (1). Elle les invitaità l'unanimité. Elle eut au moins une majorité imposante dans la Chambre des communes; il lui manqua une voix dans la Chambre des lords, mais elle annula cette opposition par la création de quelques nouveaux pairs. Alors Buys, convaincu de l'inutilité de sa résistance, délivra les passeports pour les plénipotentiaires français, et prit congé des ministres. Il ne dut pas être bien flatté des adieux du grand trésorier. Oxford lui reprocha ses menées souterraines, ses relations coupables avec tous les ennemis du gouvernement: «Vous vous êtes conduit, hii dit-il, non comme le ministre d'une puissance amie, mais comme un incendiaire envoyé pour mettre le feu partout;» et il lui cita les maisons qu'il avait fréquentées, le langage qu'il y

(1) Discours de la reine, dans les Actes et Mémoires de la paix (TUtrechi, tome ï«'.

avait tenu, et jusqu'à ses conversations de la veille. Puis avec un flegme tout anglais, et pour ne manquer à aucune des convenances diplomatiques, il ajouta : «Tenez, voilà une bourse de mille pistoles dont la « reine vous fait présent (1). »

Les adversaires de la paix ne se tinrent pas encore pour battus. Depuis quelque temps déjà ils méditaient une apparition du prince Eugène à Londres pour effrayer et dominer la reine. Dans leurs calculs, la popularité dece général, Tautoritédesesvictoires, devaient protester victorieusement contre une paix qui menaçait d'en détruire les bénéfices. L'arrivée d'un pareil personnage serait encore l'occasion d'un gmnd mouvement dans les rues : On enverrait à sa rencontre une multitude qui serait ainsi toute rassemblée pour un coup de main. Il avait transpiré au dehors quelque chose de ces intentions, et les ministres anglah avaient chargé leur ambassadeur en Hollande de détourner Eugène de son projet de voyage en Angleterre. Après l'échec des négociations de Bu ys, leparli reprit avec une nouvelle ardeur l'espoir de réussir par Eugène. Le général de l'Empereur devait apporter beaucoup d'argent pour s'assurer beaucoup d'amis, faire à la reine et au Parlement des propositions si avantageuses au commerce anglais qu'il serait impossible aux ministres de les combattre, et, le ministère ainsi renversé, appeler en Angleterre l'électeur de Hanovre. Ge plan n'était pas sans danger ; il devenait

'1) Mémoires de Torcy.

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