‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 4)Chapitre 93 sur 135 · LE PRINCE EUGENE EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

LE PRINCE EUGENE EN ANGLETERRE

urgent pour les ministres d*y opposer une preuve manifeste de leur confiance en leur force. Il leur fallait un coup d'éclat pour se sauver, ils n'hésitèrent plus; ils le portèrent directement sur Marlborough. Les tories, dans la Chambre des commu nés, accusèrent Marlborough de péculat, pour les sommes immenses qu'il avait retenues à son profit sur la solde des troupes étrangères, et les pots-de-vin considérables qu'il avait exigés des munitionnaires de l'armée; un seul de ces articles montait au chiffre de 48^3,000 livres sterling (dix millions de francs). L'inculpé eut beau se défendre par l'usage et par un règlement de Guillaume III; la Chambre des communes déclara qu'il avait fait une chose illégitime et insoutenable y et qu'il y avait lieu de lui en demander compte suivant les formes régulières. La reine, confirmant cette décision, signifia qu'il convenait de laisser un libre cours à l'examen d'une matière aussi importante, et de ne pas entraver la marche de la justice par la qualité des personnes. En conséquence elle destitua le duc de Marlborough de toutes ses charges, et nomma immédiatement le duc d'Ormond commandant général des forces de terre de la Grande-Bretagne. C'en était fait. L'ancien favori disgracié sans retour ei flétri comme un malfaiteur, le héros de la guerre, le vainqueur d'IIochstett et de Ramillies, cassé comme un simple officier, avertissait à la fois les whigs de ne plus compter sur le pouvoir, et les alliés de ne plus attendre le concours de l'Angleterre par les armes. Le prince Eugène s'obstina. Il arriva à Londres

quelques jours après la destitution de Marlborough (16 janvier 1712). Il y trouva des complices assez découragés par leur dernière déroute, mais espérant encore rallier leurs partisans par la patience et la modération. Ce fut le conseil qu'ils donnèrent à Eugène. Le représentant impérial en tint compte, et avec un respect affecté pour la reine, et sans colère avec les ministres, il exposa les propositions de son maître; c'étaient d'abord des excuses pour la conduite du comte de Gallas; ensuite le désir de participer au congrès pour la paix, si la reine obtenait des préliminaires plus explicites, enfin un état des forces présentes de l'Autriche qui semblait assurer désormais un concours véritable pour la continuation de la guerre. Cette diplomatie doucereuse échoua encore. La reinerépondit par l'excès des charges que la guerre imposait à l'Angleterre pour la cause d'autrui; elle mit en regard le peu d'efforts que l'Empereur avait fait jusque-là pour sa cause, et quant aux troupes que l'Empereur se vantait de tenir maintenant toutes prêtes, elle ne pouvait, dit-elle, y faire entrer les garnisons de Lombardie, de Naples et de Hongrie; autrement elle devrait elle-même compter comme troupes de la coalition celles qu'elle entretenait en Ecosse, en Irlande et dans les colonies d'Amérique pour la garde de ces possessions (1). Les Communes vinrent en aide à ce raisonnement. La Chambre s'était mise à dresser le bilan des alliés^ à

(1) Mémoires de Torcy, quatrième partie.

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