LK PRINCE EUGÈNE EN ANGLETERRE
reconnaître la part réellede chacun dans lesdépenses de la guerre; et elJe publiait dans une adresse à la reine le résultat de cet apurement. Les États-Généraux n'avaient fourni qu'un tiers de leur contingent de mer, que la moitié de leur contingent total; en Espagne ils n'avaient entretenu aucune troupe depuis 1708; en Flandre, ils avaient donné 20^837 hommes de moins qu'ils ne devaient. L'Empereur, ce prétendant à la couronne d'Espagne, qui avait armé toute l'Europe pour lui seul, n'avait rien fait en Espagne. Il n'avait jamais eu dans cette contrée à ses frais qu'un régiment de deux mille hommes, et depuis une année seulement; il s'en était remis de tout le fardeau à l'Angleterre qui avait constamment fourni et entretenu 56,000 hommes de ses troupes, et soldé 13 bataillons et 18 escadrons de troupes impériales. Aussi la dépense annuelle de l'Angleterre, qui ne montait en 1702 qu'à trois millions sterling, s'élevait maintenant à huit millions. « Plus les armes de « Votre Majesté, disaient les députés, ont eu d'heu- « reux succès, plus notre fardeau s'est appesanti; et « de l'autre côté, plus vos efforts ont été vigoureux et « plus vos alliés en ont retiré d'avantages, plus ces << mêmes alliés en ont diminué la portion de leur « dépense (1). »
L'Angleterre se réveillait. Le peuple marchand reconnaissait enfin qu'il avait fait une mauvaise affaire :
(1) Actes et Mémoires de la paix d'Utrecht, tome I^' : Représentalion de la Chambre des communes à la reine, 18 février 1712.
536 LA FRANCE ET l'ESPAGNE RELEVÉES
tout pou ries autres, à ses frais ; rien, ou beaucouptrop peu pour lui-même. Cette raison de conclure la pai\ au plus tôt devenait le sentiment public, et laissait Eugène snns réplique valable. L'envoyé de l'Empereur le comprit bien, et dans son impuissance, s'il faut en croire les bruits qui coururent, il examina, avec Marlborougli et consorts, s'il n'y aurait pas une dernière ressource dans la violence. Ces hommes justement renommés dans toute l'Europe pour de grands talents, en seraient venus, comme des bandits vulgaires,àcombiner des assassinats ou des incendies. Marlborou^'li voulait, en soudoyantdes gens sans aveu pourinsuller les passants, entretenir dans les rues des querelles,des troubles nocturnes, à la faveur desquels il ferait assassiner ses adversaires personnels sans qu'il fût possible de démêler les vrais coupables. Eugène eut la pensée de mettre le feu à divers quartiers de Londres à la fois; dans la confusion d'une pareillecalamité, et avecraicle
d'officiers affidés, on pourrait s'emparer de la Tour, arrêter la reine, et convoquer un autre parlement. Quoi qu'il en soit de ces imputations, il reste toujours certain qu'il y eut des complots contre la viede la reine, que le jour de la naissance de cette princesse (6 février) était marqué pour l'exécution, et que les ministres, pour mieux dénoncer le danger, doublèrent sa garde. Ils profitèrent des troubles qu'ils avaient à craindre pour donner aussi une garde à Eugène, en apparence pour le protéger, au fond pour le surveiller et tenir de près. Déjà on l'avait prévenu plusieurs fois que, quand il voudrait repasser sur le continent, ses yachts étaient