‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 4)Chapitre 95 sur 135 · LE PRINCE EUGÈNE A LONDRES · texte numérisé non relu

LE PRINCE EUGÈNE A LONDRES

lout prêts. Averti parcette politesse dérisoire qu'il était pénétré,sa présence à Londres suspecte, et ses projets d'autant plus difficiles à exécuter, il tenta encore de combiner avec Mariborough et Bothmar quelques moyens pour agir sur le continent contre la paix. On convint sans peine qu'il serait bon de soustraire à l'obéissance de la reine les troupes étrangères qui étaient à sa solde ; mais quand Eugène proposa de faire donner par l'Empereur le gouvernement des Pays- Bas avec le commandement de l'armée à l'électeur de Hanovre, la bonne intelligence cessa. Mariborough, qui convoitait ce commandement pourlui-méme,avec le titre de vicaire général de l'Empire, n'entendit pas céder la seule chance qui lui restât de réparer sa disgrâce. Alors Eugène, rebuté par le gouvernement anglais, dédaigné par la population, et brouillé avec ses propres amis, se décida à quitter Londres, et à rendre aux ministres un peu de sécurité chez eux.

Le gouvernement anglais avait tenu bon contre toutes les secousses ; il restait fidèle à son alliance secrète avec Louis XIV; il était décidément compromis pourla paix. Aussi a-t-on dit, un peu plus tard, que la paix ne se ferait pas à Utrecht, mais qu'elle était déjà faite àLondreset à Versailles (1). En Franceon la regardait si bien comme déjà faite, qu'on en exécutait d'avance le premier article. On payait la reine Anne de ses bonnes dispositions en reconnaissant sa royauté, a Quand on parle présentement en France de la reine

[]] Mémoires de Torcy, Iroisièmo partie.

538 LA FRANCK ET l'ESPAGNK RELEVÉES

« Anne, écrivait Dangeau (1), on ne doit plusse servir « de ce terme, et on la doit appeler la reine de la Grande-

« Bretagne. »

(1) Dangeau, Journa/, 19 décembre 1711.

CONGRÈS d'UTRECHT 539

n. ~ Congrès d'Utreeht.— Premières propoiitions.— Mort da dne de Bourgogne qui retarde les négociations. — Renonciation de Philippe Y à la cooronne de France.— L'Autriche eontinae la gaerre; TAngleterre snspend les hostilités; victoire de Yilkrs à Denain; supériorité reprise par les Francis en Flandre. — Négociations lentes avec les Hollandais, mais adhésion du Portugal, de la Prusse, du duc de Savoie i la paix.— Signature des traités d'Utrecht.

Louis XIV n'avait ri'en négligé pour être prêt au jour de l'ouverture des négociations. Aussitôt après la signature des préliminaires de Londres, il avait nommé ses plénipotentiaires. C'étaient d'abord ceux de Gertruydenberg, le maréchal d'Huxelles et l'abbé de Polignac, auxquels était bien due cette occasion d'effacer leur échec antérieur par la conclusion d'un traité honorable. Il y joignit Ménager, qui avait trop bien commencé l'œuvre de la paix pour n'être pas appelé à la terminer : a Vous m'avez si bien servi par le passé, « lui dit le roi, que je ne doute pas que vous me serviez « encore mieux à l'avenir (1). » Il s'était assuré du côté de l'Espagne tous les pouvoirs nécessaires pour traiter aunomdePhilippeV.Plusd'unefoispendantlecours des négociations de Londres, ilavait eu à lutter contre les résistances du jeune roi, et à lui enseigner les résignations raisonnables. Quand, par exemple, Philippe V, malgré l'avantage d'être reconnu par les Anglais, trouvait fâcheuse l'obligation de céder Gibraltar et Minorque, le prudent grand-père lui avait écrit : a II y a des occasions où il faut savoir perdre, et si vous

(1) Dangeau* 22 octobre 1711.

540 LA FRANGE ET l' ESPAGNE RELEVÉES

« étiez possesseur tranquille de TEspagneetcles Indes, « vous ne regretteriez pas les villes que vous auriez cé- « dées aux Anglais pourles engager à faire la pai\(l). » Quand il fut question du congrès^ comme les HoIUd* dais s'opposaient à ce qu'on y admit au commencement les plénipotentiaires d'Espagne, il lui fil encore comprendre qu'il ne fallait pas s'offenser decetleexclusion temporaire, pas plus que des termes de duc (T Anjou ou de ci-devant électeurs de Cologne et de Bavière dontces ennemis affectaient de seservir : « Cesoutlà, a lui disait-il, les derniers effets de la rusticitédu parti ((hollandais qui s'opiniàtrait à la continuation de la «guerre. Il changera de style comme il estprésenlec( ment forcé à changer de conduite (2). » Réduit à sacrifier une partie de ses Etats pour conserver la principale, PhilippeVaurait bien voulu disposer lui-même de ce qu'il fallait abandonner, c'est ainsi qu'il avait transporté, dès septembre 1711, à la princesse des Ursins la souveraineté du Limbourg, en récompense de ses conseils salutaires toujours suivis d'heureux sucm(3);c'estainsiqu'ilconcédalasouverainetédesPays-

(1) Œuvres de Louis XIV, tome VI : lettre à Philippe V, 22 juin 1711.

(2) Mémoires de Noailles, tome [1( : leUre de Louis XIV à Boanac, 17 décembre 1711.

(3) Ordonnance de Philippe V, dans Dumont, Corps cUplomatiqui. tome vin. Œuvres de Louis XIV, lome VI : Itllre de Louis XIV à Philippe V, du 20 juillet : « Je loue la reconnaissance que vousam, la reine et vous, pour la princesse des Ursins, et voire attention suivie à lui en donner des marques. » Mémoires do Noaiiles, tome W lettre de la reine d'Espagne à M™« de Maintenon sur le môme sujei a Je vous assure que je suis assez gloriouso pour ressentir du plaisir

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