‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 4)Chapitre 97 sur 135 · RENONCIATION EXIGEE DE PHILIPPE V · texte numérisé non relu

RENONCIATION EXIGEE DE PHILIPPE V

son règne pour triompher^comment eût-il rempli les espérances qu'il inspirait^etconeiliéles théories de ses confidents avec l'utilité publique? Il suffit de se souvenir qu'il avait confiance en Saint-Simon, et que trois ans plus tard Saint-Simonne trouvait à proposer au régent que la banqueroute^ en matière de finances, et que les conseils en matière d'administration^ c'est-à-dire la confusion et la cohue. Dieu fait bien ce qu'il fait. Mais s'il semble que le duc de Bourgogne soitmortàtemps pour sa gloire, il est mort aussi mal à propos pour la paix^ que dette catastrophe a failli rompre irréparablement.

Le duc de Bourgogne étant mort, et le seul de ses enfants qui luisurvécùtparaissantétredans un état désespéré, on pouvait croire que le plus proche héritier de la couronne de France allait être le roi d'Espagne Philippe V. Il est vrai que le testament de Charles II avait réglé qu'au cas où Philippe V parviendrait à la couronne, il devrait abandonner celle d'Espagne à son frère le duc de Berry . Mais Louis XIV, par des lettres patentes de décembre 1700, en lui conservant tous ses droits éventuels à l'héritage français, n'avait pas parlé d'échange, et maintenant on craignait qu'il ne prétendit réunir les deux couronnes sur la même tête. L'Angleterre s'en alarma^ et tout à coiip^ au congrès d'Utrecht (2 avril 1712), ses plénipotentiaires déclarèrent que la paix était impossible, si Philippe V ne renonçait pas solennellement pour lui et les siens au trône de France, et si les princes français^ duc de Berry, duc d'Orléans, ne renonçaient pas de leur côté à toute

prétention sur le troue d'Espagne. Louis XIV voulut résister par le vieux droit français qu'il n'avait pas^ disait-il^ la puissance de changer, et en vertu duquel le prince qui est le plus proche de la couronne enest héritier de toute nécessité. Les Anglais réfutèrent ce principe par cette raison, en effet très-valable, qu'un prince peut toujours se départir de ses droits par une cession volontaire; Bolingbroke lui-mémesignifiaque la renonciation demandée était de si grande censé* quence pour l'Angleterre et pour toute l'Europe, pour le siècle présent et pour la postérité, que la négociation pour la paix ne continuerait pas si les alliés n'étaient satisfaits par cet expédient ou par quelque autre également solide (1).

En même temps que les Anglais menaçaient de faire désertion, Tarmée des alliés, qu'aucune trêve n'obligeait au repos,se préparait à commencer les hostilités; «unearmée,disentlesHollandais,Iaplusbelleetlaplus « forte peut-être qui soit entrée en campagne pendant « le coursde la guerre, et pourvue de tout le nécessaire « pour agir avec vigueur (8). D Elle comptait cent trente mille hommes et cent vint-cinq canons. Eugène campait à soixante lieues de Paris, impatient de se venger de ses affronts de Londres, et d'occuper les dernières places de la frontière française; après l'occupation U n'avait plus qu'à marcher sur Versailles si aucunearmée sérieuse ne s'y opposait. Or les Français n'avaient

(1) Mémires de Torcy; lettre de Bolingbroke.

(2) Lettre des États-Généraux à la reioe Anne, 6 juin 1712: Àdft it Mémoires de la paix (TUtrecht.

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