CONVERSATION DE LOUIS XIV ET DE VILLARS
du côté de la Flandre que soixante-dix mille hommes et trente canons mal attelés. La situation redevenait critique^ il était urgent d^en sortir.
Afin de pourvoir aux nëeessités de la guerre^ le roi appela Villarsà Marly (12 avril 1712). Cette entrevue, ra pport ée longuement da ns les Mémoires d u marécha 1, est une des belles pages de l'histoire de Louis XIV. Il s'y relève de bien des fautes en les reconnaissant avec une noble résignation : il s'y montre digne de rétablir sa fortune par sa résolution de préférer la mort au déshonneur : «Vous voyezmonétat,dit-il àsonserviteur, « il y a peu d'exemples de ce qui m'arrive, et que l'on «perde dans la même semaine son petit-fils, sa petite- « belle-fille, et leur fils, tous de très-grande espérance « et très-tendrement aimés. Dieu me punit, je l'ai bien <( mérite; j'en souffrirai moins dans Tautre monde. « Mais voyons ce qui peut se faire pour prévenir les (( malheurs du royaume. Ma confiance en vous est bien « marquée puisque je vous remets les forces et le salut « de l'État; je connais votre zèle et la valeur de mes « troupes ; mais enfin la fortune peut vous être con- « traire. S'il arrivait ce malheur à l'armée que vous « commandez, quel serait votre sentiment sur le parti « que j'aurais à prendre pour ma personne? » Villars, effrayé de la responsabilité qu'il pouvait encourir, n'osait exprimer un avis. « Eh bien, reprît le roi, je « vais vous dire toute ma pensée. Les courtisans « veulent presque tous que je me retire à Blois, et que «je n'attende pas que l'ennemi s'approche de Paris, ^ ce qui lui serait possible si mon armée était battue.
« Pour moi^ je sais que des armées aussi considérables a ne sont jamais assez défaites pour qu'aucune partie « de la mienne ne pût se retirer sur la Somme. Je cona nais cette rivière^ elle est très-difficile à passer; il y a a des places qu'on peut rendre bonnes. Je compterais a aller à Péronne ou à Saint-Quentin^ y ramasser toat « ce que j'aurais de troupes^ faire un dernier effort avec <x vous, et périr ensemble ou sauver l'État; car je ne a consentirai jamais à laisser approcher l'ennemi de « ma capitale, voilà comment je raisonne, dites-moi « présentement votre avis. » Rassuré par ces belles paroles, Viliars n'hésita plus : ce II n'est pas aisé, répoo- <& dit-il, d'inviter le plus grand roi du monde à venir a exposer sa personne ; mais les partis les plus glorieux « sont aussi les plus sages, et je n'en vois pas de plus a noble pour un roi aussi grand homme que grand roi^ « que celui auquel Votre Majesté est disposée. » Puis, comme avec le pressentiment du succès, il ajouta : «J'espère que cette résolution ne sera pas nécesa saire (1). i> Quelques jours après, il partait pour justi* fier cette espérance, et organiser cette campagne qui devait terminer laguerre par une victoire des Français. L'affaire de la renonciation se prolongea jusqu'au mois de juin. Après avoir témoigné dans le premier moment sa répugnance à remplir cette condition, le roi s'y était résigné pour lui-même, mais en réservant au roi d'Espagne la liberté de décider d'une aflbire qui le regardait personnellement. Tout récemment. Phi-
(1) Mémoires de Villars, II<> partie.