CONGRES ET TRAITÉ DE RASTADT
avec la gloire d'avoir, en Allemagne comme en Flandre, remporté le dernier succès de la guerre.
C'était là, sans contredit, la meilleure manière de traiter. L'empereurCharles VI devait être maintenant bien convaincu de son impuissance. Il n'avait rien à attendre des princes d'Empire. De son prétendu royaume d'Espagne, il ne lui restait qu'une ombre dans Barcelone toujours acharnée contre le roi français. Conformément à la convention d'Utreclit, signée par Sinzendorf,rAutrichien Statirenbergavait évacué la Catalogne; mais, malgré son départ, les Barcelonais avaient fermé leurs portes aux troupes de Philippe V, et menacé du poignard tous ceux qui parleraient de reconnaître pour roi le duc d'Anjou. Quelle que fût l'opiniâtreté decette population, il était raisonnable de prévoir qu'elle serait bientôt réduite, surtout si la France se mêlait de les soumettre. Charles VI le comprit enfin eldemandaàjtraiter; Louis XIV ne fit pas attendre son assentiment. Les deux derniers combattants de la guerre semblaient tout désignés pour en négocier la fin. Villars et Eugène, les deux foudres de la guerre^ furent en effet choisis ^owvinstru^ ments de la paix (1). Dès le 26 novembre 1713, treize jours après la prise de Fribourg, ils eurent une première entrevue à Rastadt. Quoiqu'ils ne fussent que deux et qu'il n'y eût cette fois que deux puissances à accommoder, les débats furent encore assez pro-
(1) Médaille en leur honneur : Olim duo fulmina belliy nunc mstrumenta fœderis.
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longés^ souvent vifs et par moments Fompus. Clia^ les VI, tout en abandonnant tacitement le rovaume (l'Espagne, prétendait intervenir en faveur des Catalans pour leur conserver au moins leurs privilèges. Tout en acceptant^ du côté de la France^ le Rhin pour barrière, il aurait voulu garder Landau^ ou obtenir au moins le rasement de cette place. Il ne se prétait à aucun des arrangements proposés pour le duc de Bavière. Louis XIV avait toujours entendu, et l'avait répété dans toutes les négociations d'Utreefat, que le Bavarois recouvrerait la dignité d'électeur au neuvième rang au lieu du premier, et ses États moins le haut Palatinat, et que, en dédommagement de ce qu'il perdait de ce côté, il aurait le royaume de Sa rdaigne; les Hollandais avaient eux-mêmes stipulé cet arrangement dans leur traité. Charles VI ne consentait qu'au rétablissement restreint de rÉlecteur, et réclamait la Sardaigne pour lui-même. De là des luttes, des récriminations violentés. Après soixante-treize jours de négociations, Villars et Eugène, faute de s'entendre, quittèrent Rastadt (6 février 1714). Mais cette rupture décida les deux souverains à des transactions mutuelles, et les conférences recommencèrent à la fia de février. On peut juger du désir qu'avait Louis XIV d'en finir avec la guerre, par ce billet adressé à M*""* de Maintenon : « La paix n'est pas encore faite, « mais elle sera bientôt signée. Le prince Eugène est « revenu à Rastadt, et Villars allait y retourner. On « est d'accord de tout, et j'ordonne au maréchal de (( Villars de signer. J'ai cru que vous ne seriez pas