TRAITÉ DE RASTADT
« fâchée de recevoir cette bonne nouvelle quelques « heures plus tôt. Il ne faut rien dire, si ce n'est que le c< prince Eugène est revenu à Rastadt, et que les con- « férences recommencent. Je ne doute pas de la paix ; « je m'en réjouis avec vous. Remercions bien « Dieu (1). » Quel sentiment de délivrance, quel cri de soulagement dans cette courte action de grâces !
Le traité de Rastadt fut signé le 6 mars 1714. Charles VI, par un reste de morgue mesquine, boudant toujours un rival heureux, ne reconnaît pas formellement la royauté de Philippe V ; mais il y adhère au fond et implicitement, en se contentant des provinces de la domination espagnole qu'il a entre les mains et que Louis XIV s'engage à ne plus lui contester : le royaume de Naples, les présides de Toscane, le duché de Milan , les Pays-Bas. C'est en quelque sorte le second traité de partage éventuel de 1700, avec cette différence que Philippe V retient la part assignée alors à l'archiduc, et Charles VI la part assignée au Dauphin. L'affaire des électeurs de Bavière et de Cologne est terminée â leur avantage et à l'honneur de Louis XIV. Les deux électeurs sont rétablis dans tousleurs États, biens, honneurs et dignités, ainsique tous leurs officiers et domestiques. L'électeur de Bavière reprend so.n rang et garde le haut Palatinat auquel ses amis avaient cru jusque-là devoir renoncer. L'Empereur ne peut conserver à ses favoris ce qu'il leur avait donné déjà ou promis des dépouilles de son
(\) Œuvres de louis XIV, tome VI, dernière lettre.
vassal proscrit^ et les deux alliés de la France vont attester, en rentrant chez eux, la fidélité et la sûreté de l'alliance française. Par équivalent, la Sardaigne est abandonnée à TEmpereur. Du côtédu Rhin, rien n'est changea la paix de Ryswick. Louis XIV, conformément à sa promesse, rend Kehl à FEmpire, le Vieiixijrisach et Frihourg à la maison d'Autriche, il démolit les fortifications françaises établies sur la rivedroite du fleuve et reconnaît les nouveaux titres princiers de quelques maisons allemandes ; mais il garde toute l'Alsace, y compris Strasbourg, au sens de Ryswick et non au sens de Munster, et Landau, sa récente conquête, avec ses fortifications. Pour la seconde fois, l'Allemagne reconnaît l'Alsace pour une province française. Ce mot suffit à mesurer la distance qu'il y at de GeMruydenbergàRastadt.
Le prince Eugène s'en désolait en signant le traité. « Quand je songe, disait-il à Villars, que, aveeral)ana don des Catalans, vous avez obtenu le rétablisse- « ment total des électorats, la paix entière de Rvswick « et Landau fortifié, je trouve, monsieur le maréchal, c< que depuis deux ans vous m'avez assez mal traité. (c L'amitié qui est entre nous ne m'empêche pas de le « sentir vivement, et je vous assure que je ne serai « pas bien traité à Vienne. » Comme Villars lui répliquait que hii-mêm'e il le serait peut-être encore plus mal à Versailles : « Eh bien, reprit Eugène, je vous « répèle que, si j'avais pu imaginer qu'on eût perlé si « loin les intérêts de votre maître, j'aurais mieux aimé c< avoir les bras cassés que de me charger de la négo-