‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 5)Chapitre 19 sur 136 · LES AMBASSADES · texte numérisé non relu

LES AMBASSADES

II. — Les ambassades. — Négociatious relatives à la succesûon d'Espagne. — Les trois prétendants. — Traités de partage éventuel. — Testament de Charles II en iaveur d'un prince français. — Philippe Y roi d'Espagne.

1698 pourrait être appelée Vannée des ambassades. Le rétablissement des relations internationales^ après une guerre européenne de dix années, frappa en effet les contemporains comme une consécration de la paix, et reçut, de cette impression publique, une importance dontThistoire doit tenir compte. Un trait encore remarquable de ces ambassades, c^est qu'en renouvelant leurs rapports, la France et ses anciennes rivales mirent une véritable gloire à prouver leur grandeur par leur magnificence, à s'égaler ou à se surpasser dans la paix comme elles s'y étaient obstinées dans la guerre. En France surtout, les Mémoires particuliers, les correspondances et les gazettes sont remplis de celte vanité.

a Le comte de Portland, dit Saint-Simon, à la fin « de 1697, fut destiné (par Guillaume) à l'ambassade c( de France ; le comte de Tallard à celle d' Anglece terre; Bonrepos à celle de Hollande, qui fut relevé « en Danemarck par le comte de Chamilli, neveu du <( lieutenant général. Quelque temps après, Villars, a commissaire généralde la cavalerie, fut choisi pour « envoyé kWienne; Phélippeaux, maréchal de camp, à ce Cologne; des Alleursà Berlin; du Héron, colonel de « dragons, à Wolfenbuttel; d'Iberville à Mayence. (c J'aurai lieu de parler ailleurs de Puysieux, qui alla <c en Suisse, et d'Harcourt en Espagne. »

D'Harcourt était le premier à son poste (décembre 1697). Mais pendant qu'il attendait à Madrid le moment propiced'étre reçu parCharles II, etétiidiait sans bru it les aspirations politiques de la nation espagnole, l'ambassadeur extraordinaire de Guillaume III, son favori Portland, arrivait à Paris, au milieu du plus grand faste que l'Angleterre eût encore déployé à l'étranger. Chevaux, livrées, vaisselle, tout était d'une richesse incomparable, disent les Anglais (1); son carrosse d'apparat, traîné par huit chevaux gris napolitain, attira particulièrement la curiosîtédupublic. On vovaiten outreà sa suite douze srentilshommes d'une grande fortune dont les carrosses, les chevauxetles domestiques, étaient dignes d'accompagner un tel chef. Cependant, dès le lendemain, les Français, se comparant à leur hôte, n'entendaient pas luicéderle premier rang. « Milord Portland, disait Racine, fit hier son entrée, tout Paris y était : mais il me sembleque l'on ne parleque de la magnificence deM.de Boufflersquî l'accompagnait, et point du tout de celle de milord (2). ï) Dangeau écri vaità son tour: «L'entréeaété magnifique, mais beaucoup moindre qu'on ne l'avait cru ; » et un mois après il se |)laisait à noter que la livrée et les carrosses que M. deTallard menaità Londres étaient plus magnifiques que ceux de milord Portland (3). Le représentant de l'Angleterre voulut tenir table ouverte, y recevoir les Anglais de considération et les Français

(1) Macaulay, Histoire de Guillaume IIL

(2) Racine, Lettres à son /î/s, 1698.

(3) Dangeau, Journal, 9 février, ) 1 mars 1698.

Page 1