PORTLAND A PARIS
les plus distingués. Il y déployait un luxe princier ; et pour ne rien perdre de sa gloire, il laissait pendant le repas les portes ouvertes aux curieux avides de contempler Famphitryon au milieu de ses convives. Il ne découragea pas les Français. Toutes ses avances,toutes ses profusions lui furent rendues largement. D'un côté, Louis XIV, pour le gagner à ses projets politiques, le combla d'amabilités; il le promena lui-même dans les jardins de Versailles; il ordonna à Mansard et à Villeroi de lui faire les honneurs deMarly et de Fontainebleau, lui réserva dans les repas sa place audessus de quiconque n'était pas prince du sang; il l'admit u n soir à porter lebougeoirau coucher royal, et un autre jour il le fit entrer à l'intérieur de ce bahistre interdit jusque-là aux ambassadeurs étrangers. De leur côté les princes. Dauphin, Orléans, Condé, lui prouvèrent dans des fêtes splendides qu'il n'avait rien àleurapprendre. ASaint-Cloud, on admira dans un dîner une invention nouvelle, fort dispendieuse, un surtout de table en vermeil doré, et à l'issue du repas, il se trouva toutes prêtes des calèches à six chevaux pour parcourir le parc et en visitera l'aise toutes les eaux(l). A Chantilly, chasses et concerts précédèrent ou suivirent les festins. Chaque membre de la légation anglaise avait son garde-chasse; par un raffinement d'attention, le cidre des meilleurs crus d'Angleterre était servi à côté des vins de Champagne et deBour^ gogne; et, ce qui parut encore plus admirable aux
(1) Mercure d'avril 1698.
Anglais, et supérieur à leurs habitudes^ il était interdit aux domestiquesdeSon Altesse Royale, de recevoir des étrangers aucun présent.
De semblables démonstrations s'accomplirent sur d'autres points deTEurope, à Vienne, par exemple. Villars n'arrivait pourlantà la cour d'Autriche qu'avec le iilre (ï envoyé. Noussavonsque la France n'avait jamaisd'a/wAa^5«âf^wrà Vienne, parcequesa prétention à la préséance sur l'Espagneétaitcontestée parla branche cadette de la maison de Habsbourg. Pour ne pas se voir disputer le rang qu'elle réclamait, elle évitait dedonnerà son représentant la dignité nécessaire pour l'occuper. Dès lors, un simple envoyé qui n'avait pas lesdroitsd'ambassadeurn'étaitpas tenu d'en déployer l'appareil. Villars ne s'en présenta pas moins avec tous les signes extérieurs d'une puissance de premier ordre. Il amenait trois carrosses à huit chevaux, quatre chariots attelés de même, un mobilier considérable sûr six charrettes. Sa suite était composée de six pages, de quatre gentilshommes, et d'une multitude de domestiques. Ses réceptions et ses repas furent en raison de cet étalage (1). La Hollande elle-même ne resta pas en arrière des rois. Ses ambassadeurs ne parurent à Paris que vers la fin de l'année, au moi« de septembre; mais ils eurent comme les Anglais la satisfaction d'encombrer les rues et de barrer le chemin aux gens paisibles. Le récit qui s'en trouve dans une lettre de Racine est charmant de naïveté : c( Nous vîmes, il y
(1) Mémoires de Villars, première partie.